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PAIE TES DETTES

Grâce au ciel, on ne jette plus les créanciers par les fenêtres ; le régime égalilaire sous lequel nous vivons a fort à propos réformé là-dessus nos vieilles mœurs ; et tout ce que la loi tolère à cet égard c'est qu'on puisse jeter un créancier à la porte. C'est déjà quelque chose. Mais en jetant son créancier à la porte , il faut encore employer quelques ménagements , de telle sorte au moins qu'il ne puisse pas se casser un bras ou une jambe. C'est pour avoir oublié ces ménagements que M. Adolphe C..., peintre d'histoire, est traduit aujourd'hui devant le tribunal.

M. C... a le malheur de compter au nombre de ses créanciers le sieur Schubrech, cordonnier, homme dur, exigeant, tyrannique , ne laissant, au dire de M. C .. , nul répit à ceux qui ont le malheur de lui devoir de l'argent. Or, M. C... était le débiteur de Schubrech d'une somme de 48 francs,

prix de deux paires de bottes à lui fournies par Varliste allemand. Il ne se passait pas de semaine que Schubrech ne vînt une ou deux fois rappeler sa petite créance à M. C... ; c'était toujours fort inutilement , car le débiteur avait toujours une bonne raison à lui donner pour retarder le paiement de quelques jours : son dernier grand tableau ne lui avait pas encore été payé ; mais il calmait l'avide bottier en lui donnant l'assurance que les premiers fonds qui lui rentreraient seraient par privilège destinés à acquitter son mémoire. Schubrech patienta. A la fin, cependant, lassé d'attendre vainement et de n'obtenir jamais de M. C... une réponse plus satisfaisante, Schubrech se rendit un matin chez son débiteur, bien décidé à le forcer à s'acquitter.

M C... le reçut d'abord avec son impassibilité accoutumée et essaya des mêmes raisons qui lui

avaient si bien réussi jusque-là ; mais Schubrech était résolu à rompre la glace aGn d'amener son débiteur à une capitulation par la peur du scandale. Poussé à bout, M. C. perdit tout à coup son sang-froid et fondit sur son créancier, qu'il traîna jusqu'à la porte de son atelier et le lança d'un bras vigoureux dans l'escalier. Schubrech se releva tout meurtri et perclus de tous ses membres. Il actionne aujourd'hui son débiteur en réparation des mauvais traitements qu'il lui a fait éprouver.

Schubrech expose dans son français germanisé les motifs de sa plainte.

M. C..., tout en reconnaissant le mouvement de vivacité qui lui est reproché, allègue pour excuse l'espèce de provocation que lui a adressée Schubrech.

« Schubrech, dit l'artiste, venait me demander de l'argent avec une insistance ridicule.

M. le Président. On n'est pas ridicule parce qu'on réclame ce qui est dû.

M. C... Je dis ridicule, parce que Schubrech savait très bien que c'était peine perdue, attendu la position gênée dans laquelle je me trouvais. Je le lui avais dit plusieurs fois. Il vint un jour me faire une scène du plus mauvais goût, et me traita d'une manière fort insultante. Il se permit de me faire des observations fort déplacées en me disant que je ferais mieux de payer mes dettes que d'avoir de beaux appartements et de porter de beaux habits. 11 me manquait essentiellement en me parlant ainsi ; car enfin je n'ai pas de comptes à rendre à mon cordonnier, qui n'est, à tout prendre, qu'un... cordonnier.

Schubrech. Tertéflef... Un pon schumaker, il faloir pien ein mauvaise parpouilleur, endendez-fous ?

M. C... Insolent!

Schubrech. Bayez, et fous serez gonsitéré...

Tel n'est pas l'avis du tribunal ; car jugeant que Schubrech avait eu tort d'insulter M. C-.. chez lui, admet ces insultes comme une suffisante provocation, et renvoie le prévenu de la plainte.

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