UNE FEMME QUI PORTE . . . BRETELLES
Mademoiselle Eloa Lemaire est une jeune mo-
diste de la rue Vivienne, point trop jolie, mais pétulante, impétueuse, et de mœurs cavalières ; ce qui fait que mademoiselle Eloa se trouve un peu à Fétroït dans les habits de son sexe, et que, pour donner un plus libre cours à son humeur dégagée, elle emprunte assez fréquemment les habits du sexe opposé. Alors il faut la voir le jarret tendu, le chapeau incliné sur l'oreille, se rengorgeant dans sa mâle carrure, et humant avec une grâce charmante la feuille embrasée de la Havane. Jusque-là le mal n'est pas grand; et, sauf un petit croc-en-jambe donné à l'ordonnance de police du 16 brumaire an IX, tout irait pour le mieux, si mademoiselle Eloa ne se fût pas laissée aller à prendre, en oulre des libertés les plus vives, le ton impertinent, querelleur, fanfaron d'un sous-officier bravache... Inde mali labes !
L'agent Colnet. J'étais de service au bal du Prado; j'aperçois tout à coup dans un coin de la salle un groupe très animé. J'appelle mon collègue Pipon et nous arrivons au milieu du trouble. Nous voyons un jeune homme, que nous avions précédemment remarqué à cause de l'irrégularité de sa danse, frappant un monsieur. On disait que le motif de la batterie était une histoire de femme. Il a été vérifié depuis que le jeune homme n'était qu'une personne du sexe. Dans le moment on pouvait bien s'y tromper; crénoml... ce n'étaient pas des dragées qui tombaient de ses mains !... tous les coups étaient portés d'après les principes. EnGn nous empoignirent mademoiselle; même qu'en se débattant elle me porta un vigoureux coup de poing sur le chapeau, dont je suis très fâché (par parenté), car je dois dire qu'il n'était pas à mon adresse, et qu'il revenait da droit à l'antagonisse.
Mademoiselle Eloa. Ne sera-t-il pas permis, nobles magistrats, à une jeune femme sans défense de se ranger sous le costume qui lui convient le mieux, pour faire respecter son honneur et son rang de jeune fille ? Vous n'êtes pas sans avoir vu aux Variétés la Chevalière d'Êon, une fière femme et qui servait dans les Mousquetaires.. . Dieu ! c'était le bon temps!... Je me suis dit : je ne vois pas pourquoi je ne m'habillerais pas en civil, quand elle se pavanait en militaire.
M. le Président. Vous êtes ici pour répondre plus directement à une accusation de tapage et de voies de fait.
Mademoiselle Eloa. Je m'y conforme... c'est
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Diable de chemin !!.. il est rempli de pierres M. .
Mon vieux laLoisson est comme la peur: elle grossit les
sont des noyaux de Cerises lève le pied!. .
Lessine p«r Civarni
Lith Thierry FreVe>,PsTi3
Juste Bcurmancé Editeur delà Correctionnelle Place du Palais Royal ,î*l .
bien dur, quand on n'est pas née pour être femme, d'être obligée de passer ses jours à pousser une aiguille. Aussi, quand vient le dimanche, on va se délecter et prendre un peu de bon temps au Prado. Ah! v'ià le paradis des Balochards! ... Mais il y a des maladroits partout. Voilà que pendant que j'étais en train de balancer ma danseuse, un méchant merlan s'approche d'elle et l'insulte... au bas des reins, qu'elle en a poussé un cri affreux ! Je me retourne et je giffle l'impertinent. Il n'est pas un homme qui n'en eût fait autant, à moins d'être une femme... J'ai fait respecter mon sexe et honorer le vôtre... je ne demande pas une récompense, mais si j'ai bien fait , qu'on m'accorde le droit de porter... des bretelles !...
Le tribunal arrête la hère prévenue; et, sans lui octroyer le droit si instamment sollicité, la condamne à 25 francs d'amende et l'engage, pour IV venir, à ne plus quitter les habits de son sexe, et surtout à modérer ses élans de vivacité.