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LES RICOCHETS

Quatre enfants crasseux, baveux, morveux, occupent le banc des prévenus. Ils sont accusés d'avoir soustrait à l'étalage du sieur Bouvinet, potier d'étain... Des pots?... Non!... Deux seringues!...

Il va sans dire que ce ne sont pas de ces instru-

Hélas ! Combien les femmes étaient plus heureuses autems ou les hommes passaient des mois et des années a jouer de la guitare sous les barreaux de leurs fenêtres!! >,

L,ïH J.Tl.i.r.-y I,

Jusle Bourmancé Editeur delà Correctionnelle Place du PiUii Royal ,N° 8*1.

ments anodins, insinuatifs, dont ce bon monsieur Argan faisait usage pour balayer et déterger ses entrailles et hâter d'aller, selon l'expression un peu technique employée par lui. Les deux instruments volés sont tout simplement un de ces joujous charmants, à l'usage de la jeunesse, et au moyen desquels les polissons des rues pompent le limpide cristal des ruisseaux et le font jaillir en jets déliés sur la figure des passants. Ingénieux passe-temps! Si la pompe foulante n'était pas inventée, il faudrait l'inventer tout exprès pour cette application récréative.

Bouvinet. J'étais occupé à des soudures, lorsqu'un particulier entra dans ma boutique et me dit : « Mon brave, vous êtes volé ; voilà de méchants garnements qui viennent de décrocher des seringues de votre étalage et qui s'enfuient de ce côté. » En effet, j'aperçus mes petits gaillards qui s'enfuyaient en regardant derrière eux pour voir s'ils n'étaient pas poursuivis. Je me mis à leurs trousses ; mais ils jetèrent les objets volés ; si bien que lorsque je les eus fait arrêter, je ne savais plus quels étaient au juste les voleurs.

M. le Président. Quel est celui d'entre vous qui s'est emparé des deux seringues?

Adolphe. C'est Phiphile!

Théophile. C'est Gugusse!

Auguste. C'est Vevesse!

Silvestre. C'est Dodo.

M. le Président. C'est chacun de vous, et ce n'est personne.

Tous. Ce n'est personne !

M. le Président. Cependant deux seringues ont été volées à Bouvinet.

Tous. Ce n'est pas moi c'est Dodo! c'est

Vevesse! c'est Gugusse! c'est Phiphile!

M. le Président. N'y en a-t-il pas un parmi vous qui a conseillé tous les autres ?

Tous. C'est. Gugusse ! c'est Dodo ! c'est Phiphile! c'est Vevesse!

M. le Président. Si vous n'avouez pas la part que chacun de vous a prise à la soustraction, le tribunal se verra forcé de vous condamner tous comme complices.

Adolphe- Je suis franc; ce n'est pas moi : c'est Phiphile!

Théophile. Je vous dis que c'est Gugusse. Auguste. Puisque c'est Vevesse !

Sylvestre.Ma petite parole d'honneur, c'est Dodo.

M. le Président, rappelant Bouvinet. Lorsque vous avez arrêté les prévenus, que vous ont-ils dit par rapport à l'auteur principal du vol ?

Bouvinet. Ils m'ont répondu comme ils Pont fait tout à l'heure en rejetant la faute l'un sur l'autre.

M. le Président. Ainsi il est bien clairement démontré que vous avez tous participé au vol commis au préjudice de Bouvinet.

Tous. C'est pas moi !

M. le Président. Pourquoi donc alors preniezvous tous la fuite?

Silence morne au banc des prévenus.

M. le Président. Croyez-moi : il est dans l'intérêt des innocents de faire connaître le véritable coupable.

Les prévenus , en chœur. C'est Dodo ! . . . c'est Gugusse!... c'est Phiphile!... c'est Vevesse!

M. le Président. Asseyez-vous tous. Avez-vous des défenseurs ?

Parmi les prévenus, Sylvestre, fils de bonne mère, et le plus huppé de la bande, a seul constitué un défenseur.

Un avocat se lève pour présenter sa défense. Après un panégyrique fort étendu des excellentes qualités de son jeune client, l'avocat fait intervenir, sous forme deprosopopée, l'ombre de la mère Sylvestre venant redemander son fils aux magistrats. Ce beau mouvement oratoire a produit une vive impression sur l'esprit des juges. Il s'est attaché surtout dans sa plaidoirie à représenter son malheureux client comme entraîné par les suggestions de ses co- prévenus. Mais, arrivé à cette partie de son discours , la voix de l'avocat est couverte par un chorus général des prévenus, immolés à la défense de Sylvestre. Celte fois il y a unanimité dans l'accusation.

Les trois prévenus : C'est Si vesse !... C'est Sivesse qui a volé les seringues!...

M. le Président, désespérant de tirer des débats des renseignements plus positifs , se voit obligé, pour étouffer cet étrange concert de dénonciations , de clore la discussion. En l'absence de parents qui puissent recueillir ces enfants nomades, le tribunal ordonne qu'ils seront tous déposés dans une maison de correction jusqu'à réclamation des familles, excepté le jeune Sylvestre qui quitte l'audience sous les auspices de son parrain.

Imprimerie (I'Amédée Gratiot etC , rue de la Monnaie, il.

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