‹ La CorrectionnelleChapitre 147 sur 231 · PAUVRE ET COQUETTE · texte numérisé non relu

PAUVRE ET COQUETTE

Rose Marmet est accusée d'un triple vol. La prévenue a seize ans à peine. Elle est jolie, et Ton sent des intentions de coquetterie jusque dans ses habits qui annoncent la pauvreté. La prévenue témoigne par sa tenue à l'audience un repentir profond.

Voici les faits tels qu'ils sont résultés des débats. Un jour du mois de février dernier, Rose se présente dans les magasins de la demoiselle Rolleau, lingère, et demande à faire un choix d'objets de lingerie. L'air et les discours de Rose manquaient d'assurance ; la demoiselle Rolleau s'en aperçut. Un instant après, comme elle l'avait laissée seule, elle la vit glisser sous son châle deux bonnets et une collerette. Mais touchée de l'extérieur honnête de Rose, et attribuant son action seulement à la misère, elle feignit de n'avoir rien vu. Rose sortit du magasin sans avoir rien acheté. Enhardie par ce premier succès , Rose se rend chez le sieur Pajot , bonnetier. A l'aide du prétexte déjà employé chez la demoiselle Rolleau , elle parvient à soustraire quatre paires de bas. Ce n'est pas tout. Coupable de ce double vol , la jeune Rose en commet un troisième au préjudice du sieur Lastié, cordonnier pour dames. Là devait se borner le cours de ses déprédations. Le sieur Lastié surprit la jeune fille au moment même du vol, et moins indulgent que la demoiselle Rolleau, après des reproches sévères, s'empressa de provoquer l'arrestation de la malheureuse Rose. La possession des autres objets éveilla tout d'abord quelques soupçons lors du premier interrogatoire que la prévenue subit chez le commissaire de police. Rose n'hésita pas à faire connaître leur origine et détailla elle-même toutes les circonstances des vols pour lesquels elle comparaît aujourd'hui devant le tribunal. Elle renouvelle ses aveux devant la justice et leur donne une si touchante expression de douleurs et de regrets, qu'elle intéresse vivement en sa faveur et les juges et l'auditoire.

Le père Marmet est appelé pour fournir des renseignements sur la moralité de sa fille. Il résulte de ces renseignements que Rose est une jeune personne fort douce, de mœurs jusque-là très régulières, et que le seul reproche que l'on puisse faire à Rose c'est d'être un peu trop encline à la coquetterie,

Jurce Bcurmancé éditeur delà Correctionnelle Flàce lu Palais ftcyal ,2*1 .

défaut qui se concilie mal avec sa condition.

M. le Président. Pensez-vous, Marmet, que ce fùt-Ià le seul mobile qui ait poussé votre fille ?

Marmet. Oh! certainement il n'y en a pas d'autre. Rose est une bonne fille, et il n'y a rien à lui reprocher, si ce n'est d'aimer trop à s'attifer.

M. le Président. Quelqu'un ne vous a-t-il pa conseillé de voler ?

Rose, après un moment d'hésitation et balbutiant. Non... personne.

M. le Président. Je vous engage à dire la vérité. Il est impossible que, si vous n'aviez jamais eu l'idée du vol , elle vous fut venue aussi subitement.

Rose garde le silence et fond en larmes.

Marmet. Ma petite Rose, tu n'as pas juré, toi, de dire la vérité; mais tu n'en es pas moins obligée de la dire pour ne pas mentir à la face de Dieu qui est ici....

La prévenue ne peut articuler une seule parole ; sa douleur est à son comble. Rose est baignée de larmes ; on voit qu'elle cherche à éviter les regards de son père.

L'âge et les regrets si vrais de la prévenue ont suffisamment plaidé sa cause. Rose, convaincue de vol, mais attendu qu'elle a agi sans discernement, est renvoyée de la prévention; néanmoins, le tribunal ordonne qu'elle sera enfermée pendant deux ans dans une maison de correction.

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