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RÉTRACTATION

M. le Président. Femme Sylvain, vous accusez Louise Torchet de vous avoir volé un jupon... Comment vous l'a-t-elle volé?

La femme Sylvain. Oh!... elle n'y a pas mis tant de façon que vous pouvez penser. Je sais seulement que j'étais en train de rabobiner mon jupon dans la cour, lorsque Sylvain, mon époux, m'appelle et me dit: « Femme, tu vas aller me chercher vingt-cinq grammes de tabac à priser. » Je pose là ma jupe, je vais chez la marchande de tabac; je reviens, mon jupou avait disparu. Je demande à toute la maison : Avez-vous vu ma jupe?... mais personne ne l'avait vue.

M. le Président. Comment alors savez-vous que c'est la fille Torchet qui vous l'a volée?.

La femme Sylvain. Un instant!... C'est là le nœud gredi'n de l'affaire. Huit jours se passent, un mois s'écoule; j'avais déjà fait depuis long-

temps la croix sur mon jupon. Un matin, cependant , comme je montais pour balayer l'escalier, j'aperçois mademoiselle Louise en déshabillé, qui cirait ses souliers sur le carré. — C'est singulier, que je me dis, voilà un jupon qui ressemble à feu mon jupon comme deux gouttes d'eau... Je croyais rêver; j'étais toute éberluée, quoi! Je m'approche de mademoiselle Louise et je lui dis, en la prenant par son vêtement : « Voilà un jupon qui vous habille bien ; vous a-t-il coûté cher? — Que voulez-vous dire? qu'elle me répond. — Qu'il n'a dû vous coûter que la peine de le prendre , que je lui r'ajoute. » Voilà mademoiselle Louise qui pousse les hauts cris et m'accable de cent mille horreurs... Heureusement qu'il y a des témoins; ils diront si je l'accusais à tort.

M. le Président. Que vous a dit Louise lorsque vous avez reconnu le jupon?

La femme Sylvain. Qu'elle l'avait trouvé par terre dans la cour Merci de la trouvaille !

M. le Président, s'adressant à la prévenue. Quand il serait vrai que vous l'eussiez trouvé, vous auriez dû supposer qu'il appartenait à quelqu'un de la maison , et il était de votre devoir de le remettre à la portière.

Louise, les larmes aux yeux. C'était un méchant guenillon; je croyais bien plutôt qu'il avait été jeté exprès.

M. le Président. Lors de la disparition du jupon, la femme Sylvain ne vous avait-elle pas demandé si vous l'aviez vu?

Louise. Non, monsieur.

La femme Sylvain confirme par un geste la réponse de Louise.

M. le Président. Ainsi vous ignoriez que le jupon appartînt à votre portière.

Louise. Je l'ignorais complètement.

M. le Président. Alors comment expliquerezvous qu'il se soit trouvé en votre possession?

Louise. Je l'ai ramassé au pied de l'escalier.

M. le Président. Cependant la femme Sylvain prétend l'avoir laissé dans la cour.

Louise. Que voulez-vous que je vous dise ? C'est alors le vent qui l'en aura chassé... Quant à moi , je vous jure que je suis innocente du vol dont on m'accuse... Je n'ai jamais volé... C'est une affreuse méchanceté de dire que je suis une voleuse... (L'émotion qui gagne la prévenue l'empêche de continuer; elle fond en larmes.)

M. le Président. Femme Sylvain, pensez-vous que le vent ait pu pousser le jupon de l'endroit où vous l'aviez laissé jusqu'au pied de l'escalier ?

La femme Sylvain, émue par les larmes de Louise. Je crains d'avoir fait une bêtise... Cette pauvre enfant paraît si malheureuse qu'elle me fait repentir de l'avoir accusée... Si ce n'était pas vrai pourtant qu'elle eût volé!... Ah! tenez, un voleur ne pleurerait pas comme ça... Aussi bien je me souviens qu'il faisait ce jour-là un coquin de vent, que les fenêtres battaient comme des cliquettes... Ma petite mademoiselle Louise , vous me pardonnez, n'est-ce pas?

Le retour de la femme Sylvain a entièrement désarmé le tribunal. Louise est renvoyée des fins de la prévention.

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