UN HOMME PUDIBOND
Gribou vient demandera la justice la répression des iojures auxquelles il a été en butte de la part de Pigeot.
M. le Président. Gribou, faites connaître au tribunal les injures dont vous vous plaignez.
Gribou. Elles sont consignées dans ma plainte.
M. le Président. N'importe, il est nécessaire, que vous faisiez connaître vous-même les expressions injurieuses que vous imputez au prévenu.
Gribou. En vérité, je ne le puis...
M. le Président. Sur quoi voulez-vous que les débals s'établissent, si vous refusez de fournir les éléments de la plainte ?
Gribou garde le silence et semble se tâter pour
savoir s'il parlera. Puis , après de nombreuses hésitations, il s'écrie : « Décidément , je ne peux pas répéter de pareilles infamies ! »
M. le Président- Si les expressions qui constituent le délit d'injures sont contraires à la morale publique , je ne vous demande pas de les répéter ; mais je vous engage seulement à faire connaître au tribunal la nature même de l'injure.
Gribou se consultant de nouveau. « Ma parole d'honneur, c'est très délicat , et j'aime mieux me retirer que de faire rougir les dames ici présentes »
M. le Président. Vos réticences mêmes sont un sujet de scandale... Puisque vous craignez de blesser les convenances , je vais venir au secours de vos scrupules. Il est dit dans votre plainte que Pigeot'vous a publiquement appelé...
Gribou , vivement. De grâce, M. le Président , n'achevez pas... vous me feriez mourir de honte.
M. le Président, impatienté. Quand on redoute la publicité d'une audience, on ne la provoque pas.
Pigeot, haussant les épaules. Un homme de cet âge qui fait le difficile !
M. le Président. Je continue. Selon vous , Pigeot vous aurait appelé vieux impudique?
Gribou , se cachant la face. Voilà le mot lâché.
M. le Président. Et se serait servi, pour vous reprocher vos mœurs, selon lui dissolues, de mots bas et que réprouve l'honnêteté.
Gribou , la face voilée, et hasardant un regard à travers ses doigts. Oui , M. le Président.
M- le Président. A quelle occasion et où Pigeot vous adressait-il ces expressions outrageantes ?
Gribou. C'était aux Tuileries... J'étais assis sur un banc ; près de moi se trouvait placée une jeune dame... fort appétissante, ma foi...
Pigeot, d'une voix terrible. C'était mon amante!
M. le Président. Cette dame est-elle assignée ?
L'huissier. Le prévenu n'a pu indiquer ni son nom ni son domicile.
M. le Président. Quel motif vous a porté à apostropher Gribou en termes injurieux?
Pigeot. Il tenait des propos deshonnètes à la personne qui était placée à côté de lui.
Deux témoins viennent, avec beaucoup moins de retenue que Gribou, faire connaître les expressions dont Pigeot s'est servi. Ces expressions constituent bien réellement une injure dans le sens de l'article 375 du Code pénal. En conséquence, Pigeot est condamné à 50 francs d'amende.
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