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LE LÉZARD

A l'appel de son nom, une espèce de colosse se dresse, haut de six pieds, dans l'enceinte réservée aux prévenus, et s'écrie: — Voilà Bichon! présent, Bichon! Bichon le bon garçon, Bichon le lézard du quartier... Qu'est-ce qu'on lui veut à ce pauvre Bichon, à ce bon Bichon ?

M. le Président. Vous êtes prévenu d'avoir

donné un coup de bouteille sur la tête de Morin.

Le prévenu. C'est possible... Bichon est bon garçon, mais Bichon est nerveux, et quand on l'ostine il ne se connaît plus.

M. le Président. Si c'est là votre excuse...

Le prévenu. Morin sait bien que j'aime pas parler politique avec lui... pourquoi qu'il m'en embête toujours... Bichon est connu, Bichon est bon garçon... C'est pas pour des frimes qu'on l'appelle le lézard de la rue des Canettes, rapport à ce qu'a dit un fameux ancien , que le lézard est ami de l'homme, de la femme et des enfants... Mais Bichon a ses opinions comme tout bon Français la doit, et je n'aime pas qu'on vienne mettre des bâtons dans les roues à ma façon de penser... Demandez-lui voir un peu, à Morin , si on ne m'appelle pas le lézard de la rue des Canettes.

Morin est un petit homme tout frêle, tout chétif ; il n'ose pas regarder Bichon , et la voix seule de son adversaire lui cause des tremblements et des soubresauts.

Le prévenu. Allons, parle donc, Morin ! C'est-y vrai ce que je dis là?

Le plaignant. Je ne vais pas à rencontre, Bichon... Mais, ce jour-là, t'étais pas un lézard, pour sûr... La boisson t'avait morphosé en léopard.

Le prévenu. Quoi que t'oses dire, Morin!.. la boisson ! Je sortais de mon domicile, et à peine si j'avais eu le temps d'asphyxier le pierrot (de boire un verre de vin blanc). Tout ça, voyez-vous, mes juges, c'est les nerfs et la politique. Quand on professe des sentiments inverses à celles d'un ami, on renfonce ça dans son estomac , et on met sou mouchoir par-dessus... Voilà la manière de voir de Bichon... Bichon le bon garçon... Bichon le lézard... Bichon, enfin, voilà... T'as tort, Morin... D'ailleurs, je veux qu'on entende mes témoins.

M. Noël, le marchand de vins chez lequel a eu lieu la dispute, est appelé.

M. le président. Dites ce que vous savez relativement à la querelle qui s'est élevée.

Bichon- Il ne s'agit pas de ça.

M. le président. Laissez parler le témoin.

Bichon. C'est à moi, ce témoin-là, je l'ai fait venir, et il doit répondre à mes demandes.

M. le président. Faites-lui des questions, vous le pouvez.

Le prévenu. Je veux absolument qu'il dise si je ne suis pas connu parmi mes amis, connaissances et

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J'appelle Cinglai de tous mes pomons .... Bernique J e me remémore z 'alors que le cher "homme; est en course et

que mon veau brûle Tout ça me porte à la tête et je me

mets à les prier plus que le hou Dietr . . . .

Lith Coiuotv .

Juste Bourman.ce, Editeur de la Gorrechormoll e Place du Palais Royal, 2+1

voisinage, sous le briquet flatteur du lézard de la rue des Canettes, vu ma bonté et ma douceur.

Le témoin. Je n'en sais rien... Tout ce que je sais, c'est qu'il ne se passe pas de jour que vous n'ayez des querelles et que vous ne battiez quelqu'un.

Bichon. En v'ià un de floueur ! je le fais venir ici, et il parle contre moi ?... Je demande l'autre témoin.

La femme Hoquart. Je ne sais rien de rien... Quoi donc qu'on m' veut ici... de me déranger juste aujourd'hui que j'ai mis le pot.

Le prévenu, faisant une douce voix : C'est moi, ma petite maman Hoquart; c'est afin que vous disiez à ces messieurs si je n'ai pas mérité par ma bonté et ma douceur le briquet flatteur de lézard de la rue des Canettes, que ça m'a été donné par la justice de mes concitoyens.

La femme Iloquart..\oasl vous êtes 1 'épouvantable de tout un chacun. . .

Le prévenu. Qu'est-ce que c'est donc que des témoins comme ça, et que je fais venir encore... C'est plus de la bonté, ça, c'est de la jobarderie... Pauvre Bichon, va!

Le lézard de la rue des Canettes restera trois mois en cage et paiera 150 francs de dommagesintérêts à la partie civile.

Saurinet, tabletier, est traduit devant le conseil de discipline de la garde nationale sous la grave inculpation d'avoir, le 1 2 décembre dernier, troublé l'ordre au poste de l'IIôtel-de-Ville , et porté atteinte à la discipline militaire, en refusant un tour de faction.

M. le Président. Chasseur , vous avez entendu les charges qui s'élèvent contre vous;'qu'avez-vous à dire pour votre justification.... , chasseur ?

Saurinet, clignant les yeux et se grattant le front: Qu'est-ce que j'avais donc à vous dire?.. Attendez un peu...

M. le capitaine rapporteur- Votre intention n'est pas sans doute de vous rire du conseil?

Saurinet. Je m'en ris, moi... C'est donc sans rire que vous dites que je ris , m'sieur Formont ?

M. le Président. Eh hien ! parlez , chasseur.

Saurinet, au président. Vous êtes homme juste, vous, M. Cochard, v'ià mon affaire qui me revient. Je suis tabletier et j'avais apporté un bilhoquet au poste, pour charmer les instants. Je disà M. Poiré :

« Layetier, je vous joue un litre de blanc au premier cent-M C'est accepté, et nous jouons. Moi qui suis fort au bilboquet, vu que ça me connaît pour être de mon ouvrage, toc ! toc ! toc ! j'enfile, j'enfile... Mais le caporal, qui a besoind'un factionnaire, me prie de relever. Je m'y oppose, vu que mon tour était pour cinq heures, et qu'il n'en était qu'onze... Il a une dent contre moi , le caporal ; j'y ai fait protester un effet le mois passé ; c'est le sujet qu'il m'en veut. Je lui dis : « Chacun son tour , comme à la queue ; vous ne me la ferez pas, caporal , je joue un litre avec le layetier; adressezvous à un autre. »

Là-dessus , le caporal , s'élance et m'arrache le bilboquet des mains... Je suis sûr que vous êtes justes, vous autres, et que vous dites : « Le chasseur a raison; le caporal a passé ses ordres... nous allons punir le caporal.. Saurinet est un bon chasseur, il faut rendre justice à Saurinet. »

M. le Président. Il paraît que vous avez insulté le caporal de la manière la plus déplorable.

Saurinet. Je la déplore aussi... Mais pourquoi également le caporal a-t-il mis des R dans ses mots... et qu'il m'a dit que j'étais un vilain boug... C'est ce qui a le plus fait marronner ma femme... Elle y a été sensible tout plein, mon épouse... Moi, j'y ai pas dit, à vue de nez, approchant plus d'une trentaine de mauvaises paroles... et c'est beaucoup dire... mais, lui allait toujours... et allez donc!... allez donc... Le poste était de là, quoi !... il disait : C'est étonnant, un homme si doux... On nous a changé notre caporal!...

M. le Président. Est-ce tout, chasseur ?

Saurinet. Mais z'oui, M. Cochard, à peu près tout... D'ailleurs, pas de bêtise... il faut que je vous quitte... mon épouse est toute seule à la boutique.... elle attend son cousin pour aller promener avec.

M. le capitaine rapporteur a la parole. Il s'élève avec force contre le relâchement de la discipline militaire : « L'armée, dit-il, ne connaît plus l'obéissance passive ; elle délibère, aujourd'hui ; de là l'affaiblissement de notre prépondérance militaire... Si les soldats de la république et de l'empire, ajoute M. le capitaine , eussent délibéré au lieu d'agir, la France n'eût pas conquis l'Europe, et Napoléon ne serait pas assis sur la colonne Vendôme.»

Ce discours produit une vive sensation. Saurinet est condamné à quarante-huit heures de prison.

Imprimerie iTAmëdée Gratiot et O, rue de la Monnaie, 1t.

[NE EHIE DE

César Latinette. En v'ià d' l'ouvrage ! Faut que F gouvernement n'ait rien à faire de me faire venir ici pour quatre méchantes pommes déterre.

Le gendarme placé près du prévenu. Je vous autorise à ne pas parler du gouvernement en termes oiseux et submersifs.

Lalinelle. Gendarme, on vous dit mon cœur.

M. le Préaident. Latinette, vous êtes prévenu d'avoir arraché et volé des légumes dans un champ.

Latinette Histoire que Margouillis était enceinte, mon persident.

M. le Président. Qu'est-ce que c'est que Margouillis?

Latinette. Margouillis est un petit nom d'amitié que je donne à mon épouse, à cause qu'on n'entend jamais uu mot de ce qu'elle dit, que ça fait comme des cheveux sur la soupe.

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