DEUX VOLEURS AUDACIEUX
Un jour du mois dernier, le sieur Bollet, marchand bijoutier, était occupé dans sa boutique avec plusieurs personnes, lorsqu'un monsieur, vêtu avec une certaine élégance, se présente chez lui et demande à l'entretenir en particulier. M. Bollet s'excuse auprès de ses chalands et s'empresse de se rendre au désir du nouveau-venu. Il le conduit dans son arrière-boutique et lui demande tout d'abord à qui il a l'honneur de parler. L'inconnu déclare être un employé supérieur de la police de sûreté et fait connaître au sieur Bollet qu'il est envoyé vers lui par M. le Préfet de police, pour lui donner avis qu'un vol doit être commis à son préjudice dans la journée. Le sieur Bollet remercie de tout son cœur son interlocuteur, loue hautement la prudence de M. le Préfet de police et promet de se tenir sur ses gardes. « Non, ajoute l'inspecteur de police, il faut que vous vous prêtiez aux projets des voleurs, en ayant soin toutefois de tenir note des objets soustraits. » Le sieur Bollet ne paraît pas être au premier abord de cet avis. Cependant il ne trouva pas à répliquer, lorsque l'inspecteur lui eut fait envisager que sa condescendance aux désirs de M. le Préfet de police devait rendre un grand service à la sécurité publique ; car il ne s'agissait de rien moins que de découvrir toutes les ramifications d'une bande nombreuse de voleurs, qui avait jusque-là mis en défaut le zèle des agents de la sûreté publique. Cette considération l'emportant, le sieur Bollet se détermine enfin à se laisser voler, sous la condition expresse que les objets soustraits lui seront immédiatement restitués.
L'inconnu en prend l'engagement formel, fournit au bijoutier tous les renseignements nécessaires sur la personne du voleur, ainsi que sur l'heure et les circonstances du vol ; puis enfin il se retire, non sans recommander de nouveau au sieur Bollet de paraître ignorer, par rapport au voleur, toutes les particularités qu'il vient de lui faire connaître.
Le sieur Bollet attendait donc son voleur de pied ferme, lorsque le nommé Trompette se présente à son magasin. Bollet reconnaît à première vue son voleur et peut se convaincre de l'exactitude du renseignement qui lui a été fourni. Trompette affiche une imperturbable assurance , se fait montrer une quantité de bijoux et finit par emporter quatre bagues en diamants, une chaîne en or et une cassolette à odeurs, sans avoir rien acheté. Trompette
Les aristocrates, on peut Laper dêSSuS . . . . . tant seulement pour cirer mes bottes de ces à bas les aristocrates!.. .
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r. u 'cn voudrais pas méchants riches
Juste Bourmance Editeur de la. Correctionnelle Place du Palais Royal, 241
n'est pas plus tôt parti que Bollet se hâte de se rendre à la Préfecture de police avec une liste exacte des objets qui lui ont été volés. Là, il ne tarde pas à acquérir la triste certitude qu'il a été victime de deux escrocs, maîtres-passés, et que l'inconnu, dont il avait reçu les premiers avis, n'était qu'un compère de celui qui avait pratiqué le vol. Sur les indices fournis par Bollet, la police parvint à saisir Trompette et son camarade Caillot, tous deux forçats libérés. Ils furent trouvés encore nantis des bijoux volés. M. le procureur du roi, saisi de l'affaire, a fait comparaître les deux voleurs devant le tribunal de police correctionnelle sous la prévention d'escroquerie et d'usurpation de qualité.
Trompette et Caillot opposent les dénégations les plus maladroites aux charges pertinentes qui s'élèvent contre eux. Caillot proteste qu'il y a erreur par rapport à lui ; qu'il ne s'est pas présenté chez Bollet et n'a usurpé aucune qualité. Il reconnaît bien que les objets ont été trouvés en sa possession, mais il les avait achetés d'un inconnu pour en faire cadeau à sa maîtresse. Comme M. le Président lui objecte qu'il n'est guère vraisemblable qu'un homme de sa condition puisse faire des cadeaux de celte valeur. Caillot s'écrie : « J'ai toujours fait beaucoup de sacrifices pour les femmes... je suis connu pour ma générosité; aussi on se m'arrache!. .. »
Mais le tribunal , peu touché des protestations d'innocence des prévenus, et prenant en considération leurs mérites passés, condamne les deux accusés à dix ans de réclusion.