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MANQUE DE FIL

voilà dans les rues et je suis tout ctonné-hé-hé de voir que la capitale est plus grande que Reiras, et qu'il y avait plus de monde qu'à la foire de chez nous. Je demandais-hé-hé partout M. Bé-érard, et on me répondait toujours : Voyez le numéro à côté. Il y avait trois jours que je courais comme ça de numéro en numéro, lorsque je vis Langlois (il désigne le prévenu). Je me dis : Voici un monsieur de Paris, il me donnera sans doute l'adresse de Bé-érard. Je lui dis : — M. Bé-érard de Reims, s'il vous plait? — .11 me répond : Vous êtes fièrement chanceux, tout de même , de tomber de la sorte. Bérard est mon camarade, et puisque vous êtes le sien , vous êtes le mien... Venez, je vas vous conduire. Il me mène bien loin et nous entrons chez un liqucuriste. Il me dit : Attendez là, je vais voir si l'ami Bérard est chez lui. Au bout d'un moment il revient avec Bé-érard. Je dis à celui-ci que je suis Rémois et une

connaissance à madame Simonnin. Là-dessus il me fait tout plein de caresses et me propose de me rafraîchir... Vous allez voir comme quoi Bé-érard n'était pas Bé-érard et que j'étais moi-même une bête de le croire. On boit, et on reboit... que j'en étais tout dérangé, vu que la boisson m'incommode. Alors il se met à me donner beaucoup de bons conseils et à me recommander de me méfier des femmes de Paris. — Vous avez de l'argent sur vous? il me fait. Je lui réponds : Oui ; 200 francs en or. Il m'appelle imprudent et m'accable de reproches, en me disant qu'à Paris il y a beaucoup de voleurs. Pour lors Langlois rajoute : Donnez votre argent à l'ami Bé-érard, il va le monter chez lui, et puis nous irons nous promener...

M. le Président. Vous vous êtes dessaisi de votre argent et ils ont disparu.

Coquel. Comme vous dites, mon-onsieur!..

M. le Président. Il suffit... Allez vous asseoir.

Un agent de police raconte que, sur la plainte de Coquel, il se transporta chez le liquoriste et que sur les renseignements fournis par ce dernier, il parvint à arrêter Langlois. Quant au prétendu Bérard, toutes les recherches de la police ont été jusqu'ici infructueuses pour le découvrir.

Langlois se borne à opposer les dénégations les plus formelles, et tâche d'établir un alibi.

Langlois. Je ne connais pas le moindrement l'affaire... et quant au mérinos que vous venez d'entendre, ni vu, ni connu... C'est peut-être quelqu'un qui me ressemble; mais ce n'est pas moi, ma parole d'honneur!.. J'étais allé pêcher tout seul ce jour-là à la pompe à feu de Chaillot, même qu'il faisait du vent et que je ne pouvais rien prendre... Est-ce une preuve, ça?...

M. le Président. Vous avez déjà été condamné deux fois pour vol.

Langlois. C'est peut-être quelqu'un qui me ressemble... mais je ne suis pas capable de ça...

M. le Président. Vous vous appelez bien Antoine-François ?

Langlois. Oui, et c'est là ce qui fait l'erreur... Je donnerais bien cent sous pour m'appeler autrement... Je peux-t'y changer mon nom?..

M. le Président. Comment se nomme celui qui vous a aidé dans votre escroquerie ?

Langlois. Je ne connais personne... Je ne connais que la pèche et je pêche toujours tout seul... Je suis innocent comme l'oiseau qui vient de naître.

Je vis de ma pêche... Je suis pêcheur, rien que pêcheur... Je ne sais pas pourquoi on veutm'empècher de pêcher...

Le tribunal, malgré les énergiques dénégations du prévenu, le condamne à huit ans d'emprisonnement, attendu l'état de récidive.

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