TRAHISON
Vers la fin de janvier dernier, Pissard, garçoncommis de la maison Bonaventure, épicier en gros, traînait sur un baquet à bras toutes sortes de denrées qu'il était chargé de remettre chez différentes pratique. Arrivés dans la rue Michel-le-Comte, Pissard est accosté par deux jeunes gens dont l'un prétend le reconnaître quoiqu'il ne puisse pas dire au juste dans quelle maison il l'a connu. Le commis de la maison Bonav enture énumère naïvement les
diverses maisons dans lesquelles il a travaillé, et il se trouve que l'inconnu se rappelle très distinctement avoir vu Pissard chez un sieur Droquin, à l'époque où lui-même était dans l'épicerie. Pissard n'a nul souvenir de l'inconnu, mais il n'en est pas moins enchanté de trouver un confrère. « Je suis sans place pour le moment, ne pourriez-vous pas m'indiquer quelque maison qui eût besoin de commis? » Pissard cherche dans sa tête et il croit bien qu'il pourra procurer un emploi à son émule en épicerie. L'inconnu ne sait comment reconnaître un pareil acte d'obligeance, remercie Pissard de toute son àme, et finit par lui proposer de vider sans façon un verre de vin. On était précisément en ce moment devant la porte d'un marchand de vins. Pissard s'excuse de ne pouvoir accepter par la rai" son qu'il ne peut laisser ses marchandises seules sur la voie publique. « N'est-ce que cela? dit obligeamment l'ami du confrère de Pissard, qui n'avait pas encore dit mot ; je garderai vos marchandises. Durand saitbien que je ne puis boire de vin, pour des motifs à moi connus , et si cela peut vous être agréable, je resterai près de vos marchandises, à la condition que vous ne serez pas trop longtemps. Pissard s'applaudit du bon office que lui rend l'ami de son confrère. On ne peut boire sur le comptoir, c'est par trop plébéien. Pissard donc et son nouvel ami passent dans une salle au fond de la boutique et on demande du vin. On boit assez longuement. Cependant, l'inconnu manifeste quelques craintes par rapport à son ami qui peut s'ennuyer d'attendre et dit à Pissard qu'il va voir s'il est toujours auprès des marchandises. Il sort, en effet, et pendant l'absence de son confrère, Pissard vide une nouvelle rasade, et puis une autre. L'inconnu ne revient pas. Pissard commence à s'inquiéter, il sort pour s'enquérir du motif qui peut tenir son ampbytrion éloigné. Haquet et marchandises, Pamphytrion et son ami, tout avait disparu. Pissard ne perd pas de temps et court formuler sa plainte auprès de M. le commissaire de police. Les voleurs devaient être faciles à saisir, car le haquet n'était pas de facile défaite. Avant la fin du jour ils étaient tous le.s deux sous la main de la justice; ce sont les nommés Pastourel et Guilloteau, deux mauvais garnements en fort mauvaise odeur auprès de l'autorité judiciaire. Ils comparaissent tous les deux aujourd'hui devant la justice sous l'inculpation de vol.
Les prévenus ne cherchent à opposer aucune
UiMr. Hmuu'.Mic.c l'.ditBtn rte la Lnrrr/ififirînnlli
dénégation aux charges qui s'élèvent contre eux. Us reconnaissent, au contraire, les faits avec un incroyable cynisme. «Les pantres (les imbéciles ), dit Pastourel , sont faits pour les grinches ( les voleurs)! le jeu est de ne pas se laisser paumer ( prendre ).. . ça ira peut-être mieux une autre fois... »
Le tribunal n'avait qu'à appliquer largement la loi, afin de mettre les deux filous hors d'état de recommencer de sitôt ; c'est ce qu'il a fait, en condamnant Pastourel et Guilloteau, chacun à 5 ans de prison.