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A PROPOS DE BOTTES.,. D'ASPERGES

M. le Président. Béjio, vous êtes prévenu de vous être introduit dans l'enclos de Tarson et d'y avoir volé des asperges.

Béjin. Je suis tout plein assuré que vous êtes justes, et je vous fais juger de la chose en question.

M. le président engage le prévenu à laisser d'abord parler le témoin Tarson.

Tarson. Il y a du monde qui s'gêne pas plus que chéeux!... J'étais en train de palisser derrière ma maison, quand je vous vois passer sur le chemin l'individu que v'Ià. Je dis à notre ménagère ; Désirée, défie-toi du coup; v'Ià un paroissien qui guigne fièrement nos asperges ; c'est un maraudeur, pour sûr... N'aie pas l'air!... Et je me mets à siffler un petit refrain, et ma Désirée n'avait pas Pair... Le moment d'après, mon particulier s'était coulé le long de la haie, et je l'aperçois qui passait dans le clos, à plat ventre. V'Ià pas qu'i'fourrait sous sa

blouse deux bottes d'asperges que ma femme venait de cueillir, et qu'elle avait laissées tout à côté de la planche... Il n'avait pas plus tôt pris les asperges qu'il s'en sauve... Alors je cours sur ses talons, je l'empoigne par l'épaule et je lui dis : « Qué qu'vous emportez donc là, camarade?— Ça? qu'i' m'dit... c'est mon mouchoir de poche.— On dirait plutôt des bottes d'asperges, que je T'ajoute.— C'est que ma tabatière est avec, qu'il me reprend en niaisant. Mais moi, je ne m'paie pas de cette raison là. Je lui allonge un coup de poing entre les deux yeux .. il tombe... Mon voisin Chevrier s'en vient m'aiderà le ramasser, et nous le portons chez M. le maire... Voilà le fait.

La femme Tarson et Chevrier déposent à peu près dans le même sens.

I Béjin. Ah!... chacun mon tour! C'est-il à moi | de parler?

M. le Présidents ous pouvez parler maintenant.

Béjin. Ça n'est point malheureux ! Voilà une heure qu'ils dégoisent, eux autres, et que moi je ne peux rien dire.

M. le Président. C'est maintenant votre tour.

Béjin. Alterniez voir un peu... Diable!... ça n'est point aisé de commencer, et comme on dit chez nous , il y a quelque chose de plus mal aisé à écorcher que la queue , c'est la tète...

M. le Président. Vous devez savoir ce que vous avez à dire.

Béjin. Oui bien, que je le sais... mais, voyezvous, c'est pour vous tourner ça ; c'est mal aisé... Un procureur de chez nous vous baillerait le cas à garder. que vous n'y verriez que du feu.

M. le Président. Il s'agit d'un fait que vous ne pouvez contester... les témoignages sont là qui déposent contre vous.

Béjin. C'est bien vrai... mais on peut s'en retirer tout de même.

M. le Président. Il ne s'agit pas ici de chercher des raisons plus ou moins spécieuses pour vous disculper du délit qui vous est reproché... le délit est constant... Quant à moi , je ne vois pas trop ce que vous pourriez dire qui fit que vous n'ayez pas volé les asperges de Tarson.

Béjin. Je n'ai point volé, pourtant... je les ai seulement prises.

M. le Président. Quelle différence faites- vous donc entre prendre et voler ?

Béjin. Voilà le nœud!... voler, c'est voler, et ça n'est point bien du tout... au lieur que prendre, c'est quasiment accrocher quelque chose... On ne fait que ça chez nous , et je dis que ça n'est point mal... Aussi, nous autres Normands, nous ne demandons jamais au bon Dieu de nous bailler du bien , mais seulement de nous placer à côté de ceux-là qui en ont... ça revient au même.

M. le Président. Vous ne savez ce que vous dites. Vous n'avez plus rien à dire ?

Béjin. C'est Pierre Coutançeau, quoi !

M. le Président. Qu'est-ce que ce Pierre que vous désignez-là ?

Béjin. Mon pays, donc !... Il était arrivé de la veille à Paris. Je lui dis : Fieu ! allons faire un tour aux champs, ça nous rappellera le pays... Pauvre garçon, fallait ben le régaler... Il aime tant les asperges !...

M. le Président. Asseyez- vous, Béjin.

Béjin. Foi de Béjin , c'est comme je vous le dis... c'était pour régaler Pierre...

M. le Président impose silence au pi évenu. Béjin est condamné à 2 mois d'emprisonnement.

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