SYSTEME DES COMPENSATIONS
On appelle la cause de la demoiselle Adèle Cheval contre M. Auguste Blondet, jeune étudiant. Mademoiselle Adèle se rend à la barre d'un air dégagé, et en rajustant ses longues boucles de cheveux, pendant que M. Auguste, ployant sa casquette en manière de claque et la plaçaDt sous son
bras, gagne d'un pas assez nonchalant le banc des prévenus.
M. le Président à la plaignante. Vous n'êtes ni parente, ni alliée, ni amie du prévenu.
Adèle. Je fus son amie, mais je ne la suis plus... Je n'aurais jamais dû l'être... j'aurais sans aucun doute, à l'heure qu'il est, deux bonnes couvertures à mon lit, et je ne serais pas réduite au coeur de l'hiver, à me faire un édredon avec une malle.. . c'est bien dur, allez !
M. le Président. Ainsi vous reprochez au prévenu de vous avoir soustrait deux couvertures.
Adèle. Faites excuse !... Il ne faut pas en mettre plus qu'il n'y en a... Je veux dire seulement qu'il m'a soufflé mes couvertures pour les mettre chez ma tante, dont voici la reconnaissance.
M. le Président. Voyons, expliquez-vous.
Adèle . C'est bien clair, pourtant... J'avais deux bonnes couvertures de laine... M. Auguste, avec qui j'étais alors en bonne amitié, se présente un jourchez mon portier, prend ma clef, emporte mes couvertures, les donne à ma tante à garder et puis me renvoie la reconnaissance pour tout compliment.
M. Auguste. Ceci demande une explication, messieurs les juges. Mademoiselle a oublié de vous dire que quelques jours auparavant elle était venue chez moi, qu'elle avait emporté un paletot m'appartenant, et qu'elle en avait fait ce que j'ai fait moi-même de ses couvertures, sans'oublier de me faire remettre la reconnaissance de ma redingotte sous enveloppe. Cependant, comme la bise était venue, et que je grelottais, je sentis la nécessité de ravoir mon paletot. J'étais à court d'argent et je me rendis chez mademoiselle: je pris, ainsi qu'elle vous l'a dit, deux couvertures que j'engageai pour' pareille somme, afin de retirer mon paletot... C'est un rendu pour un prèle, comme vous voyez. Au reste, je n'ai pas voulu, de mon côté, lui faire tort de ma reconnaissance... Elle lui était acquise et je la lui ai envoyée, en la priant de ne plus reparaître chez moi...
M. le Président, rappelant la plaignante. Il parait que vous vous étiez vous-même rendue coupable précédemment des mêmes faits que vous reprochez au prévenu.
Adèle. Moi, c'est bien différent!.. J'étais comme sa femme , puisque dans toute la maison on ne m'appelait que madame Auguste... Il me devait
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Mon fils, les dôiac comme les dabelou.s qui rif hissent pa? entrer un verve de vin .sans payer?... On le pai era, .Muff.eUm ' . . Le. vin bu es) sacre, et, j'aimerais mieux faire la q-iteuf a .l'Apnth raire qu'au marchand devin ..C'est mon opinion, a mm1...
Juste Bouimant^Editeur de la Correctionnel In Place du Palais Royal, 2+1
bien ça... et ça n'était pas trop... Un méchant paletot sur quoi on a prêté 6 fr., et encore parce qu'on méconnaît.
M. le Président. Enfin que réclamez-vous ?
Adèle. Je ne veux rien de lui que mes couvertures, M. le Président... Qu'il me rende mes couvertures, et le plus tôt possible, car il fait froid , et je me suis chauffée avec ma malle ; ce qui fait que je n'ai plus que ma table pour courte-pointe... Ça n'est pas très régalant !
M. le Président. Mais, en toute équité, il ne le doit pas, puisqu'il n'a fait que ce que vous lui aviez fait vous-même.
Adèle. Au fait, c'est peut-être bien vrai. .-Après tout, l'hiver se passe, les bals masqués commencent... Tout bien considéré, j'aurais plutôt besoin d'un débardeur que d'une couverture... on danse plus qu'on ne dort en carnaval... Tâchez toujours qu'il me paie mes couvertures ; j'achèterai un débardeur avec... Voilà ma demande!
Le tribunal, compensant les torts mutuels de M. et Mme Auguste, reuvoie le prévenu des fins du débardeur demandé... je veux dire des fins de la plainte.
Un gros courtaud, dont le visage rose et frais respire un certain air béat, est traduit devant le conseil de discipline de la garde nationale pour avoir refusé, en partie, un service d'ordre public. Le prévenu se nomme Lerond, et prend la qualité fort bourgeoise de rentier. Lerond est taillé sur le patron de Joseph Prudhomme.
M. le Président. Voltigeur, vous êtes accusé d'avoir refusé une patrouille qui vous était commandée par le chef du poste. Quels sont vos moyens de défense?
Le voltigeur, ramassant son abdomen avec ses deux mains, cherche un aplomb solide et se campe sur deux petites jambes fort courtes... Mon colonel, celui qui dirait que je suis un mauvais citoyen aurait tort. En montant exactement ma garde je fais plus que mon tempérament et ma constitution ne comportent... Je ne le reproche pas à mon pays ; je sais que je me dois à la France comme chacun de ses enfants; mais il me semble, toujours sans reproche !.. que le pays est exigeant, en demandant qu'en sus de mes contributions et des gardes de jour, je lui consacre mes veilles.
M. le Président. Considérez, voltigeur, que si
tous les gardes nationaux pensaient comme vous, le service de nuit deviendrait impossible.
Le voltigeur. C'est ce qui fait aussi que j'ai demandé plusieurs fois à la Chambre législative qu'elle supprimât pour les gardes nationaux le service de nuit, qui abîme les citoyens, détériore le tempérament et entretient dans les corps-degarde la funeste passion de la bouillotte.
M. le Président. Vous nous donnez là de fort mauvaises raisons.
Le voltigeur. J'en ai de plus corsées, et, je puis le dire, de plus péremptoires... Il y a des gardes nationaux de deux espèces : le gras et le maigre... Il y en a même d'une troisième espèce, l'entrelardé... Celui-ci est le bon. C'est sur celui-ci, qui n'a pas à craindre les coups de sang ni les affections de poitrine, que devrait porter le service de nuit... C'est ce que j'ai eu l'honneur de proposer à notre auguste Assemblée législative, par un projet additionnel.
M. le Président. Il est impossible que vous parliez sérieusement.
Le voltigeur. Je ne suis point un farceur, et je ne ris point devant l'autorité militaire... Mais j'ai encore une raison et c'est la bonne... Ça me barbouille tout; mon estomac de ne pas dormir, et ça trouble ensuite mes digestions pendant plusieurs jours, au point que ma consommation journalière diminue de moitié, vu que je perds totalement l'appétit.
M. le Président. Assez ; allez à votre place.
Le voltigeur. Un mot encore , mon colonel ; c'est le dernier. Le sommeil m'est aussi nécessaire que le lait aux' enfants et la plume aux petits oiseaux. Je suis Français... que l'on me montre quatre citoyens plus Français que moi, et je dirai : la France est heureuse!... Je ne demande qu'un bienfait au Pays ; ce n'est pas d'être exempt du service militaire, personne ne saurait me priver d'être de l'armée citoyenne; je lui demande seulement de me permettre d'apporter mon oreiller au corps de garde , et de m'autoriser à dormir militairement pendant que mes frères d'armes, de la troisième catégorie, feront les patrouilles et les factions de nuit.
Le conseil qui n'a pas mission d'octroyer à Lerond le seul bienfait qu'il réclame de son pays, jugeant seulement sur l'infraction qui lui est reprochée , condamne l'accusé à douze heures de prison.
Imprimerie J'amédék Ckatiot ei Çr, rue de la Monnaie, il.