‹ La CorrectionnelleChapitre 169 sur 231 · L'HYMEN EST UN LIEN CHARMANT · texte numérisé non relu

L'HYMEN EST UN LIEN CHARMANT

Mégeau pense qu'il est quelque chose de plus agréable que de prendre femme ; c'est de quitter celle qu'on a. Madame Mégeau, plus constante, plus attachée à ses devoirs, n'imagine pas de bonheur plus grand que celui de vivre sous la loi d'un

époux. Deux fois déjà, mais sur les motifs les plus frivoles, Mégeau a demandé à la justice qu'elle voulût bien remédier, autant qu'il était en elle , à une trop réelle incompatibilité, et lui accorder le bienfait de vivre sous un autre toit que sa femme. Mais la justice, gardienne austère de nos institutions, a refusé deux fois de sanctionner les vœux de l'époux volage. Il en résulte que Mégeau, toujours dominé par son inconstance, a résolu d'amener sa femme à demander elle-même une séparation qu'il n'avait pu obtenir sur sa propre instance. Tous les moyens d'arriver à ce but lui ont été bons, et il n'a épargné à madame Mégeau aucun des sévices qui pouvaient légitimer, de la part de cette dame, une demande en séparation. L'épouse maltraitée n'a d'abord rien dit et n'a pas trouvé mauvais d'être battue. Elle a pensé, comme Sganarelle, que quelques coups de bâton pouvaient regaillardir l'affection ; puis lasse enfin de sévices devenus habituels, sans que l'affection s'ensuivît, le dépit s'en est mêlé. Loin de songer à se venger de son indigne époux de la même façon que tant de femmes, la dame Mégeau, à l'instar de Martiue, a jugé cette punition trop délicate et a voulu une vengeance qui se fît mieux sentir. En conséquence elle a porté plainte contre son barbare mari.

Mégeau reconnaît les mauvais traitements qui lui sont imputés; mais il soutient audacieusement qu'il était fondé à les exercer.

« Ma femme, dit-il, est fort désagréable et ne laisse passer aucune occasion de me faire enrager. Quand je dis blanc, elle dit noir; c'est une vraie pie-grièche. »

M. le Président. Des époux doivent être fort indulgents sur leurs défauts réciproques.

Mégeau. Moi qui vous parle, monsieur le président, je n'en ai pas, des défauts.

M. le Président. C'en est un très grand que cette vivacité qui vous porte à battre votre femme.

La femme Mégeau. Si c'était de la vivacité ! . . . Je ne dis pas. Ça pourrait me faire plaisir encore... Mais je vous dis que c'est un calcul de ce scélérat, pour me dégoûter de lui.

Mégeau. J'ai mes idées là-dessus...

M. le Président. Expliquez-vous, quelles sont ces idées ?

Mégeau. De quitter ma femme. . . je ne peux pas la souffrir.

M. le Président. C'est un tort que me paraît

plutôt provenir de votre fait que du fait de votre femme.

Mégeau. Enfin, je n'en veux plus ; c'est mon dernier mot.

M. le Président. Vous n'avez pas le droit de n'en plus vouloir.

Mégeau. Ellen'est donc pas à moi, c'tte femme?.. Eh bien! alors... puisque je vous dis que je n'en veux plus.

M. le Président. On saura bien vous forcer à la garder.

Mégeau. Oui ?... Eh bien !... je l'assommerai.

M. le Président. On vous mettra en prison.

Mégeau, avec joie. Fameux ! qu'on m'y mette pour le restant de mes jours, pourvu qu'on n'y laisse pas entrer ma femme.

Le tribunal faisant droit en partie aux désirs du prévenu , le condamne à un mois d'emprisonnement-

Mégeau. Un mois; c'est bien peu... c'est égal, on peut recommencer, pas vrai?...

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