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UN HOMME SOUS CLOCHE

M. le Président. Busset, vous avez porté plainte contre Colon et Desjardins. Dites au tribunal de quoi vous vous plaignez.

Busset. Colon et Desjardins m'a mis sous cloche, comme un vrai melon, que je suis.

Colon, riant. Ah! ah! ah!... quelle drôle de figure il faisait sous verre , le Champenois !

Desjardins. Un concombre pour de vrai, quoi !

Colon. Dis donc, Champenois... t'avais l'air d'un cornichon dans un bocal ! .. hi ! hi !...

Busset, riant. Hé ! hé !.. . vrai ?

Colon. T'étais bêle comme tout!... ho! ho!...

Busset. Ha!...ha!...J'aurais-t-il donc voulu me voir soi-même !

M. le Président. Puisque vous considérez l'action des prévenus comme une plaisanterie, pourquoi donc avez-vous porté plainte contre eux ?

Busset. Tiens, tant pir! je suis farceur, moi. Quand je suis content, je ris ; puis quand je suis vexé, je ri-f encore!... hi ! hi !...

M. le Président. Pour le moment, tâchez de contenir cette hilarité, et expliquez au tribunal les faits qui ont motivé votre plainte.

Busset. Vlà que nous allons tous rire!... C'est donc pour vous dire que je suis bombeur de verre de mon état, et que je travaille chez M. Darexis , avec Colon et Desjardins. Le bourgeois était chargé de souffler, pour un gros particulier, une cloche de jardin de cinq pieds de haut.. .C'était pour un arbusse qu'est susceptible , à ce qu'il parait , d'attraper des engelures aux pieds dans le mois d'août... C'était-il cocasse, des arbusses comme ça!

Desjardins. Bête, va ! ... on appelle ça des plantes ex-nautiques, et voilà pourquoi qu'elles craignent l'eau.

M. le Président- Voyons, allons donc au fait.

Busset. Quand la cloche a été bombée, Colon et Desjardins me disent : Champenois, tu vas passer dessous pour voir s'il n'y a pas des étoiles au verre. Je n'étais pas plus tôt dessous, qu'ils laissent retomber le verre et que je me trouve pris comme dans une souricière.

Colon, riant aux éclats. C'est bien le cas de le dire : Tu étais penaud comme un fondeur de cloche.

Busset. Ça se passait le samedi soir, et à l'heure où il fallait quitter l'atelier, ce qui fait que je suis resté sous verre jusqu'au lundi matin. Je mourais de faim; mais le lundi personne ne vint à l'atelier. Quand je vis que ça pouvait durer encore vingtquatre heures, je médis : Faut bien fondre la cloche. Tant pir ! s'il y a de la casse. Mais voilà qu'en cherchant à soulever la cloche, crac ! il se fait du verre pilé, merci ! un verre de 800 francs ! Le bourgeois veut me faire payer la casse, à c'tte heure.

Desjardins. Qui casse le verre, le paie.

Busset. C'est une justice qui n'est pas juste!

M. le Président. Que réclamez-vous donc des prévenus ?

Busset. Bien, sinon qu'ils paient la cloche qu'on veut me faire payer.

Conformément à ces conclusions modérées, le tribunal condamne les prévenus à acquitter solidairement le dommage causé au sieur Darexis.

Imprimerie (J'Amédéf, Gratiot et O, rut- de la Monnaie, il.

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