LA NOURRICE DES ENFANTS DE LA GRÈVE
La femme Jabulot. C'est ici qu'on se plaint, n'est-y pas vrai, des gens qui vous en ont fait des infamies... Eh ben! bon!... je me plains, et j' vas vous dire pourquoi... C'était comme qui dirait y a deux mois...
M. le Président. Répondez d'abord à mes questions... Quels sont vos nom et prénoms ?
La femme Jabulot. Désirée Jabulot, célibataire,
sans aucune espèce de mari quelquiconque
Ah! ben, oui, des maris, j' sors d'en prendre....
Le prévenu. J' crois ben ; y a d' bonnes raisons pour ça, mam' Désirée... Oh! oh ! Désirée!... La nature est-elle bizarde.
M. le Président. Femme Jabulot, quel est votre état ?
La femme Jabulot. Oh! Monsieur, il est ben triste, mon pauvre état... si vous voyez mes jambes comme elles sont enflées... c'est des vraies bûches de Noël, quoi !
M. le Président. Je vous demande quel état vous faites, quelle est votre profession ?
La femme Jabulot. Ah! bon, bon, bon... Excusez, Monsieur... Je suis chariutiére ambulante, à vot' service... mais ce dont je suis surtout et dont je peux me flatter, c'est d'èlre la nourrice des enfants de la Grève.
M. le Président. Que voulez-vous dire par là?
La femme Jabulot. Pardine, c'est clair : j' vas tous les jours établir ma boutique, c'est-à-dire ma poêle au milieu des ouvriers qui font grève, et je leurs-y fournis tout ce qui peut sustenter leur nourriture, à ces pauvres chéris. Et j' suis connue pour ça, j' puis dire. Quand on n'a pas d'argent, c'est tout d' même ; j' dis comme ça : Tu me paieras ça plus tard, mon garçon, quand l'ouvrage mordra...
M. le Président. Tout cela ne nous dit pas de quoi vous vous plaignez.
La femme Jabulot. Oh ! soyez calme ; je m'en irai pas sans ça... Je me plains de ce galopin.
Le prévenu. Pas d'injures, la Jabulot... N'abusez pas de la position oùs'que vous m'avez mis.
La femme Jabulot. Enfin, pour vous rachever, Simon que v'Ià s'approche de ma poêle, se met à remuer avec son ustache les boudins, les saucisses et le lard ; que ça ne me faisait pa? trop plaisir... car enfin on tient au coup d'œil de sa marchandise... Enfin il empoigne un morceau de
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Connut CiSi&'i^i, .
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fc>em4ji.i} . . . Giralot qu'e.st tout nerfs. ,se cale du pied droit, 6e cambre, il y empoidne ses cheveux et lui allonde sa balle de coton. \^x^- ^ ^oycvçv,^ donc, qu'il lui relève le nez et.
lui crève un oeil . . . . c'était "beau a voir!
Juste Bourmancc Editeivr de la Correctionnelle, 2-H, Place d«.PaUi« Royal
lard , le flanque dans un trou qu'il avait fait à sa miche de pain, et me dit , sans plus s'émouvoir que çà : « Mère Jabulot , c'est pour moi ! » Et il me tourne, sous votre respect, le derrière. — Disdonc, dis-donc, que je lui fais, j'vois bien que c'est pour toi ; mais et de l'argent ? — Puisque je vous dis que c'est pour moi, qu'il me répète audacieusement. — J'entends bien , mon garçon , que je lui observe ; mais comme lu me dois déjà 1 3 sous de ton avant-dernière grève d'y a six mois, j'peux pas te faire crédit. » Si vous l'aviez vu à ce mot là!... Il se met à m'en dire, ah ! mais à m'en dire... Enfin comme je l'avais empoigné par sa veste et que je ne le lâchais pas , il me reflanque mon lard dans ma poêle, et me distribue par-dessous une révolution de coups de pieds , que j'en ai depuis ce temps- là les jambes comme je vous ai dit, et que j'ai été douze jours sans pouvoir frire.
Le prévenu. Mère Jabulot, vous avez conté tout ça à ces messieurs à vot' manière, et avec votre petite voix que vous prenez quand vous voulez enjôler vot' monde... Avec ça que vous faites partie du plus intéressant de tous les sexes , ce qui pourrait bien faire qu'on vous donne raison. C'est pourquoi je demande à m'expliquer.
M. le Président. Parlez.
Le prévenu. D'abord, elle m'a traité comme on ne traite pas un homme : elle m'a appelé mangetout , va nu-pieds , panier percé... c'est humiliant devant des camarades... Alors ça m'a asticoté; avec ça qu'on n'est déjà pas trop content de faire grève... Ce qui fait que j'ai bien pu lui donner un petit coup de soulier... comme ça... tout doucement... d'amilié... mais v'ià tout.
La femme Jabulot. Laissez donc!... mon pauvre corps est tout abimé par les jambes.
Le prévenu. Il n'est pas déjà si avarié , vot' corps. Vous êtes assez bien conservée pour 4 5 ans.
La femme Jabulot. 38, entendez-vous. Demandez voir à ces messieurs si j'ai pas dit 38.
Le prévenu. Bon, bon, on connaît la couleur.
Cependant, comme il est établi que Simon a frappé la femme Jabulot sans provocation suffisante, le tribunal le condamne à ig francs d'amende.