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UNS MÉPRISE

Mademoiselle Claire Bridou, chamarreuse, au minois éveillé, avait noué, avec un M. Joseph Plessis, jeune commis, que les affaires de 5a maison appelaient momentanément à Paris, une de ces liaisons de passage qui se rompent à peu près comme elles se forment et sans laisser de souvenirs bien profonds. Tant que durèrent ses relations avec Joseph, Claire eut ses petites entrées dans l'hôtel qu'occupait le jeune voyageur, rue de Grenelle- Saint-Honoré. Souvent même, à l'iusu du très scrupuleux concierge, il lui arriva d'enfreindre les règlements austères de la mai/son, et la blonde Aurore, comme on disait autrefois, la trouvait alors dans un lieu qu'elle aurait dû quitter la veille à la dernière bougie éteinte. Tout allait pour le mieux, et, grâce à l'habitude et à une fréquentation presque journalière, nos deux amoureux s'étaient fort bien acoquinés l'un à l'autre. Mais, ô instabilité des amours! d'après un ordre précipité de sa maison, M. Joseph Féron, et non point Joseph Plessis, ainsi qu'il avait plu au commis de s'appeler, par rapport à Claire, M. Féron fut rappelé à Bordeaux. Aux progrès qu'avait faits la passion dans le cœur de la chamarreuse, Joseph prévit que les adieux seraient douloureux; aussi, dans le but de s'éviter une scène déchirante, il partit sans prendre coogé de Claire. Le lendemain du départ du jeune homme, celle-ci se présente à l'hôtel de bonne heure, et usant de la connaissance des lieux, monte à la chambre de Joseph sans songer même à s'informer s'il peut être absent. Arrivée devant, la porte de celte chambre qu'elle connaissait si bien, Claire se sent près de défaillir... File n'a pas la force de frapper... Elle vient d'ape- 1 evoirdes brodequins de femme qui, placés extérieurement à côté d'une paire de bottes, attendaient le vernis du garçon de l'hôtel. Ces brodequins sont les preuves d'une perfidie flagrante. La jalousie suggère d'abord à la malheureuse Claire d'entrer brusquement et de tirer une éclatante vengeance de sa rivale. Puis, songeant cependant qu un éclat est toujours fâcheux et qu'une scène violente peut avoir de graves inconvénients, elle se résout à se retirer. Mais, décidée à obtenir une satisfaction du parjure Joseph,

[LA ©©^GStESTrO^MEtLlUI^

Que qu'vous emportez donc la, Camarade^ —Ca^... C'est mon mouchoir de poche.

0n dirait plutôt de* bottes d'asperges!

C'est que ma tabatière est avec.

dessine par uavarm

et C"r rîcher. 7

Marri non , rue du Coq S1 Honore N'4

elle emporte avec elle, et comme pièces de conviction, les brodequins accusateurs... Claire n'avait pas plus tôt glissé les brodequins sous son châle, qu'un garçon de service, placé à l'extrémité du corridor, vit son trouble , s'approcha d'elle et l'interrogea sur le motif de sa présence dans l'hôtel. « Je voulais voir M. Plessis, répond la jeune fille ; mais j'ai réfléchi qu'il était bien matin ; je reviendrai.» Au nom de Plessis, qui était tout à fait inconnu dans l'hôtel, le garçon ne doute nullement que la visiteuse matinale ne soit une de ces adroites détrousseuses qui exploitent les hôtels garnis, et d'un bond s'élance sur la pauvre Claire. Celle-ci, ébranlée par le choc, laisse tomber les brodequins qu'elle portait sous son bras. Le garçon s'en empare, somme impérativement la tremblante Claire de déclarer l'origine de ces brodequins, et Claire, les larmes aux yeux, fait connaître la cause et les motifs de sa soustraction. Par malheur, le nom supposé de Plessis, ne prêtait aucun fondement à la vérité du récit; aussi, le garçon regardant l'aventure comme peu probable provoque l'arrestation de Claire Bridou.

Lors de l'instruction, Claire ne put fournir de satisfaisantes preuves de son innocence, Mais un hasard bienheureux est venu l'arracher à la condamnation qui la menaçait. Le faux Plessis (M. Féron), de retour à Paris, est descendu à l'hôtel qu'il avait précédemment habité. Instruit par le propriétaire de l'hôtel du procès de Claire Bridou, le jour du jugement, M. Féron s'est rendu à l'audience, et son témoignage, a suffi pour écarter de Claire la prévention qui pesait sur elle. Claire a été renvoyée de la plainte.

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