‹ La CorrectionnelleChapitre 16 sur 231 · DE L'INFLUENCE DU VEAU SUR LA BEAUTÉ · texte numérisé non relu

DE L'INFLUENCE DU VEAU SUR LA BEAUTÉ

On amène sur le banc des prévenus une grosse et rougeaude commère, toute harnachée de rubans jonquille; près d'elle s'asseoit un grand gars, qui se tient raide et immobile dans ses habits neufs ; un foulard de Rouen, couleur d'omelette aux fines herbes, lui sert de cravate ; il s'y rengorge avec un petit air fort content de lui, et en promenant sur l'auditoire des regards qui veulent être fins et qui ne réussissent qu'à être stupides.

Ce couple est prévenu d'adultère ; mais dans le délit qui leur est reproché, on doit raisonnablement tout rejeter sur la nature , tant ces deux êtres semblent faits l'un pour l'autre.

Le mari se présente pour exposer sa plainte. Il a l'air enchanté de l'accident qui lui est arrivé. Chaque phrase de sa déposition est coupée par des éclats de rire, qui sont largement partagés par l'auditoire.

« Figurez-vous, dit le plaignant, que je me doutais de rien du tout... eh! eh! eh!... c'est Coco Longin, un bon garçon, tout d'mème, qu'est venu me dire : «Fieu, t'en porte! » eh! eh! eh!... Eh ben, je ne me doutais encore de rien... oh! oh! oh!.. Preuve que je lui dis : « De quoi, que je porte ? — De quoi ? qu'il me fait, de ce que les vaches de mon pays ont sur la tète... ah! ah! ah! — T'es bien sûr? que je lui dis. — Pardine!... Avant z'hier elle était chez Tonuelier, au Maine, avec le grand Gigloux... même qu'il y a payé du veau. — Il y a payé du veau? que je me s'écrie... alors j'en tiens, c'est sûr.

M. le Président. Abrégez un peu ces détails.

Le mari. Laissez-moi donc vous dire... Faut ben que j'entre dans les profondeurs de la chose... C'est que, voyez-vous, moi, j'ai subjugué, dans mon temps... C'est même étonnant comme j'ai subjugué... Eh ben! c'est grâce au veau... Quand je voyais une jeunesse qui m'entrait dans l'œil, je m'approchais d'elle sans avoir l'air, et j'y offrais du veau... elle acceptait, et je trilliomphais insensiblement...

ouc lors je lui fis un fer a papiîl'ottc.s avec mou ilmùl fionl il kdommajfi un Quinquet, s'il eusse attenté de s'ev'asevr. . Quand Les cheveux sont modernes, D'est plus avantageux que de

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conduite par 1a boutonnière. «

Méfiez-vous du veau... C'est un nectar pernicieux pour la beauté.

M. le Président. Vous abusez de la patience du tribunal... Répondez à mes questions : Vous avez pris votre femme en flagrant délit ?

Le mari. En fringant délit, comme vous dites. Le camarade remettait ses culottes, rien que ça... Excusez du peu !

Gigloux. Histoire de faire rafistoler un bouton... Ça se prouvera... Tout ça c'est une mécanique pour nous perdre.

La femme. Je demande la parole pour dire que mon mari est un bédouin... Je demande la parole.

M. le Président. Qu'avez-vous à dire ?

La femme. Mon mari est un bédouin, voilà !

Gigloux. Tout ça c'est pas des raisons... Ecoutez voir... Pan! V'Ià un bouton de ma culotte qui pète... au milieu de la rue... prêt à me trouver tout nu comme un petit Jean-Jean... J'étais à deux pas de madame Tinel...' Tiens ! que je dis, j' vas aller prier la femme à Tinel de me rafistoler mon bouton...

La femme. Oh! que ceci est vrai!... mon mari est un bédouin!

Gigloux. Faites pas attention!... Le sexe est intempérant sur la langue; c'est connu!... Donc elle me rafistolait ledit bouton quand on frappe à la porte... Elle m'abandonne ma culotte pour aller ouvrir... C'était Tinel qui venait avec le commissaire... Une mécanique pour me perdre, quoi !

La femme. Une affreuse mécanique...

M. le Président. Femme Tinel, convenez-vous du fait d'adultère qui vous est reproché?

La femme Tinel. C'était un bouton!... C'est une mécanique!... Mon mari est un bédouin!...

L'excuse du prévenu et les raisons de la femme n'étaient pas de nature à obtenir l'indulgence du Tribunal; aussi les prévenus sont-ils condamnés à 4 mois de prison ; Gigloux est, de plus, condamné à 50 francs d'amende.

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