DES VESSIES POUR DES LANTERNES
Khern et Baliveau sont prévenus de tapage nocturne, d'insultes et de voies de fait sur la personne
de Moluvard , tripier. Les deux prévenus sont tous les deux batteurs d'or.
Moluvard. J'étais couché, lorsque je vous entends, sous mes fenêtres, un tintamarre effroyable... La peur me galope, je crois que ce sont des voleurs qui veulent forcer la porte de ma boutique... Je me lève et je passe la tète à mon œil de bœuf; c'étaient mes deux gaillards, que voici, qui tapaient à coups de canne sur les vessies qui me servent d'enseigne... Je leur crie de passer leur chemin, et au même instant je reçois une pierre au beau milieu du front. Alors, j'appelle les voisins, la garde arrive et on empoigne mes tapageurs... Voilà tout ce que je sais.
M. le Président. Que vous ont dit les prévenus, quand vous vous êtes montré?
Moluvard. Ils étaient imbibés comme des éponges, et ne savaient trop ce qu'ils disaient... Il y en avait un qui me disait que j'avais oublié d'éteindre mon gaz : il croyait assurément que mes vessies étaient des lanternes. (Longue et bruyante hilarité.)
M. le Président. Us vous ont aussi insulté ?
Moluvard. Je ne peux pas trop leur en vouloir; ils étaient dans les brindes.
M. le Président. Dans quel moment la pierre at-elle été lancée?
Moluvard. Ce jour- là même!
M. le Président. Je vous demande si c'est avant ou après les observations que vous avez faites aux prévenus.
Moluvard. C'a été le bouquet...
Biscot, caporal dans la ligne, et chef de la patrouille qui a opéré l'arrestation des prévenus, raconte qu'attiré par les clameurs de Moluvard, il est arrivé sur les lieux et qu'd y a trouvé les deux prévenus, armés de bâtons qu'ils brandissaient en menaçant le plaignant. Le tapage occasionné par cette scène était tel que tout le voisinage était aux fenêtres.
M. le Président au témoin. Que vous ont dit les prévenus lorsque vous les avez arrêtés ?
Biscot. Ils m'ont dit que j'étais un bon enfant et m'ont proposé de me mener au cabaret; mais, moi, je les ai conduits au corps de garde... Ils étaient perdus de boisson.
M. le Président. Avez-vous été témoin des attaques dont Moluvard a été l'objet?
Biscot. Non ; j'ai vu seulement qu'ils tapaient
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Je passe le poing dans les entournures ; mais v'iâ crue , sans y penser, je me trouve dans un Cul-de- Sac ; la manche droite était cousue . . . .je tire un peu fort ■ crac! je fais une boutonnière d'un pied à la hauteur de la saig-née .... comme c'est régalant!.
irftfi Thierry !
Juste Bc-rmar.cé Editeuî delà Correc':;;.;. . e.ie PU M lu P*l*is Royal .2*: .
comme des enragés sur des lanternes en papier.
Moluvard, vivement. C'étaient des vessies !
Biscot. Des vessies ou des lanternes ; je n'y regarde pas de si près. ( Le témoin regagne sa place au milieu de l'hilarité générale).
M. le Président aux prévenus. Que faisiez-vous à pareille heure dans les rues?
Baliveau. Nous rentrions chez nous.
M. le Président. Pourquoi vous étiez-vous arrêté devant l'étal de Moluvard ?
Khern. Ces diables de lanternes nous dansaient devant les yeux... Il faut si peu de chose pour offusquer un homme bu.
Moluvard, gaîment. Bon ! encore un qui prend mes vessies pour des...
M. le Président. Reconnaisses- vous l'exactitude des faits allégués contre vous ?
Baliveau. Il y a bien quelque chose comme ça; mais nous ne pourrions pas dire s'il y a plus ou moins. Le tripier est bon enfant, et je crois bien qu'il ne voudrait pas nous mettre dans la panne, si ça n'était pas vrai.
La candeur des prévenus vient à propos atténuer leurs torts. Le tribunal, charmé de cet aveu et admettant en faveur de Khern et de Baliveau des circonstances atténuantes , les condamne solidairement en :>0 fr. d'amende.