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CEINTURE DORÉE

Une jeune fille, âgée d'environ dix-sept ans, est assise au banc des prévenus. Des larmes abondantes ruissellent de ses yeux. Elle paraît accablée sous le poids du repentir et de la honte; elle cache sa figure dans ses deux mains.

Un inspecteur de police vient déposer qu'il a surpris cette jeune fille , qui se nomme Rose

Clanchet , se livrant à un infâme commerce , sans autorisation de la police.

M. le Président à la prévenue. Y avait-il longtemps que vous vous livriez à cette honteuse profession ?

Rose garde un profond silence et ne répond que par des sanglots.

M. le Président. N'est-ce pas pour satisfaire un penchant vicieux que vous exerciez cette avilissante industrie ?

Pose, vivement. Non, monsieur ; c'est la misère qui m'avait conduite jusque-là.... J'étais si malheureuse!

, M. le Président. La pauvreté est une excuse insuffisante... Mais puisque vous étiez décidée à jeter bas toute pudeur , pourquoi ne vous étiezvous pas mise en règle?

Pose. J'ignorais qu'il y eût des formalités à remplir.... D'ailleurs je ne voulais pas faire mon

état de l'état de mauvaise femme Il me fallait

du pain pour le moment.

M. le Président. Votre mère , avertie de votre arrestation, a demandé la faculté de vous réclamer. Voulezi-vous retourner dans votre famille?

Pose. Je ne le puis plus maintenant; je n'oserais me montrer dans mon pays.

M. le Président à l'audiencier. Appelez la femme Clanchet.

En ce moment une femme portant le costume d'une paysanne s'approche du tribunal , fait une révérence fort humble, et, avant de parler, essuie ses yeux humides avec le revers de sa main.

« C'est moi , dit-elle , qui suis la mère de cette pauvre enfant ; pardon, si je ne crains point de le dire. C'est que, voyez-vous , comme qu'ils sont, ces pauvres petits anges, nous les aimons ben tout d' même !...

M. le Président. Comment avez -vous laissé votre fille venir toute seule à Paris ?

La femme Clanchet. Je la croyais eu maison , chez des bourgeois.... et je me disais : Cette pauvrette, la v'ià donc ben heureuse à c'tte heure.... c'est que , à d' cheux nous, elle n'avait point tout ce que ie cœur l'y désirait. J'avons onze enfants , et c'est ben dur à élever, sans que ça paraisse.... Quand j'ai su qu'elle avait mal tourné, j'ai pensé, à part moi , que l' malin avait passé par là ; c'est que j' connaissons ma petiote; elle est pas capable de mal faire de soi-même.... Qu'on est donc mal-

Le v'ià le Galuchet demandé !.... Une , deux ! . parez moi ça gros farceur !! . . . je tape dessus , dessous et partout. . .le reste n'en est pas .

Juste Bourmancé EditeuTdela Correctionnelle flice du FdUis ftoyal 1*1 .

heureux de ne pouvoir point garder ses enfants !... Tenez, voulez-vous que je vous dise où est le mal ?.. La petite est convoiteuse... elle aura voulu s'enrubaner comme toutes vos belles demoiselles de Paris... Il n'en faut pas davantage pour perdre une jeunesse.

M. le Président. Vous chargeriez-vous de la ramener avec vous ?

La femme Clanchet. Oh ! ben vrai que oui ! et qu'on l'y ferait encore une belle fête à la maison... puisque je vous dis qu'elle est bonne et ben douce, et qu'un chacun l'aimait dans le pays... Ah ! tenez, votre Paris c'est la désolation de ben des mères!.... Rendez-moi ma petite sans lui faire du mal , et je vous promets de la faire revenir aussi sage que devant , et sans beaucoup de peine, allez ! Je n'aurai qu'à lui dire : Rose, sois ben sage pour rendre ta mère ben heureuse, et je suis assurée qu'elle le fera.

Le tribunal , déjà porté à l'indulgence par les preuves de repentir données par la prévenue, la renvoie de la plainte, et la rend à sa mère, après une admonition toute paternelle.

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