‹ La CorrectionnelleChapitre 7 sur 231 · SIMPLE ET SA\S ART · texte numérisé non relu

SIMPLE ET SA\S ART

Un monsieur habillé de neuf, et dont la physionomie respire la candeur et une parfaite mansuétude de mœurs, vient se placer en face du tribunal en écarquillant les yeux et la bouche épanouie. Il déclare se nommer Anastase Chantournier, exercer l'utile profession d'instituteur primaire à Dormans, et n'être à Paris ijue momentanément.

M. le Président. Vous auriez été victime d'une tentative de vol de la part du nommé Tranchant... Le reconnaissez-vous ?

L'instituteur. Je reconnais très bien M. le comte de Poulinière... Quant à du reste, je crois M. le comte un trop galant homme pour èlre susceptible de ce qu'on l'accuse... Impossible!... Je ne crois pas!

— 'lia été cependant arrêté par un inspecteur de police au moment où il tentait de vider vos poches.

— Qui?... M. le comte?... Faites erreur, monsieur le juge... ah ben! un comte qui a des propriétés autant comme autant... Permettez de dire que ça se peut pas ; c'est physiquement pas possible.

— Exposez au tribunal les faits qui ont accompagné le fait imputé à Tranchant.

— Tranchant?... pas possible!... Comte de Poulinière, bon!... Voici mon narré. Arrivé depuis peu de jours à Paris, j'étais allé visiter la colonne de la place Vendôme , ce drapeau de la gloire française... M. le comte eut la bonté de se procher de moi, et me dit des choses flatteuses sur les agréments de Paris ; donc, il m'offrit galamment de me faire parcourir tous les embellissements de la capitale. J'y fus sensible. Il me démontra les augustes batailles de la colonne; puis il me désigna une belle hôtel de cet endroit, en me disant :

Voici ma demeure , jeune homme; venez me voir, jeune homme ; ça fera plaisir à madame la comtesse de Poulinière, mon épouse... Vous êtes assurément attitré. Je lui dis : Non, je suis instituteur à Dormans... Bon ! il me dit, j'ai besoin d'un percepteur pour les jeunes comtes, mes lils, pour l'écriture, le calcul et la religion... 300 francs par mois, la table et le feu... Si ça vous va, dites le mot... Je trouvai la préposition convenante, et il m'a dit : Venez chez le marchand de vins d'au coin, je vous signerai votre arrangement. Mais à même heure un lieutenant de police prit M. le comte par le bras et m'a fait signer qu'il avait voulu me rapiner mon mouchoir; c'est totalement impossible... Je le reconnais à la face de la justice... M. le comte est au-dessus de cette petitesse.

Le président à l'accusé. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?

Tranchant. Je suis étranger au colloque de l'instituteur, par lequel il veut éternir ma réputation. Je ne suis pas comte , je n'ai pas d'enfants , et toutes les bourdes que ce serin nous a chantées sont des simulations... Chantournier s'entend avec le sergent de ville pour me perdre. Ils m'en veulent tous les deux et je ne leur z'y ai rien fait de mal. Voici la sincérité. J'ai dit à Chantournier : J'achète les mouchoirs d'occasion, pour les colonies... si le vôtre est bon teint, je le prends.

— On n'abuse pas la justice avec de semblables absurdités.

— Tiens, il n'y a pas de sots métiers, comme on dit... Pour ce qui est d'avoir sustilisé le mouchoir de Chantournier... jamais!... jamais!... jamais !...

Le tribunal, attendu que le fait de tentative de soustraction est constant , condamne Tranchant à trois mois d'emprisonnement. Chantournier reste tout ébaubi de cette condamnation et ne paraît pas encore très convaincu que Tranchant ne soit pas en réalité le comte de Poulinière.

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