‹ La CorrectionnelleChapitre 34 sur 231 · UN BON PETIT C(E0R · texte numérisé non relu

UN BON PETIT C(E0R

Une jeune griseite, au minois chiffonné, embéguinée d'un bonnet à rubans, la collerette blanche et fraisée, se présente à la barre de la police cor-

rectionnelle. Elle lance en passant devant le banc d'accusation un regard douloureux sur un élégant jeune homme, eh ce moment occupé à lisser sa chevelure avec le plat de sa main.

« Messieurs, dit en commençant la piquante grisette, je ne suis pas ici pour me faire meilleure que je la suis. C'est à l'Ermitage que j'avais fait la connaissance de M. Polydore. Hélas! on est exposée à faire de mauvaises rencontres partout , même au bal de l'Ermitage. M. Polydore se présenta à moi avec des manières engageantes et des promesses qui étaient bien faites pour séduire une pauvre femme sans défiance... J'eus la faiblesse d'y croire... et je fus sans défense avec lui... Vous voyez que je dis le fort et le faible de l'affaire... Enfin, messieurs, j'eus le désagrément d'être trompée dans toutes mes espérances. Au bout de quelques semaines, au lieu que M. Polydore tinsse ses engagements, j'y étais pour le mien. Il m'avait dit qu'il était riche, riche... ce n'était plus ça... il n'avait pas de quoi s'acheter des botles et payer son garni... Moi, ça me faisait un mortel chagrin, parce qu'après tout on a un cœur et on n'aime pas à voir ses amis dans la peine... Il m'empruntait toujours quelque petite somme ; si bien que toutes mes économies y passaient... Je ne lui en fais pas un reproche... Mais, un jour qu'il n'y avait plus à frire, il profita de mon absence et m'enleva ma montre et ma chaîne de cou, auxquelles je tenais, parce qu'elles me venaient de ma mère .. Oh! mais c'est la vérité... c'est bien ma mère... Je lui dis que c'élait bien mal... alors il m'a battue...

M. le Président. Cette montre et celte chaîne sont bien celles que l'accusé a vendues à Prévost ?

La griseite. Oui, M. le président. Si on pouvait me les rendre, cela me ferait bien plaisir... à cause du souvenir de ma mère... Je paierai ce qu'il faudra pour cela... seulement je demande du tempérament. Quant à M. Polydore, lâchez d'arranger ça pour qu'il soit libre... il n'est peut-être pas si noir qu'il en a l'air.

Mais le tribunal, sans avoir égard à la louchante intercession de la griseite, attendu, d'une part qu'd est constant, d'après les témoignages recueillis, que Malaurant a vendu des bijoux à Prévost; que ces bijoux appartenaient à Virginie Bernelle, et provenaient d'une soustraction commise au préjudice de ladite Virginie, condamne Malaurant à un an d'emprisonnement.

Imprimerie il amkdkk Gkatiot et Ce, rue lie la Monnaie, M.

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