ADMIREZ, MAIS NE TOUCHEZ PAS
Une jeune personne au minois éveillé, vive, sémillante, et portant le tablier de satin noir, vient se plaindre devant la justice des galanteries un peu équivoques du sieur Daudinet, jeune commis marchand, présent au banc des prévenus. La plaignante se nomme Louise-Antonine Aufray, et exerce la délicate profession de fleuriste.
Mademoiselle Anlonine. Déjà depuis plusieurs jours j'avais à me plaindre de monsieur, qui m'attendait chaque soir à la sortie de mon magasin, et qui me tenait chaque fois les propos les plus suspects.... Tout autre, avec un peu de tact, et qui se serait trouvé à la place de M. Daudinet, se serait aperçu de luimême qu'au lieu de m'ètre agréable il me contrariait beaucoup... J'avais mes raisons pour ne pas écouter la déclaration de. M. Daudinet, et je le lui dis franchement. Il n'en tint pas compte, recommença ses assiduités et devint même plus pressant. Un soir, enfin, que je me retirais chez moi, sans me donner la peine de l'écouter, monsieur se permit des attouchements... Je ne puis rien dire de plus.
M. le Président. Ces attouchements étaient sans doute indécents. Le prévenu ne les a-t-il pas renouvelés à plusieurs reprises ?
Antonine. Il n'a pas décessé.
M. le Président. Ne l'avez-vous pas engagé à se conduire plus décemment ?
Antonine. Je l'ai prié, conjuré, supplié... rien n'a fait... Tout le monde me regardait.. . j'étais dans
A moi les français !!... les Africains veulent vexer les
Parisiens ... .11 fautleur montrer que le français est un malin qu'il est ^nlHÉ^j solide auposte et qu'il n'a jamais tronche devant l'ennemi!! 'È'hiX l'afflK
Luh- deThiertv frères
Juste Bourmaucé Editeur deli Correct ioimelle , PkceduPakis Royal l' W.
le plus mortel embarras. Enfin , quand j'ai vu que monsieur continuait à me compromettre, je nie suis réfugiée dans la boutique d'un bonnetier : l'un des commis est sorti et lui a adressé des reproches...
Plusieurs témoins viennent déposer qu'ils ont vu le prévenu serrant de fort près la plaignante, et que sa conduite ne leur a pas paru fort honnête. Ils ont vu pleurer Antonine, et l'un d'eux lui ayant demandé ce qu'elle avait, la plaignante lui aurait répondu : « C'est ce polisson qui m'insulte.
Daudinet trouve mademoiselle Antonine un peu trop chatouilleuse. Loin d'avoir la pensée de manquer au respect que tout homme doit à une jolie femme, Daudinet prétendait seulement rendre hommage aux formes élégantes de la plaignante. S'il s'est approché d'un peu près, il a obéi à un entraînement sympathique ; mais il n'y a eu, dans son fait, ni brutalité, ni inconvenance. Il proteste que nul n'est plus que lui pénétré des devoirs de la galanterie ; il peut justifier de sa courtoisie par les témoignages les plus honorables recueillis au bal Montesquieu et au Vauxhall.
M. le Président. Il résulte cependant de la déposition des témoins, que vous vous êtes permis sur la plaignante des attouchements deshonnètes.
Daudinet. C'est une erreur. Il est vrai que j'ai pris la main à mademoiselle Antonine... peut-être même l'ai-je portée à mes lèvres... mais c'est là une preuve de mon respect.
Antonine. Vous avez pris la main et le reste... vous aviez toujours votre main dans mon dos.
Daudinet. Mademoiselle se trompe... Il est vrai que, ravi d'admiration pour l'élégance de sa conformation, j'ai passé mon bras autour de sa taille... mais c'était un hommage rendu à la perfection des formes.
M. le Président. Votre conduite constitue une insulte personnelle et un outrage à la bonne morale.
Daudinet. C'est de l'admiration, un délire, si vous voulez; mais il n'y a rien d'immoral.
Le tribunal , qui ne partage pas la manière de voir du prévenu, et qui pense qu'on doit admirer sans toucher, condamne Daudinet à quinze jours de prison et 1 50 fr. d'amende.