L.e Gouverneur Général Bfjtxelles, le 8 février
de Belg^ique
A Soyi Eminence le Cardinal Mercier,
Archevêque de Malines.
Tai l'honneur, par la i^résente, de faire savoir à Votre Eminence que je publierai prochainement un arrêté qui aura pour objet l'inventaire général de
toutes les cloches en bronze et de tous les tuyaux d'orgue en étain qui se trouvent en Belgique.
Je n'ai 2)cis voulu manquer, en me rapportant à ma lettre du 24 septembre 1917 (P. A. I. 7226), de vous en informer.
Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération distinguée.
(s.) von Falkenhausen ,
Generaloberst.
En présence de cette décision, le Cardinal, se rendant compte de l'inutilité de toute démarche auprès du Gouvernement Général, s'adressa directement au Chancelier de l'Empire, le comte von Hertling :
Archevêché de Malines. Malines, le 14 février 1918.
Monsieur le Chancelier,
Le Gouverneur Général de Bruxelles, baron von Falkenhausen, me fait savoir, par lettre du 8 février, qu'il procédera très prochainement à la saisie des cloches et des tuyaux d'orgue de nos églises.
Déjà, en septembre 1917, une rumeur s'était répandue que nos cloches étaient en danger. Nous tentâmes alors d'apaiser l'émoi de nos populations chrétiennes, en sollicitant de Monsieur le Gouverneur Général une assurance que, fidèle à la parole plusieurs fois donnée, et promulguée par ses prédécesseurs, il ferait respecter en Belgique les droits de l'Eglise. Les évêques de Namur et de Liège avaient joint leur signature à la mienne. La réponse du Gouverneur Général, datée du 29 septembre 1917, fut évasive. Celle du 8 février nous annonce que nous n'avons plus d'illusion à garder et que, si Sa Majesté Impériale ne daigne pas nous couvrir de sa protection,,le sacrilège sera, dans peu de jours, consommé.
Nous n'avons plus d'espoir, Excellence, que dans votre haute intervention.
La Convention de La Haye, par son art. 46, fait à l'occupant un devoir de respecter et l'exercice du culte et la propriété privée, individuelle ou collective. L'art. 53 lui impose de limiter les réquisitions en nature aux besoins de l'armée d'occupation.
Il est superflu de dire que les cloches et les orgues ne servent pas aux besoins de l'armée d'occupation ; elles sont du domaine de la propriété privée et servent à l'exercice du culte catholique.
Au nom du droit international, souscrit par la plus haute autorité de l'Empire d'Allemagne et du Royaume de Prusse, je demande à Votre Excellence d'empêcher la promulgation de la mesure dont l'Église de Belgique est menacée.
Catholique comme nous. Votre Excellence n'ignore pas que la saisie violente d'une cloche d'église est un sacrilège.
La cloche est un objet consacré, c'est-à-dire irrévocablement voué au culte divin. L'évêque l'a non seulement bénie, mais ointe de l'huile sainte et du saint chrême, afin qu'elle soit, selon le langage de la liturgie, «sanctifiée par l'Esprit- Saint, sanctificetur a Spin'tu Sancto », et qu'à sa voix, les fidèles reconnaissent la voix de l'Église, appelant ses enfants à se presser dans son sein. « Vasculum ad invîtandos fîlios sanctae Ecclesîae praeparatum, ut festinantes ad pi'ae matris Ecclesîae gremium, cantent in Ecclesîa sanctorum canticum novum. »
Cette voix de la cloche, qui a sonné Votre invitation à la vie chrétienne et sonnera votre comparution devant le tribunal de Dieu, vous la connaissez. Excellence, vous la vénérez, vous l'aimez. Ce qu'elle était pour vous, simple fidèle, elle l'est encore pour le Chancelier de l'Empire. Les dignités humaines ne changent rien aux réalités de l'ordre
spirituel ni au droit ecclésiastique. Vous ne pouvez ni ordonner ni autoriser la profanation de cloches consacrées au culte catholique, sans coopérer à un sacrilège.
Laissez-moi ajouter. Excellence, que l'attentat annoncé par Monsieur le Gouverneur Général de Bruxelles blesserait au cœur un peuple qui n'a jamais voulu à l'Allemagne que du bien, que l'Allemagne s'était engagée par serment à couvrir de sa protection, et auquel il serait bien temps, en vérité, qu'elle épargnât de nouvelles douleurs.
Il entre assurément dans les espérances de vos compatriotes de renouer, un jour, avec notre pays, des relations pacifiques. Le souvenir d'une atteinte à des intérêts religieux profondément chers à chaque diocèse, à chaque paroisse, à chaque famille chrétienne de notre pays se prolongerait à travers plusieurs générations, y entretenant la haine au lieu de la charité. Votre Excellence ne jugerat-elle donc pas que l'avenir économique de l'Allemagne est d'accord avec les revendications du droit international et de la conscience catholique ?
Nos vénérés collègues de l'Épiscopat allemand et de l'Épiscopat autrichien ne contredisent pas à ces principes. Ils n'ont pu que subir, la mort dans l'âme, l'enlèvement des cloches de leurs églises; si le patriotisme a, peut-être, excusé à leurs yeux, une tolérance d'un mal qu'ils se sentaient impuissants à empêcher, le patriotisme corrobore, au contraire, pour nous, la loi de la résistance ; nous trahirions à la fois l'Église et la Patrie, si nous commettions la lâcheté de fournir à l'ennemi la matière d'engins de destruction, destinés à porter la'mort dans les raners des héros qui se sacrifient pour nous.
Excellence, je présente avec confiance ma requête à l'homme dont la noble carrière fut consacrée au service du droit, ^au chrétien qui a tenu à honneur toujours de se faire le champion des droits de l'Église et de la conscience
catholique, et je prie le Chancelier de l'Empire d'agréer l'hommage de ma très haute considération.
Le Saint-Siège fit, de son côté, de pressantes démarches auprès du Gouvernement de l'Empire pour empêcher que les mesures annoncées ne fussent mises à exécution.
Grâce à toutes ces instances, la menace du Gouverneur Général resta sans effet, et les cloches des églises de Belgique furent saurées.'
XLVI. — Le Cardinal démontre que la rareté des produits du sol en Belgique occupée est due uniquement à l'action des (( Centrales » allemandes. 11 dénonce des atteintes graves portées au respect du culte par des soldats allemands et se plaint de l'appui donné par le Pouvoir occupant à la campagne dirigée contre lui par les « activistes ».
Au début de l'hiver 1917-1918,, quoique la production des houillères belges n'eût pas sensiblement diminué, le charbon devint presque introuvable ; le Pouvoir occupant restreignait toujours de plus en plus la quantité de combustible laissée à la disposition de la population belge.
Sur l'ordre du Gouverneur Général, le baron von der Lancken avertit le Cardinal qu'il était nécessaire de faire les plus grandes économies dans l'emploi du charbon. Sa lettre est la reproduction, à peu de chose près, d'une correspondance qu'il avait déjà envoyée sur le même sujet, le 8 février (p. 348) :
Département politique Bruxelles, le S novembre 1917. près le Gouverneur Général de Belg:ique.
A Son Eminence le Cardinal Mercier,
Je suis chargé par Monsieur le Gouverneur Général de porter à la connaissance de Votre Eminence ce qui suit :
Le charbon devenant de plus en plus rare, il est
nécessaire de l'employer avec lapins g randepa^-'cimome. Pour éviter que le combustible ne vienne à faire totalement défaut, il faut absolument prend^^e des mesures pour en limiter la consommation. Ces mesures seront étendues aux établissemeyits d'instruction. Pour ce qui concerne le chauffage des églises, de nouvelles dispositions ne seront pas p^rises ; toutefois, il faudra tenir compte qu'il n'y aura plus, au cours de l'hiver, de nouvelles distributions de charbon.
Je présente à Votre Eminence V.expression de ma
considération distinguée.
(s.) Lancken.
Son Eminence répondit directement au Gouverneur Générai en démontrant, par des cliiffres, que si la pénurie de charbon était si grande, la faute en incombait uniquement aux réquisitions allemandes. D'une manière générale, la rareté, et par conséquent, la cherté des produits du sol belge était due à l'action néfaste des « Centrales »; ces organismes, créés par le Pouvoir occupant, soi-disant pour diriger la répartition des, produits du sol entre les habitants,/avaient pour principal but d'en détourner la plus grande partie au profit de l'Allemagne :
Archevêché de Malines. Malines, le 24 novembre 1917.
A Son Excellence Monsieur le baron von Falkenhausen^
Gouverneur Général^ Bruxelles.
Monsieur le Gouverneur Général,
La lettre (I. 8462) que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser, par l'obligeante entremise de Monsieur le baron von der Lanken, nous apprend que la quantité de charbon mise par votre Gouvernement à la disposition de la population belge va diminuant toujours, et que, non seulement les foyers privés, mais aussi les écoles et les églises, auront à souffrir de la pénurie générale.
Je ne me plains pas de l'application à tous du même
régime, mais je ne puis comprendre que ce régime de misère nous soit imposé.
La Belgique est un pays riche, et notre peuple est appauvri jusqu'à avoir faim et froid.
L'exploitation agricole, industrielle, minière, y est, normalement, d'une intensité prodigieuse, et voici qu'après trois ans d'occupation, les usines sont fermées, et l'on nous affirme que les produits et les extraits de notre sol ne suffiraient plus à nos besoins les plus urgents.
Des statistiques officielles, que j'ai sous les yemc, établissent que l'industrie extractive du charbon a donné, en 1910, vingt-quatre millions de tonnes, et, chacune des deux années suivantes, en chiffres ronds, vingt-trois millions de tonnes. Défalcation faite de la quantité consommée par les charbonnages, il reste disponible pour la vente une moyenne annuelle de vingt-et-un millions de tonnes. La population belge pouvant être évaluée à six millions,il devrait y avoir à la disposition de chaque habitant au-delà de trois tonnes, au-delà de 3000 kilogr. de charbon.
Je n'ignore pas qu'en ce moment les ouvriers de« charbonnages sont moins nombreux et leur travail moins productif ; mais qui doit être rendu responsable de cette diminution de bras et d'énergie ?
Les produits de notre sol sont quasi introuvables et se vendent à des prix exorbitants. Un simple exemple : Les pommes de terre se sont vendues à 2,50 fr. et jusqu'à 3 fr. le kilo. Notre sol en produit en quantité suffisante pour fournir à chaque habitant 600 grammes par jour — défalcation faite de la quantité nécessaire à l'entretien du bétail et à certaines industries — et les Bruxellois ont eu, de septembre 1916 à septembre 1917, 60 grammes de pommes de terre par personne et par jour î
Aussi, au nom de nos populations qui ont faim et que les sombres perspectives de l'hiver tiennent dans l'épouvante, je supplie Votre Excellence de vouloir se ressouvenir
des engagements de ses prédécesseurs et de ses propres responsabilités.
À peine arrivé à Bruxelles, le Gouverneur Général baron von der Goltz proclamait que les citoyens belges désireux de vaquer paisiblement à leurs occupations, n'avaient rien à craindre ni des troupes, ni des Autorités allemandes et invitait nos compatriotes à reprendre leurs affaires commerciales, à rouvrir les usines, à rentrer les moissons.
À la date du 22 avril de l'année dernière, feu le baron von Bissing s'adressait au public belge en ces termes : « En » vue d'assurer l'alimentation de la population, j'ai décidé » d'interdire désormais, dans le territoire placé sous mon » autorité, l'exportation de tous les produits alimentaires. » Tous ces produits, à la condition qu'ils soient de prove- » nance belge, seront donc réservés à la population du » territoire dépendant de mon administration.... »
Chaque fois que, au début ou au cours de l'occupation, l'accomplissement de notre charge pastorale nous obligea à tracer la ligne de démarcation entre le devoir permanent de fidélité à l'Autorité légitime et l'acceptation des règlements temporaires promulgués par l'occupant, les représentants de votre Gouvernement invoquèrent à leur profit l'art. 43 de la Convention de La Haye. Cet article, il est opportun de le rappeler, est ainsi conçu :
« Art. 43. L'Autorité du pouvoir légal ayant passé de » fait entre les mains de l'occupant, celui-ci prendra toutes » les mesures qui dépendent de lui en vue de rétablir et » d'assurer, autant qu'il est possible, l'ordre et la vie publics » en respectant, sauf empêchement absolu, les lois en » vigueur dans le pays. »
La raison pour laquelle le droit international reconnaît à l'occupant un pouvoir « de fait » est donc définie : « Rétablir et assurer, autant qu'il est possible, l'ordre et la vie publics ; » les limites d'exercice de ce pouvoir sont définies : « Respecter, sauf empêchement absolu, les lois en vigueur dans le pays. »
Le détenteur du Pouvoir trouve ainsi dans cet article 43 et le point d'appui et la délimitation de ses responsabilités.
Et l'Article 52 précise la destination obligatoire des ressources du pays. L'occupant ne peut les saisir ou les réclamer que « pour les besoins de l'armée d'occupation. »
Ces deux articles donnent la clé de la solution du problème angoissant du ravitaillement du pays en vivres et en combustible.
Une expérience, douloureuse pour nous, a démontré que l'administration allemande a fait erreur en confiant à ses « Centrales » la direction exclusive du ravitaillement en pommes de terre, en charbon, sucre, avoine, graisses, etc.
Les moyens de subsistance et de chauffage ne manquent pas ; et le peuple est très mal nourri ; il est très mal chauffé. Où va tout ce qui n'est pas pour lui? Au nom de l'ordre et de la vie publics que votre Gouvernement, en prenant en mains le pouvoir, s'est engagé à assurer ; au nom d'un peuple qui souffre de la faim et du froid, nous supplions le Gouvernement Général de renoncer résolument aux Centrales, dont la gestion est funeste aux intérêts belges, et de confier, soit aux Députations permanentes, conformément à la loi belge du 4 août 1914, soit au Comité national, sous le contrôle des ministres protecteurs, la direction du ravitaillement de notre pays.
Cette lettre est adressée au Gouverneur Général dans des sentiments de déférence et d'espoir. Sans doute, ce que je lui demande n'est pas une faveur; mais quand, il y va des intérêts des familles ouvrières et de la petite bourgeoisie, il n'en coûte pas au pasteur de joindre aux revendications du droit une instante prière.
Votre Excellence ne devra-t-elle pas, d'ailleurs, convenir, qu'en nous rendant justice, elle répondrait au vœu de Ses compatriotes ? Si, comme on nous l'affirme, ceux-ci n'ont pas perdu l'espoir de renouer, un jour, des relations ■commerciales avec notre pays, n'est-il pas naturel qu'ils
vous demandent de ne pas y accumuler les facteurs de discorde et de rancune, mais d'y laisser plutôt un dernier souvenir qui lui parle d'équité ?
Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'assurance de ma haute considération.
(s.) D. J. Gard. Mercier, àrch. de Malines.
Le Gouverneur Général, plutôt que de répondre aux arguments du Cardinal, trouva plus simple de déclarer, comme il l'avait déjà fait à propos de la protestation contre l'arrestation des fonctionnaires (p. 376), qu'il n'entendait pas discuter avec Son Éminence des questions qui ne touchaient pas directement aux intérêts religieux :
Le Gouverneur Général Bruxelles, le 29 novetnbre 1917. de Belgique.
A Son Eminence le Cardinal Mercier,
Archevêque de Malines.
Bans ma lettre du 13 juin dernier, j'ai déjà déclaré à Votre Eminence que je refusais d'entamer avec Elle des discussions qui ne se rapportent pas aux affaires ecclésiastiques. En réponse à Sa lettre du 21 courant, dans laquelle Elle s'élève de nouveau contre certaines mesures administratives que j'ai prises, je répète cette déclaration et j'ajoute que je considère cette attitude de Votre Eminence comme un abus des pyHvilèges qui sont attachés à Sa haute dignité ecclésiastique.
Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considéi^tion distinguée.
(s.) von Falkenhausen,
Gêner aloberst.
Le Cardinal justifia sa conduite en affirmant que son devoir lui commandait de s'intéresser aux souffrances physiques et morales de ses ouailles.
Puisque le Gouverneur Général voulait s'en tenir exclusivement, dans ses rapports avec l'archevêché, aux affaires d'ordre religieux, le Cardinal lui dénonça des atteintes graves portées au respect du culte, en différents endroits, par les soldats allemands. Il se plaignit aussi de l'appui donné par le Pouvoir occupant à la campagne de calomnies menée contre lui par les activistes, Ceux-ci déclaraient publiquement que si les prisonniers flamand§ en Allemagne n'avaient pas à leur disposition des prêtres parlant leur langue, la faute en incombait au Cardinal. Or, celui-ci, dès le mois de décembre 1914 (p. 13^ avait réclamé du Gouvernement allemand l'autorisation d'envoyer dans les camps de prisonniers, des prêtres « parlant nos deux langues nationales ».
Archevêché de Malines. Malines, le 11 décembre 1Q17.
A Son Excellence Monsieur le baron von Falkenhausen^ Gouverneur Général^ Bruxelles.
Monsieur le Gouverneur Général,
Dans Son honorée lettre (I. 9037), en date du 29 novembre. Votre Excellence émet l'idée que l'objet de ma lettre du 23 novembre n'est pas du ressort des intérêts qu'Elle appelle « ecclésiastiques », et n'est donc pas de ma compétence.
Le Gouverneur Général ne trouverait, ni en Allemagne ni ailleurs, un évêque catholique qui consentît à limiter son action à l'intérieur du temple ou aux intérêts purement spirituels de son troupeau. Les souffrances physiques et morales de nos ouailles sont nôtres, et le pasteur trahirait son devoir qui s'en désintéresserait.
Je suis citoyen belge, d'ailleurs, et dois à ma patrie ma part d'influence dont je puis disposer.
Fallait-il saisir de mes griefs l'opinion publique ? ou les soumettre directement à la première Autorité de l'Empire ? Les présenter au Gouverneur Général, n'était-ce pas rendre hommage à la haute situation qu'il occupe entre Sa Majesté Impériale et la Belgique occupée ?
Quoi qu'il en soit, les deux cas que voici. Votre Excellence n'en contestera pas le caractère religieux. Le premier s'est passé dans le Hainaut, en partie dans l'étape. Le second me concerne directement. Le 14 novembre dernier, à Tournai, à Mons et dans un nombre important de communes du Hainaut, des soldats allemands se firent ouvrir ou ouvrirent eux-mêmes les tabernacles où repose, dans nos églises et nos chapelles, le Très-Saint-Sacrement ; en certains endroits, l'envoyé militaire osa même, m'assuret-on, porter la main sur le Saint-Ciboire enfermé dans le tabernacle. Ces faits sont attestés par des personnes que je dois croire sincères et exactement renseignées. Je prie instamment Votre Excellence de vouloir les faire contrôler et de prendre les dispositions nécessaires, afin que des atteintes aussi graves au respect du culte catholique ne se reproduisent plus.
Depuis cinq mois, les journaux activistes organisent une campagne de calomnies et d'outrages à mon adresse. Personnellement, je la méprise. Mais il y a un thème contre lequel je m'insurge parce que, à force d'être répété, il pourrait induire les gens simples en erreur sur les sentiments qui président à mon ministère pastoral. Ces journaux me rendent responsables de l'absence de confesseurs, parlant nos deux langues nationales, dans les camps de prisonniers, civils ou militaires, et dans les campements des déportés. Or, votre Administration sait que j'ai multiplié vainement les démarches, directes et indirectes, auprès de vos prédécesseurs et auprès de Votre Excellence Elle-même, pour faire cesser cet état de choses déplorable. Les calomniateurs commettent une lâcheté, parce qu'ils savent que votre Gouvernement leur assure l'impunité et nous prive des moyens de nous défendre. Le plus effronté d'entre eux, qui signe Dr Àug. Borms, est un favori de votre administration et (Je la Politische Abteîlung ;\sl dernière réédition de sa calomnie date du 29 novembre. Votre
Excellence n'estimera-t-Elle pas que le respect de la vérité et du culte religieux Lui impose des devoirs ?
Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'assurance de ma haute considération.
(s.) D. J. Càrd. Mercier, àrch. de Malines.
Le Gouverneur Général n'avait pas voulu répondre à la lettre que le Cardinal lui avait adressée le 24 novembre, sous prétexte qu'il ne voulait traiter avec lui que des questions purement religieuses. Ce fut le baron von dcr Lancken qui se chargea de plaider la cause des « Centrales » et de justifier les mesures prises par le Pouvoir occupant pour la répartition des produits du sol belge.
La cause était mauvaise ; aussi le plaidoyer est-il faible :]
Département politique Bruxelles, le 1 décembre 1917.
près le Gouverneur Général de Belgique.
A Son Eminence le Cardinal Mercier,
Archevêque de Malines.
Monsieur le Gouve^meur Général m'a communiqué la lettre de Votre Eminence en date du 24 novembre. Je ne puis m'empêcher de réfuter certaines allégations qui y sont contenues et de signaler à Votre Eminence certains faits qui ont échajoj^é à Son attention, lo^squ'Elle a exprimé Ses plaintes et Ses désirs.
Votre Eminence regrette qu'on ne puisse se p)rocurer les produits du sol que difficilement et à des prix exagérés. A cette occasion, Elle rappelle avec raison la promesse faite jadis par feu Monsieur le Gouverneur Général vonBissing aux représe^ttants des pays neutres et à la population belge, de défendre l'exportation des produits alimentaires, sous réserve de certaines exceptions prévues dans les contrats. Il ne pouvait échapper
à Votre Eminence que cette promesse faite par Monsieur le Gouverneur Général constituait une limite imposée volontairement, en faveur de la population belge, à son droit de ^'éclamer les produits du pays pour les besoins de l'armée d'occupation, conformément à l'article 52 de la Convention de La Haye cité par Votre Eminence Ellemême. Cet engagement librement consenti. Monsieur le Gouverneur Général l'a toujours observé dans toute son étendue. Votre Eminence — je me plais à le i^econnaître — n'élève, dans Sa Lettre, aucun doute à ce sujet. Elle se demande oit vont les denrées alimentaires destinées au peuple belge ; je puis Lui rappeler que Monsieur le Gouverneur Général, dans de nombreux avis adressés à la population, a établi que des quantités considérables de denrées alimentaires disponibles ont été achetées, au détriment deV ensemble de la population, par les classes aisées. Des gens riches, qui sont des mauvais patriotes, payent aux intermédiaires des prix élevés, comme ceux indiqués dans la lettre de Votre Eminence. Cultivateurs et^ accapareurs s'enrichissent en vendant en fraude des denrées alimentaires que, dans sa sollicitude. Monsieur le Gouverneur Général cherche à faire vendre, à des %)rix raisonnables, aux classes qui sont moins fortunées et qui se trouvent dans le besoin. De nombreux arrêtés et mesures de toutes sortes, et tout récemment encore le nouvel arrêté prévoyant des peines plus sévères qu'auparavant contre les accapareurs, témoignent de la lutte que les Centrales et autres organisations créées par Monsieur le Gouverneur Général mènent contre une partie de la population, au profit de la grande masse du peuple. Votre Eminence Elle-même, dans sa Lettre pastorale du j^nntemps dernier, a montré comment les accapareurs doivent être rendus responsables de la situation lamentable d'aujourd'hui. Elle a fait appel, d'ime façon sévère, à
la conscience des paysans qui se montrent mauvais patriotes. A l'occasion de ces déclarations, despersonnes sont cenues se plaindre aux autorités allonandes de ce que le clergé n'eût pas usé depuis longtemps de sa grande influence pour porter 7'emède à la triste situation dans laquelle se trouve le peuple belge.
En'attribuant malgré tout la responsabilité de cette situation aux Centrales, Votre Eminence méconnaît les efforts incessants de Monsieur le Gouvomeicr Général et de ses fonctionnaires pour assurer une Juste répartition des produits du sol. Toutefois, ils ne parviennent jKis toujours à triompher delà résistance op)posée j)ctr certaines pa}'ties de la population et provoquée par des intérêts particuliers. Les 7nêmes phénomènes sej^encontrent dans tous les pays en guerre. Nidle part, les 0)'ganismes qui ont été créés pour faire face à ces situations nouvelles ne sont parvenus à trouver une solution définitive aux graves problèmes que la guerre et, avec elle, les changements de la situation économique, ont posés dans tous les domaines.
En ce qui concerne les difficidtés de ravitaillement en charbon, il s'agit avant tout d'une question de transports. La Belgique se trouve, à ce point de vue, dans la même situation que les autres pays.
Vot7^e Eminence rap)pelle que l'occupant a le droit de maintenir l'ordre et la vie publics. Les nombreux arrêtés de Monsieur le Gouverneur Général qui ont pour bid d'assurer la nourriture delà popidation belge, les effo^Hs incessants des fonctionnaires placés sous ses ordres, les peines de pjlus en plus fréquentes infligées aux accapareu7's de denrées alimentaires et à tous ceux qui enfreignent les arrêtés de Monsieur le Gouverneur Général, démontrent éloquemmeni combien les reproches élevés par Votre Eminence sont pjeu fondés. Si les résidtats ne répondent pjas toujours aux espérances, la faute principale doit en être cherchée —je suis forcé
de le constater — dans le manque de collaboration des autorités belges compétentes et dans l'absence d'esprit de corp)s au sein de la popidation belge. Les autorités et la population sont cependant les premières intéressées à ce que les intentions bienveillantes de Monsieur le Gouverneur Général puissent trouver leur réalisation. Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération la plus distinguée,
(s.) Lanchen.
Le Cardinal, dans une lettre adressée au baron von der Lancken et dans laquelle il se plaint de plusieurs mesures vexatoires du Pouvoir occupant, accuse encore les « Centrales » d'être la cause première de la profonde détresse dans laquelle est plongée la population belge :
Archevêché de Malines. Malines, le 11 décembre 1917.
A Monsieur le baron von der Lancken, Chef du Département politique, Gouvernement Général,
Bruxelles.
Monsieur le baron.
Volontiers j'accepte l'offre que vous voulez bien me faire de transmettre un pli fermé au Feldprobst, Mgr Joeppen (1).
Il est donc vrai que, malgré toutes les promesses faites à Sa Sainteté comme à nous, le Curé-Doyen Jules Herman ne recouvrera pas sa liberté. Ce cas est une des multiples applications d'un procédé inadmissible en justice. Le tribunal condamne un prévenu à une peine déterminée ; sa peine purgée, le condamné a droit à sa liberté. Eh bienî non, sans
(i) Dans la réponse à une intervention du Cardinal en faveur d'un prisonnier politique, le baron von der Lancken s'était offert à transmettre un pli fermé à Mgr Joeppen et avait annoncé que Monsieur le curé Herman n'avait pas obtenu l'autorisation de rentrer en Belgique.
nouveau jugement, par décision arbitraire, on le retient en exil. Parmi les nombreuses victimes de ce procédé, je cite le bourgmestre de Malines, M. Charles Dessain, le doyen d'Orp-le-Grand, M. Herman, mon secrétaire, M. le Chanoine Loncin.
Je sais que l'on vise à m'être désagréable : mais vraiment, est-ce un motif suffisant pour absoudre une injustice ? La même intention désobligeante à mon égard perce encore dans la lettre écrite au nom du Gouvernement Général à Son Excellence le Nonce, à propros de la fermeture de l'établissement des Ursulines à Malines. Cette lettre parle d'un « esprit de révolte contre les lois du pays, » « d'infractions qui, étant commises à Malines même... »
C'est identifier erronément à une «révolte», une résistance passive dictée par la conscience ; aux « lois du pays », des mesures imaginées pour les bouleverser.
Au surplus, supposé que l'école normale eût violé les « lois du pays », il ne s'ensuit pas qu'il fût permis de fermer l'école moyenne libre et l'école primaire libre, logées sous le même toit que l'école normale, mais qui n'ont rien de commun avec elle. La fermeture de ces deux institutions est une atteinte grave à la liberté d'enseignement. J'espère encore que la mesure prise contre ces religieuses innocentes ne sera pas maintenue. (1)
À propos des Centrales, Monsieur le baron, il n'est pas possible que vous ne sentiez pas la faiblesse de votre plaidoirie (I, 9074).
Sans doute, j'ai rappelé aux cultivateurs leurs obliga-
(i) L'école normale libre, dirigée par les Ursulines, ne voulant pas reconnaître la séparation administrative imposée par le Pouvoir occupant, avait refusé, comme la plupart des établissements, de présenter ses élèves devant un jury dans lequel figureraient des fonctionnaires ^des nouveaux bureaux. Devant ce refus, le Gouvernement Général fit fermer, non pas seulement l'école normale, mais aussi l'école moyenne libre et l'école primaire libre, installées dans les mêmes bâtiments que l'école normale.
tions d'équité et de charité, parce que j'estime qu'il faut dire la vérité même à ses amis, mais vous aurez remarqué que j'ai aussitôt ajouté : « Je sais bien que le premier auteur responsable de la crise, ce n'est pas le cultivateur. » Dans un document à lire dans les églises, je ne pouvais préciser davantage. Mais vous êtes trop avisé pour n'avoir pas lu le mot que je ne prononçais pas : « la Centrale ». Ne chargez pas davantage le cultivateur. Vous ne les avez que trop pressurés déjà et accablés d'amendes. La « Centrale » est la pieuvre dont les tentacules, s'allongeant sans cesse, absorbent les ressources vitales du pays. Laissez les Députations Permanentes ou le Comité national présider à la répartition des vivres et du charbon ; le peuple sera nourri et chauffé, et vous n'encourrez plus le reproche de favoriser l'Allemagne et de faire le commerce avec les pays neutres à notre détriment.
Agréez, Monsieur le baron, l'assurance de ma considération très distinguée.
(s.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Màlines'.
Le baron von der Lancken, tout en répondant à la lettre précédente, essaya, sur l'ordre du Gouverneur Général, de réfuter les accusations que le Cardinal avait portées contre le Pouvoir occupant dans sa lettre du lo décembre, adressée au baron von Falkenhausen :
Département politique Bruxelles, le 19 décembre 1917. près le Gouverneur Général de Belgique.
Monsieur le Gouver?ieur Général m'a communiqué l'honorée lettre de Votre Eminence en date dit 10 coiu^ant et m'a prié d'y répondre. So7i Excellence
estime qii'Elle ne peut reconnaître le droit, aiiqîtel Votre Eminence prétend, d'icser, en tant que citoyen belge, de l'influence dont Elle dispose et qui est due à la situation qu'Elle occupe dans l'Eglise. Car Votre Eminence, qui est revêtue des plus hautes charges ecclésiastiques, occupe une situation privilégiée et jouit d'une protection dont Monsieur le Gouverneur Géné^ml et ses prédécesseurs par égard pour le Saint-Siège, ont toujours tenu compte. Dès le début de l'occupation, Votre Eminence a utilisé les privilèges attachés à sa charge ecclésiastique p)Our faire de l'agitation politique, ce qui entraînerait, pour un simple citoyen, des poursuites en justice. C'est pour cette raison que Monsieur le Gouveimeur Général s'en tient expressément à son point de vue de ne vouloir entrer en relation avec Votre Eminence qu'au sujet de questions purement religieuses. En sa qualité de représentant de Sa Majesté l'Empereur, Monsieur le Gouverneur Général exige qu'on reconnaisse pleinement son autorité dans tout le territoire soumis à l'occupation.
J'en viens aux points de détail signalés par Votre Eminence. Je ferai d'abord remarquer que, au sujet des perquisitions faites dans les églises de la province de Hainaut, une explication a déjà eu lieu entre rinspecti07i des étapes et S. G. Mgr l'évêque de Tournai. L'affaire ^:?ew^ donc être considérée comme terminée. Toutefois, je voudrais signaler que les perquisitions ont démontré l'abus qu'on avait fait des églises, en cachant dans des endroits réservés au culte des objets tout à fait profanes.
Au sujet de la plainte de Votre Eminence contre le D'" Borms, Monsieur le Gouverneur Général estime que celui-ci n'a fait qu'opposer une 'résistance fondée à la lutte que Votre Eminence a entrej^rise, en utilisant Son influence ecclésiastique, contre les efforts légitimes du peujole flamand. L'autorisation d'envoyer
des prêt7'es belges dans les camps de prisonniers en Allemagne, — question sur laquelle Votre Eminence revient à nouveau — dépend exclusivement des autorités militaires d'Allemagne, Mais je crois devoir vous faire remarquer que ceïîes-ci obéissent à un scrupule qui, à leur point de vue, est légitime, en refusant les candidats recommandés par Votre Eminence. Car l'attitude politique qu'Elle a prise depuis le début de la guerre, a fait qu'on n'a pas, dans Ses indications, une confiance suffisante.
Dans la lettre qu'Elle m'a adressée le il décembre. Votre Eminence renouvelle ses réclamations contre les « Centrales ». Tout en m'en rapportant aux déclarations que j'ai faites antérieurement, je voudrais faire remay^quer, une fois de plus, que les difficultés dont se plaint Votre Eminence au sujet de l'alimentation du peuple en Belgique, se rencontrent dans tous les pays en guerre, même dans ceux où n'existe aucun organisme de ce genre. Il me semble donc qu'il n'est pas juste de rendre responsables de toutes les difficultés, les « Centrales » qui existent en Belgique.
En ce qui concerne le curé Jules Herman d'Orp-le- Grand, de nouvelles démarches ont été faites, ainsi que je l'ai fait savoir dernièrement à Votre Eminence.
Quant à la fermeture de l'établissement d'enseignement dirigé par les JJrsidines à Matines, je melcontenterai de faire remarquer à Votre Eminence que je ne suis pas compéteyit. Mais je prendrai de plus amples informations, et me réserve, le cas échéant, de revenir sur cette affaire.
Je py^ésente à Votre Eminence l'expression de ma considération très distinguée et j'ai l'honneur d'être
So7i tout dévoué,
(s.) Lancken,
XLVll. — Le Cardinal demande au baron von der Lancken que l'église de St-Roch, à Mal, ne soit pas convertie en hôpital militaire.
Archevêché de Malines. Malines, le 29 mars 1918.
A Monsieur le baron von der Lancken, Chef du Département politique. Gouvernement Général,
Bruxelles.
Monsieur le baron,
J'appelle toute votre bienveillante attention sur une situation délicate qui vient de se produire à Hal et à propos de laquelle on pourrait, moyennant un effort de bonne volonté, éviter des conflits.
L'autorité locale veut convertir une église paroissiale, l'église de St-Roch, en lazaret. Ce serait la désorganisation du culte dans une paroisse de plus de 3000 âmes et à un moment où les offices sont exceptionnellement nombreux.
Monsieur le doyen de Hal m'écrit que les locaux profanes ne manquent pas, où l'on pourrait très bien installer les blessés.
J'espère que vous voudrez bien mettre votre haute influence au service de la liberté religieuse et vous en serai reconnaissant. J'ajoute que, d'après nos informations, votre intervention devrait se produire d'urgence.
Agréez, Monsieur le baron, l'expression de mes sentiments les plus distingués.
{s.y^. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.
La requête du Cardinal fut favorablement accueillie; l'église fut laissée au culte.
XLVin. — Les intérêts religieux des prisonniers détenus à la citadelle de Diest.
Au début de mars 1918, les autorités militaires firent rentrer d'AMemagne un grand nombre de prisonniers civils, venant surtout du camp de Holzminden, et les internèrent à Diest, dans une vielle citadelle désaffectée. Le Cardinal, ayant appris que les intérêts religieux de ces prisonniers étaient en souffrance, demanda au Gouvernement Général, par l'intermédiaire du baron von der Lanckcn, de vouloir autoriser le clergé paroissial de Diest à assurer le service religieux de la prison :
Archevêché de Malines. Malines, le 29 mars 1918.
A Monsieur le baron von der Lancken, Chef du Département politique^ Gouvernement Général,
Bruxelles.
Monsieur le baron,
II y a, à l'heure présente, dans la petite ville de Diest, environ 400 civils, amenés d'Allemagne, et la rumeur se répand que leur nombre deviendra, sous peu, beaucoup plus considérable. Ils sont logés à la citadelle de Diest. Les uns sont des prisonniers ; les autres, en plus grand nombre, ont purgé leur peine, me dit-on, mais sont retenus, comme « indésirables », sous la surveillance des autorités. Tous ces internés sont sans contact avec le prêtre. Tout au plus peuvent-ils, de loin en loin, recevoir une visite rapide de l'aumônier allemand. Je demande avec instance à Son Excellence Monsieur le Gouverneur Général de vouloir autoriser le clergé paroissial de Diest à procurer, d'une façon régulière, à ces internés les services religieux.
J'espère, Monsieur le baron, que vous voudrez bien vous employer à nous obtenir cette autorisation et je vous en exprime, par avance, mes remercîments en même temps que je vous renouvelle l'assurance de ma haute considération.
Le Gouvernement Général refusa, d'accéder à la demande du Cardinal; mais le baron von der Lanckcn, répondant à la lettre précédente, donna l'assurance que les intérêts religieux des prisonniers (le Diest n'avaient pas été néi,digés jusque là et qu'ils seraient encore mieux assurés à l'avenir :
Département politique
près le Gouverneur Général
de Belgique.
Bruxelles, lel7av7Hl iOlH.
A Son Eminence le Cardinal Mercier,
Archevêque de Malines.
Voire Eminence, dans Sa lettre du 20 mars, a denumdé que les intérêts religieux des piHsonniers internés dans la citadelle de Diest soient mieux sauvegardés.
J'ai l'honneur de Lui répondre que, dès les débuts de l'installation de la prison de Diest, les autorités allemandes ont songé à assurer le service ?^eligieux des prisonniers d'une manière satisfaisante, et, dans ce but, elles ont demandé au Ministère de la Guerre à Berlin de charger de ce service un aumônier des priso7is connaissant la langue flamande et la langue française. En attendant l'arrivée de ce prêtre, le service est assuré.
comme VoU^e Eminence le sait, par V aumônier militaire de Louvain ; celui-ci fait tous ses efforts pour satisfair^ les désirs religieux des détenus. Depuis l'arrivée des prernie^-'s prisonniers, le 6 mars, il a dit la Messe à plusieurs y^eprises à la prison et a fourni l'occasion aux prisonniers de recevoir les sacrements ; il a aussi pris soin que le Saint Sacrement soit conservé dans la chapelle de la prison : celle-ci est ouverte aux détenus pendant toute la journée. A chacune de ses visites, les prisonniers peuvent s'entretenir avec lui. Ils lui ont manifesté le désir d'avoir l'occasion d'assister à la Messe et de recevoir les sacrements tous les jours, comme à Holzminden, oit ils étaient internés antérieurement. Mais cela ne se^^a possible que lorsque l'aumônier de la prison sera arrivé; jusque là, il faudra s'en tenir à la situation provisoire d'aujourd'hui. Les prisonniers en ont été avertis.
D'après ce qui précède. Votre Eminence pourra se rendre compte que la question du service religieux à la prison de Diest n'a mdlement été négligée, et que, en attendant l'arrivée d'un aumônier spécial, des mesures ont été prises pour qu'il soit tenu compte des besoins religieux des prisonniers.
La demande de Votre Eminence de confier le service religieux des prisonniers au clergé paroissial de Diest ne peut pas être accueillie.
Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération très distinguée.
(s.) Lancken.
Le Cardinal accusa réception de la lettre précédente au baron von der Lancken en regrettant que sa demande ait été rejetée et en enregistrant les assurances données par le Gouvernement Général :
Archevêché de Malines.
Malines, le 22 août 1918.
A A Ions leur le baron von der Lancken, Chef du Département politique. Gouvernement Général,
Bruxelles.
Monsieur le baron.
J'ai bien reçu votre lettre I, 2566, en date du 17 Avril, par laquelle vous avez l'amabilité de me renseigner sur les soins religieux donnés aux prisonniers internés dans la citadelle de Diest.
Tout en regrettant vivement que des prêtres belges ne soient pas autorisés à voir, et spécialement, à confesser leurs compatriotes, je vous sais gré des assurances que votre honorée lettre m'apporte et je vous prie d'agréer. Monsieur le baron, avec mes remercîments, l'assurance de ma haute considération.
(s.) D. J. Càrd. Mercier, àrch. de Malines.
XLIX. — La réquisition des matelas dans les asiles de vieillards dirigés parles Petites Sœurs des Pauvres. — Les services religieux à la prison de la a Kommandantur ».
Lors de la réquisition des laines, le Cardinal, ayant été averti que les vieillards des asiles dirigés par les Petites Sœurs des Pauvres étaient menacés de se voir enlever leurs matelas, pria le baron von der Lancken d'intercéder en faveur de ces malheureux auprès du Gouverneur Général.
Il lui demanda, par la même occasion, de faire avancer l'heure de la Messe à la prison de la Kojnmandantia' de Bruxelles, afin de permettre aux détenus qui désiraient communier, de ne pas rester à jeun jusqu'à une heure tardive de la matinée :
Archevêché de Malines. Malines, le 21 mai 1918.
A Monsieur le baron von der Lancken^ Chef du Département politique, Gouvernement Général,
Bruxelles.
Monsieur le baron.
Les Petites Sœurs des Pauvres de Bruxelles et d'Anderlecht sont menacées de voir enlever de leurs asiles des matelas destinés à leurs vieillards. J'espère que vous voudrez bien plaider la cause de ces malheureux auprès de Son Excellence Monsieur le Gouverneur Général.
Il y a, m'assure- t-on, à la Kommandantur de Bruxelles un certain nombre de prisonniers qui seraient désireux de communier le dimanche, mais sont trop faibles pour rester à jeun jusqu'à l'heure tardive où l'aumônier vient leur dire la Messe.
Vous accorderiez à ces détenus une grande consolation
religieuse si vous vouliez permettre à un prêtre, prisonnier avec eux, de dire la Messe à leur intention à une heure matinale, par exemple à 6 ou à 7 heures. Ils vous en seraient très reconnaissants.
Agréez, Monsieur le baron, l'assurance de ma haute considération.
(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.
Après un examen de la question qui dura trois semaines, le Gouverneur Général décida que 400 vieillards, sur les 450 qui étaient hospitalisés à l'asile de la rue Haute, à Bruxelles, seraient privés de leur matelas; quant à l'heure des services religieux à \sl Ko7n7naiidantiir, elle ne pouvait être modifiée.
Le baron von der Lancken fit part de ces décisions au Cardinal :
Département politique Bruxelles, le 12 juin iOiS.
A Son Eminence le Cardinal Mercier,
Archevêque de Malines.
En réponse à la lettre de Votre Eminence en date du 21 mai, j'ai l'honneur de lui communiquer ce qui suit :
Monsieur le Gouverneur Général a fait examiner soigneusement la question de savoir si les matelas qui se trouvent à l'asile de vieillards de la rue Haute, 266, à Bruxelles, pouvaient être exempts de la saisie. Le résidtat, c'est qu'il n'est pas possible de laisser à l'asile les 450 matelas. Comme la p)lus grande partie des vieillards ne gardent pas continuellement le lit, il suffira amplement de laisser 50 matelas pour les pensionnaires impotents. En remplacement des matelas
livrés, l'hospice recevra des flocons de laine dont on pourra faire des matelas moelleux et pratiques.
En ce qui concerne le service religieux despjersonnes internées à la Kommandantur, les ^^enseignements qui m'ont été fournis établissent que la Messe se dit régulièrement le dimanche à 8 h. 1/2 et le ma?'dl à 7 h. 1/2. Il n'est malheureusement pas possible d'en avancer l'heure ; mais j e crois qu'elle n'est pas trop tardive et ^ que les perso7tnes qui désirent communier peuvent rester à jeun jusqu'alors. X cette occasion, je fais rembarquer à. Votre Eminence que les autorités allemandes font tout leur possible pour assurer aux personnes détenues à la Kommandantur un service religieux satisfaisant. Aussi, les besoins religieux des prisonniers, à ce qu'on m'assure, ne sont pas bien grands.
Je présente à Yotre Eminence l'expression de yna considération très distinguée et j'ai l'honneur d'être
Son très dévoué,
(s.) Lancken.
Le Cardinal, dans une protestation énergique, fit ressortir tout l'odieux des décisions prises par le Gouverneur Général.
Archevêché de Malines. Malines, le 27 juin 1918.
A Monsieur le baron von der Lancken, Chef du Département politique. Gouvernement Général,
Bruxelles, Monsieur le Baron,
Votre lettre 1-3886, du 12 juin 1918, m'apporte une bien triste réponse aux deux requêtes que j'avais eu l'honneur de vous adresser avec la confiance que, cette fois, je ne pourrais pas essuyer un refus. Et le refus, hélas, est catégorique.