JACQUES BONHOMME
le Piémontais Marinari dont les pleurs ne tarissent pas, on devine que le sieur Nivet est rempli de la plus vive indignation. Il s'exprime ainsi :
« Un jour du mois dernier, comme j'étais placé devant ma fenêtre et que je vaquais aux soins de ma toilelte,Hjn maudit orgue discordant et nasilleux vint s'établir sous ma fenêtre. Dans ce moment-là j'étais en train de me raser; ce qui est pour moi une opération fort difficile, à cause des précautions que je suis obligé de prendre. Pendant que l'acier glissait dans la gouttière du nez, un individu se présenta à la fenêtre entr'ouverte de ma chambre; le rasoir vacille dans ma main, et au même instant un ruisseau de sang coule d'une large blessure que je venais de me faire à la lèvre supérieure. Le survenant n'était autre qu'un horrible singe, qui malgré mes cris souleva l'espagnolette de la croisée, sauta dans la chambre el se mit à ma poursuite. Jugez de mon effroi ! Je serais mort de frayeur infailliblement, si ma bonne, alarmée par mes cris, n'eût accouru à mon secours.
M. le Président. Est-ce là tout ?
Le sieur Nivet. Non vraiment. Ma bonne ayant fait mine de vouloir chasser l'animal, celui-ci irrité par ses démonstrations hostiles, entra en fureur et saisissant une bouillole remplie d'eau chaude qui se trouvait à terre, me la lança à la tête.
Marinari. Il est si zentil, Zacot, mon Bonhomme!
Le sieur Nivet. Ce sont des gentillesses fort mauvaises que celles-là. ..Le maudit animal a causé un dégât affreux chez moi... Mon canapé a été déchiré, trois tasses du Japon renversées...
Marinari. Pauvre Bonhomme!... Il est si zentil !
M. le Président, à Marinari. Pourquoi alors ne rappeliez-vous pas votre singe?
Marinari. Ze ne savais pas que Bonhomme faisait des bêtises... Ze croyais qu'on lui donnait
Voyez en regard de cet adolescent au teint cui- du soucre. vré, et dont les yeux noirs et pleins de feu roulent j M. le Président, au sieur Nivet. A quoi coude grosses larmes, cet homme sec, grêle et bien cluez-vous ?
peigné, dont toute la personne respire l'égoïsme Le sieur Nivet. A la prison et à des dommages*: le plus profond: c'est le sieur Nivet, célibataire et intérêts.
rentier; un homme qui a eu de beaux jours sous J M. le Président. A combien évaluez-vous les le Consulat, époque à laquelle son nom florissait ' dommages? au Ranelagh et brillait d'un éclat non moins beau Le sieur Nivet. A 200 francs, que celui de Trénis, dont Nivet fut l'émule. Le tribunal, modérant les conclusions un peu
Au regard courroucé que le ci-devant j<mne ! sévères de la partie civile, condamne Marinari à homme lance du côté du banc des prévenus où biége 50 francs dédommages-intérêts.
Imprime) ie d'AuÉDÈE Gp.atiot et O, rut de la Monnaie, 1 1.
MARTIKONi RUE DU COQ-SAINT-HONORfi. 4.