A DADA SDR SON CHEVAL
Ravier a à se plaindre du nommé Traverson, qui l'aurait maltraité au point de le priver par la violence des coups de l'une de ses dents incisives.
Voici le fait tel qu'il résulte des débats.
Ravier conduisait un haquet de longue dimension , lorsqu'en détournant la rue Saint-Martin pour entrer dans la rue Aux Ours, l'extrémité de son équipage alla donner dans le naseau de l'un des chevaux que conduisait Traverson. Celui-ci, d'un naturel fort prompt, se dirigea vers le charretier imprévoyant et l'apostropha en termes de son métier. Ce n'est pas tout , il termina l'allocution par un coup de fouet si vigoureusement appliqué sur le visage de Ravier, qu'on aperçoit encore aujour-
d'hui les traces des excoriations produites par le coup. Indigné de cette brutalité, Ravier marche sur son agresseur, mais celui-ci l'arrête en lui portant un coup du manche de son fouet sur la tête. Ravier fut un moment étourdi. C'est dans ce moment que Traverson fondit sur lui, et, le chargeant à coups de poings, le renversa dans, le ruisseau. Des assistants vinrent à point arracher Ravier des mains de son antagoniste; mais, outrés de la barbarie avec laquelle Traverson s'était conduit à l'égard d'un homme hors d'état de se défendre, ils déposèrent celui-ci au poste du Conservatoire des Arts et métiers.
Tels sont les faits rapportés par Ravier et confirmés par Bourgette, Héliot et Macassin, témoins de la partie civile.
M. le Président, au prévenu. Pourquoi maltraitiez-vous Bavier de la sorte?
Traverson. Il avait fourré son haquet dans le nez de mon cheval.
M. le Président. Où était donc le mal , si , comme tout porte à le croire , il ne l'avait pas fait exprès ?
Traverson. Qué qu' ça dit ?.. . Voyez voir quand une personne se fourre un petit brin de paille dans le nez, si ça la fait rire... Si c'était donc un haquet , ça serait bien mieux !.. . Mon pauvre cheval !
M. le Président. Votre conduite est sans excuse... votre cheval n'avait pas été blessé à ce point qu'il fût nécessaire de frapper Ravier.
Traverson. Mais il l'y avait flanqué son haquet dans le nez ! . . . Mon pauv re cheval !.. .
M. le Président. Il paraît , d'après les témoignages recueillis sur ce point , que le haquet a à peine effleuré la tête du cheval.
Traverson. C'est une belle et bonne menterie... D'ailleurs ceux qui disent le contraire n'étaient pas dans le nez du cheval pour le savoir...
M. le Président. Dans le cas même où votre déclaration serait vraie , vous deviez savoir qu'il ne vous était pas permis de maltraiter un citoyen.
Traverson. Voilà du nouveau à cette heure!... Comme ça , le premier venu aura le droit de venir fourrer tout un haquet dans le nez de mon cheval, et il faudra que je lui dise : Bien obligé !...
Le tribunal ne laisse pas le temps au prévenu d'ajouter un mot de plus , et le condamne à 15 jours de prison et 50 fr. dédommages-intérêts envers Bavier.
Imprimerie d'AMÉDÉE Gratiot et O. rue de la Monnaie, 1 1 .