‹ La CorrectionnelleChapitre 104 sur 231 · LE PETIT VOLEUR · texte numérisé non relu

LE PETIT VOLEUR

Le jeune Cottereau est prévenu d'avoir volé des billes à l'étalage du sieur Forlier, marchand épicier.

Le sieur Forlier vient faire connaître au tribunal dans quelle circonstance a été commise la soustraction reprochée à Cottereau. « J'étais, dit l'épicier, dans mon arrière-boutique, occupé à transvaser des esprits , lorsque je vous vois , dans l'intervalle de deux caisses de pruneaux, un bras qui s'allongeait, qui s'allongeait, comme s'il avait essayé de prendre quelque chose... Je me dis tout naturellement à moi-même : Je suis volé!... C'est que, voyez-vous, j'ai des idées, moi; et mes idées ne me trompent jamais... Je ne fais semblant de rien et je m'approche sur la pointe des pieds, de manière à ne pas être vu par le voleur... Qu'est-ce que je vois?... le petit Cottereau qui choisit des billes dans une sébille, et qui, après avoir fait son choix, se sauve à toutes jambes... Je n'étais pas d'avis de lui vendre ma marchandise à ce prix. Je me mets donc à crier au voleur et je me lance à la poursuite de mou scélérat. Au moment de l'attrapper, le petit polisson me jette dans la figure toutes les billes qu'il tenait encore dans la main, et je reste pétrifié sur place... lui, se sauvait toujours. Quand je suis reveuu de mon élonnement, je me relance, et cette fois, je le repince sûrement et le remets entre les mains d'un sergeut-de-ville.

M. le Président, au prévenu. Pourquoi voliezvous les billes de Forlier.

Cottereau garde un silence absolu.

M. le Président. Vous ne deviez pas ignorer quelles seraient les conséquences de votre action, si vous étiez découvert?

Même silence.

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M. le Président. Il paraît que votre conduite n'est pas très régulière, et que tous donnez à vos parents de graves sujets de mécontentement, car ils ont refusé de vous réclamer.

Cottereau se renferme toujours dans son silence.

M. le Président. Vos parents sont-ils ici ?

Au même instant, une femme portant le costume des femmes du peuple, se présente devant le tribunal. C'est la mère du prévenu.

M. le Président. Réclamez- vous votre fils?

La maman Cottereau. Je ne demanderais pas mieux que de lui éviter du chagrin, à ce pauvre petit; mais j'ai "peur que ma faiblesse ne lui porte malheur par la suite... Là, si on pouvait me le corriger un petit brin sans lui faire du mal...

M. le Président. Vous pouvez, si vous voulez, le faire enfermer dans une maison de correction.

La maman Cottereau. Ça le corrigera-t-il, bien sûr, voire Correction?... Tenez, j'ai bien peur que non!... Ce petit diable a plus besoin d'oublier que d'apprendre, et je crois bien que votre Correction lui en donnerait plus qu'elle ne lui en ôterait... Ma foi, je garde mon garçon !

Le tribunal, se fondant sur l'excessive jeunesse du prévenu, le renvoie de la plainte et le rend à sa mère, après lui avoir adressé une mercuriale sévère.

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