‹ La CorrectionnelleChapitre 3 sur 231 · LE VOL AU NEZ · texte numérisé non relu

LE VOL AU NEZ

Le jeune Brochant, quoique fils de bonne mère, a contracté dans la fréquentation des mauvais garnements de son âge le goût de la dissipation et de la prodigalité. Brochant est à peine âgé de douze ans. Il lui fallait de l'argent pour satisfaire ses goûts dispendieux et ses habitudes de luxe. C'est dans cette conjoncture que Brochant se détermina à exercer la coupable manœuvre que vous allez voir.

Brochant avait-il besoin de quelque menue mon- ? zeste! il s'introduisait dans les fosses nasales un fétu de paille et provoquait par ce moyen une

abondantehémorrhagie. Tuis, s'approchant piteusement de quelque imprévoyante commère, ayant poche au tablier, il réclamait de son humanité le secourable service de lui introduire une clef dans le dos. On ne refusait jamais. Et pendant que la trop confiante matrone appuyant la tète du petit escroc sur sa poitrine, vaquait à l'exercice d'un zèle charitable, Brochant glissait dextrement l'extrémité de ses doigts dans la profondeur de la poche béante, et ramenait toujours quelques gros sous. La ruse venait toujours à bien , et grâce à ces larcins répétés, Brochant faisait figure dans le monde des gamins. Il achetait du flan, de la galette, régalait celui-ci, prêtait à celui-là, et personne ne pouvait s'expliquer d'où lui venait celte petite fortune. Mais un jour, jour fatal ! qu'il pratiquait son escroquerie accoutumée au préjudice de la dame Grandpré, marchande de marée à la Halle, Brochant fut aperçu par un garde municipal de service.

Il vient répondre aujourd'hui à une accusation d'escroquerie.

La dame Grandpré dépose sur le fait reproché à Brochant. La déposition du témoin est remarquable surtout par l'énergie de l'expression et ungrand luxe de cette espèce de liaisons que l'on nomme velours.

— Brochant, qu'avez-vous à répondre ?

Brochant, pleurant. — Hi! hi! hi!... ha! ha!

ha!... Ce n'est pas moi!...

— Vous avez été pris en flagrant délit.

— Ha ! ha! ha !. . c'est petit Bricolet, et puis l'petit du charcuilier... hé! hé!

— Ils ont pu vous conseiller; mais c'est vous qui avez exécuté la soustraction commise au préjudice de la dame Grandpré.

— Non... bon! hon '

— Le tribunal aimerait mieux vous entendre confesser votre faute.

— Oui... hi! hi !...

— Ainsi, vous reconnaissez donc...

— Non, hon! hon!... puisque c'est petit Bricolet, et...

— Avouez donc, Brochant ?

— Oui... hi!... non... hon!... hon !.... Je n'avais pas de cuivre, et alors , petit Bricolet m'a dit: T'es joliment gniaffe, toi; tiens, voilà comment qu'on fait

Le tribunal , considérant que Brochant a agi sans discernement, le renvoie de la plainte.

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