‹ La CorrectionnelleChapitre 129 sur 231 · MADAME BAT AILLAS D · texte numérisé non relu

MADAME BAT AILLAS D

Jamais nom ne fut mieux porté. Il n'est pas de chien maigre plus hargneux que madame Bataillard. Pour une paille en croix , et le plus souvent sans sujet, madame Bataillard entrera tout à coup dans une bouillante fureur. Bref, au moral, madame Bataillard est un véritable porc-épic , et l'on ne sait par quel bout la prendre, pour éviter de se heurter aux aspérités de son naturel querelleur.

Il n'est pas un seul locataire de la maison qu'elle habite, qui n'ait été au moins une fois victime de l'humeur rèche de l'acariâtre madame Bataillard ; mais en raison de son caractère fort connu, personne n'avait encore osé lui demander une satisfaction judiciaire ou de ses injures, ou de ses calomnies, ou de ses mauvais traitements. Mademoiselle Célestine Dupont a été plus osée que pas un, et, diffamée dans tout le voisinage, par les propos delà commère Bataillard, elle n'a pas craint de s'adresser au tribunal de police correctionnelle.

La nature du procès nous empêche d'entrer plus avant dans le délit de diffamation; nous nous bornerons à reproduire la physionomie de l'audience.

Interrogée sur ses nom et prénoms, la prévenue répond d'un ton de voix fort aigre : « Honorine- Victorine Bataillard... après ?... Il m'est peut-être

bien permis de porter le nom de feu mon époux !

M. le Président. Personne ne songe à contester ce droit.

Madame Bataillard. C'est vrai, aussi!... On a l'air de me le reprocher!...

On appelle un témoin.

Madame Bataillard, au témoin qui lui tourne le dos. Eh bien! quand vous me regarderiez un peu. . C'est moi, moi , veuve Bataillard qui vous parle !

Le témoin. On ne vous parle pas, la mère. Tâchez d'être plus polie, si ça ne vous gêne pas.

Madame Bataillard. Vous faites bien vos embarras; mais prenez garde!...

Madame Baluchard, portière. J'ai entendu bien des mauvaises langues dans ma vie, mais jamais comme celle-là (montrant la veuve Bataillard).

Madame Bataillard. Portière, je vous conseille de tourner trois fois votre langue avant de parler.

Madame Baluchard. Doucement, vous avez trouvé à qui parler... j'ai bec et ongle, comme on dit, et je suis bonne à la réplique... Qu'avez-vous à me dire?... Vous travaillez dans ma partie, ma chère dame.

Madame Bataillard. Au fait, à laver la tête d'un noir on perd sa lessive !

Madame Baluchard. Qué que vous dites donc là, Croquemitaine ?

Madame Bataillard. Grossière!

Madame Baluchard. Tiens, mam' Bacchanal, qui se choque!

L' audiencier. Silence !

Madame Bataillard. Ah! monsieur J'ordonne, à qui croyez-vous donc parler, s'il vous plaît ?... On s'adresserait à des chiens , qu'on leur dirait peut-être messieurs.

M. le Président. Taisez-vous, femme Bataillard !

Madame Bataillard. Femme Bataillard!!!

pourquoi ne me traitez-vous pas de fille tout d'un coup?... Quelle familiarité!...

Le garde municipal engage la dame Bataillard à se rendre à l'invitation de M. le président.

Madame Bataillard. Bon! voilà la gendarmerie qui s'en mêle, à présent; alors, je m'en vais !

C'est à grand'peine que le procès a pu arriver à son terme au milieu des continuelles interruptions de la prévenue. Convaincue de diffamation, la femme Bataillard a été condamnée à un mois d'emprisonnement et 1 50 fr. de dommages-intérêts.

Imprimerie d'AMÉDÊE Gratiot et O, rue de la Monnaie, 11.

J. BOrRMAMÉ, ÉDITEUR D'ESTAMPES, 241, PLACE DC PALAIS-ROYAL

« Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort, Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor, Et, du regard, semblait lui dire :

Monsieur le mort, j'aurai de vous Tant en argent et tant en cire, Et tant en d'autres menus coûts. »

A l'exemple du curé de la fable, Gachinel, employé des pompes fuèbres, reluquait son mort du coin de l'œil, et nourrissait d'avance l'espoir d'un pour-boire honnête. Espoir trompeur!!.. Gachinel s'en revint à peu près comme son mort s'en allait : les mains vides. Cependant, comme il donnait son mort à tous les diables, il apprend que le nommé Méginot, cocher de son administration, a été gratifié par les héritiers d'une somme assez grasse. Gachinel réclame une part du pour-boire, étendant de son propre mouvement la libéralité des donateurs jusqu'à lui. Méginot, au contraire, se fondant

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