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L'INTRIGUE ÉPISTOLAIRE

Letorouilly, cocher de cabriolet , accuse sa femme, ouvrière fleuriste, d'avoir entretenu une correspondance et un commerce amoureux avec un sieur Lérot, vendeur de pastilles du sérail. Letorouilly est un petit homme sale , grêle, pâle et maladif. Madame Letorouilly est au contraire assez grande, mise avec recherche, fraîche et bien portante. Lérot, vêtu d'une manière assez cossue, mais dont la redingote est beaucoup trop aisée et le pantalon infiniment trop juste , tient son menton entièrement enseveli dans une énorme cravate, et semble attendre avec insouciance le résultat des débats , regardant de temps à autre sa co-accusée d'un air d'indifférence calculée.

M. le Président , à la prévenue. Vous avez entretenu une correspondance avec Lérot ?

La femme Letorouilly. Jamais , monsieur.

M. le Président. Voici cependant des lettres qui vous sont adressées et qui ont été interceptées par votre mari.

La femme Letorouilly. Si elles ont été interceptées, c'est signe que je ne les ai pas reçues.

M. le Président. En voici d'autres que votre mari a trouvées à votre domicile, et dont vous aviez pris connaissance.

La femme Letorouilly. Dabord, mon mari peut fort bien avoir supposé ces lettres; d'ailleurs, en admettant que ces lettres m'eussent été réellement écrites ( il n'est pas en mon pouvoir d'empêcher que l'on m'écrive ) , il faudrait encore prouver que j'ai répondu à ces lettres ; ce qui n'est pas.

M. le Président. Mais ces lettres supposent par leur contenu des réponses de votre part.

La femme Letorouilly . J'ai déjà dit que rien ne prouve que ces lettres ne soient pas l'œuvre de mon mari , qui est traître, brutal , embêtant. Vous pensez, M. le Président, qu'uu homme qui a l'habitude de mener des chevaux ne doit pas être fort doux avec sa femme.

M. le Président. Lérot , reconnaissez-vous ces lettres pour être de vous ?

Lérot. Jamais , mon Président, pour ça, Dieu ! jamais ! je les nie, les renie.

Letorouilly. Les lettres sentent toutes le musc.

Lérot. Ron ! je ne vends que des pastilles du sérail.

M. le Président. Il est établi que vous avez passé la majeure partie de la nuit du 10 au 1 1 mai dernier dans une même chambre avec madame Letorouilly.

Lérot. Nous voyagions ensemble, madame et moi. En descendant d'une diligence pour en reprendre une autre, comme il y avait plusieurs heures à attendre, la nuit, madame demanda une chambre , où j'allai lui tenir compagnie jusqu'au départ de l'autre diligence, où nous avions nos places arrêtées.

Le tribunal , après avoir entendu les témoins , qui n'ajoutent rien aux faits de la cause , attendu que les faits ne sont pas suffisamment prouvés, renvoie la femme Letorouilly et Lérot des fins de la plainte dirigée contre eux, et condamne Letorouilly aux dépens.

Imprimerie o"amédée Gratiot et O, rue de la Monnaie, 1 1 .

NART1K0N, ME DO COQ-SIINT-HONORÉ, 4,

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