‹ La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918Chapitre 20 sur 36 · XXXV. — La réquisition des cuivres · texte numérisé non relu

XXXV. — La réquisition des cuivres

Un urrêté du Gouverneur Général, en date du 8 juillet 1916, avait ordonné la déclaration obligatoire de tous les stocks de cuivre, étain, nickel, bronze ou tombac, existant en territoire occupé.

Un nouvel arrêté du 30 décembre 1916 avait annoncé que tous les objets en cuivre, étain, etc., se trouvant dans les ménages, étaient saisis et devaient être livrés; la date de livraison serait fixée ultérieurement pour chaque région. Les contrevenants aux arrêtés seraient frappés de peines pouvant aller jusqu'à 5 ans de prison et 20.000 marks d'amende.

Dès que les mesures annoncées par ces arrêtés entrèrent en vigueur, le Cardinal envoya au baron von Bissing .a lettre suivante :

Archevêché de Malines.

Malines, le 14 février 1917.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing",

Le Bulletin officiel des lois et arrêtés du 8 juillet 1916 avait annoncé que les autorités militaires songeaient à réquisitionner le cuivre, l'étain, le nickel, dans le territoire occupé. Nous ne pouvions nous résoudre à croire que le Pouvoir occupant exécuterait jamais de pareilles mesures, mais voici qu'un arrêté du 30 décembre a confirmé celui du 8 juillet, et il nous revient que ces arrêtés ont reçu déjà un commencement d'exécution.

Du point de vue moral et religieux où, par devoir d'état, je me place, je demande respectueusement à Votre Excellence au moins ces deux choses :

Qu'Elle veuille ne point traiter en coupables ceux qui jugent, en conscience, ne pouvoir prêter une coopération active à l'enlèvement des métaux réquisitionnés.

Qu'Elle veuille remarquer que, d'après le droit canon^, les biens des communautés religieuses, des séminaires, des collèges épiscopaux, aussi bien que ceux des fabriques d'églises, sont des biens ecclésiastiques, inaliénables sans une autorisation du Souverain Pontife.

La loyauté me fait un devoir de déclarer à Votre Excellence que je ne puis ni coopérer, ni permettre que mes subordonnés coopèrent à l'aliénation de ces biens.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'assurance de ma très haute considération.

(5.) D. J. Càrd. Mercier, Arch. de Malines.

XXXVK — Le Gouvernement Général demande au Cardinal de restreindre la consommation du charbon dans les églises.

Département politique Bruxelles, le 9 février 1917, de Belg:ique.

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

Votre Eminence n'ignore pas que, en ce moment, une grande disette de charbon se fait sentir ; comme le froid continue à sévir, il faut donc que, partout, le combustible soit employé avec la plus grande économie. Monsieur le Gouverneur Général a 2^^is des mesures pour li7niter la consommation du charbon. Au point de vue des économies de combustible à réaliser, les églises qui utilisent le chaicffage entrent aussi en ligne de compte. Tar ordre de Monsieur le Gouverneur Général, j'attire l'attention de Votre Eminence sur ce point et La laisse juge des mesures à prendre pour contribuer, en vue de l'intérêt général, aux restrictions imposées à tout le monde dans la consommation du charbon.

Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération distinguée et je suis

Son tout dévoué,

(s.) Lancken.

La disette de charbon était due uniquement aux réquisitions allemandes. Comme le démontre le Cardinal dans une lettre adressée au baron von der Lancken, en date du 26 novembre, et reproduite plus

loin, l'exploitation des houillères belges, telle qu'elle était pratiquée pendant la guerre, aurait permis, si le charbon extrait avait été laissé à la disposition de la population belge, de distribuer à chaque habitant 3. 000 kgr. de charbon par an. Mais la plus grande partie de la production était saisie par le Gouvernement allemand qui, pour se procurer de l'or, la vendait, à des prix très rénumérateurs, dans les pays neutres. Et pendant ce temps, la population belge — dans l'intérêt général, dit le baron von der Lancken — devait, par les plus grands froids, se priver de combustible !

Parmi les mesures citées par le Chef du département politique dans sa lettre au Cardinal, il faut citer la fermeture, par suite du manque de chauffage, de tous les établissements d'instruction.

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