‹ La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918Chapitre 4 sur 36 · IJ · texte numérisé non relu

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Le Kreischef. Mcdines, Ic 9 - 1 - 1915.

Ah Cardinal-Archevêque de Malines, EjV,

Par ordre du Goiiverneiw Généfrd,J'ai l'honneur de transmettre à Votre Eminence le télégranijne suivant qui est arrivé au Goitcerneiw Général avec prière de cous le communiquer :

«A Son Eminence le Cardinal Mercier! Le bruit s'est répandu que Votre Eminence attrait été arrêtée, en même temps que d'autres personnes qui auraient coopéré à la diffusion de la Lettre pastorale. Ce bruit a produit dans toute l'Amérique une profonde impression. C'est pourquoi je suis chargé par la direction de V « Associated Press » de me mettre, si possible, personnellement en relct' tions avec Votre Eminence, et de recevoir d'Elle des explications au sujet des mauvais traitements qui lui auraient été prétendument réservés. Si Votre Eminence y consent, je La prie de me faire savoir à l'ambassade américaine à La Haye ce qu'il faut dire de la situation qui Lui est faite, »

Avec toute ma considération, (s.) George Schreiner, correspondant de V « Associated Press of Amerika. »

Dans le cas où votre Eminence aurait l'intention de répondre à ce télégramme, je me mets à sa disposition pour expédier sa réponse.

Le Kreischef, (s.) G. von Wengerky,

Colonel,

Le Cardinal envoya au Kreischef^ avec sa réponse au télégramme de M. Schreiner, le mot que voici :

Le Cardinal Mercier offre à Monsieur le Comte von

Wengersky l'expression de sa haute considération et le prie de vouloir transmettre la réponse ci-jointe au correspondant de Y Associated Press of America.

George Schreiner, Correspondant de Y Associated Press of America. Légation d'Amérique, La Haye.

En réponse à votre télégramme j'ai le regret de devoir déclarer que nombreux prêtres ont subi violation domicile, menaces d'amende ou de prison, arrestation. L'imprimeur de la Lettre pastorale condamné amende 500 Marks. Moi-même ai reçu deux janvier, six heures matin, trois officiers qui m'ont intimé ordre rester à la disposition du Gouverneur Général ; dimanche 3 janvier, reçu par télégramme du Gouvernement Général défense aller à Anvers présider une cérémonie religieuse.

Vous serais reconnaissant vouloir m'accuser réception de mon télégramme.

(s.) Cardinal Mercier, Arch. de Malines.

Le Gouverneur Général refusa de transmettre le télégramme du Cardinal. Il envoya un de ses émissaires pour inviter Son Éminence à atténuer le texte de sa réponse au correspondant de V Associated Press. Le Cardinal s'y refusa énergiquement, en déclarant que ce qu'il y affirmait était l'expression de la vérité. Puisqu'on ne lui permettait pas de répondre directement aux questions posées par M. Schreiner, S. E. se contenta de lui adresser, par l'intermédiaire du Kreischef àe Malines et du Gouverneur Général, la réponse suivante :

George Schreiner, Correspondant de 1' « Associated Press of America » Légation d'Amérique, La Haye.

Je suis très sensible à la sympathie que vous voulez bien me témoigner et vous en remercie ; mais je préfère ne pas

insister, pour le moment, sur les mesures tracassières auxquelles vous faites allusion, et continuer à me renfermer dans mon ministère épiscopal.

Jejtiens néanmoins à déclarer que je n'ai rien retiré et ne retire rien de ma Lettre pastorale.

(5.) Cardinal Mercier, àrch. de Malinbs.

VI. — Projet d'enquête au sujet des prêtres du diocèse de Malines mis à mort par les troupes allemandes.

A la fin de 1914 et au commencement de 1915, le Gouvernement allemand institua, en Belgique, différentes commissions d'enquête composées uniquement de fonctionnaires impériaux et dont le but était de proclamer, à la face du monde, que l'armée allemande était innocente des crimes dont ses ennemis l'accusaient ; si des mesures sévères de répression avaient dû parfois être employées, il fallait les imputer uniquement à la conduite brutale et sauvage de la population civile belge. Les résultats de ces enquêtes unilatérales parurent dans un Livre Blanc (i) qui restera, pour les générations futures, un des témoins les plus convaincants de la duplicité, de la morgue et aussi de l'inconscience du militarisme prussien.

Le Kreïschef de Malines feignit d'avoir appris par un article de journal que des prêtres du diocèse de Malines avaient été tués, alors qu'il connaissait par la Lettre pastorale de Noël l'affirmation du Cardinal que 13 membres du clergé avaient péri, victimes de la barbarie allemande; il fit part à Son Éminence de son projet d'enquête dans les termes que voici :

Le Kreischef Malines, le 20 janvier 1915.

No 268/11

A Son Eminence le Cardinal- Archevêque de Malines,

D'après un article de journal, plusieurs prêtres innocents auraient été tués dans le diocèse de Malines.

Afin de pouvoir commencer une enquête, je prie Votre Eminence de bien voidoir me faire savoirTi cette information est exacte, et, dans l'affirmative, de me faire connaître les noms des victimes.

(i) Die vôlkerrechtswidrige FUhrung des belgischen Volkskrieges. Berlin, 1915.

Je désirerais beaucoup savoir à la suite de quelles circonstances ces prêtres ont été tués, quelles sont éventuellement les troupes qui peuvent être incriminées et à qiielle date ces faits se sont passés.

Le Kreischef, (s.) G. von Wengersky,

Colonel, La réponse du Cardinal ne se fit pas attendre : Archevêché de Malines. Malines, le 24 janvier 1915.

A Monsieur le Comte von Weng-ersky,

Krei'schef, Malines.

Monsieur le Kreischef,

J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre 268/1 1 , datée du 20 janvier, que vous avez bien voulu me faire parvenir.

Les noms des prêtres et des religieux du diocèse de Malines qui, à ma connaissance, ont été mis à mort par les troupes allemandes, sont les suivants : Dupierreux, de la Compagnie de Jésus ; les frères Sébastien et Àllard, de la Congrégation des Joséphites ; le Frère Candide, de la Congrégation des Frères de N. D. de Miséricorde ; le Père Maximin, Capucin ; le Père Vincent, Conventuel ; Carette, Professeur; Lombaerts, Goris, De Clerck, Dergent, Wouters, Van Bladel, curés.

A la date de la Noël,lorsque je publiai ma Lettre pastorale, je ne savais pas encore avec certitude quel sort avait subi le curé de Hérént; depuis lors, son cadavre a été retrouvé à Louvain et identifié.

D'autres chiffres, cités dans ma Lettre pastorale, devraient être aujourd'hui majorés : Ainsi, pour Aerschot, j'avais donné le chiffre de 91 victimes; or, le total des Aerschotois déterrés s'élevait, il y a quelques jours, au chiffre de 143. Mais le

moment n'est pas venu d'appuyer sur ces faits particuliers. Leur relation trouvera place dans l'enquête que vous me faites espérer.

Ce me sera une consolation de voir la pleine lumière se faire sur les événements que j'ai dû rappeler dans ma Lettre pastorale et sur d'autres du même ordre.

Mais il est essentiel que les résultats de cette enquête apparaissent à tous avec une irfdiscutable autorité.

A cet effet, j'ai l'honneur de vous proposer. Monsieur le Comte, et de proposer, par votre obligeante entremise, aux Autorités allemandes, que la Commission d'enquête soit composée, en parties égales, de délégués allemands, et de magistrats belges à désigner par le chef de notre magistrature, et présidée par le représentant d'un pays neutre. Je me plais à penser que Son Excellence Monsieur le Ministre des États-Unis ne refuserait pas d'accepter cette présidence ou de la confier à un délégué de son choix.

Agréez,jevousprie,Monsieur le Kreischef,les assurances de ma haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

Le 3 février, le Kreischef fit appeler un Vicaire général. Mgr Van Roey se rendit à la Kommandantur à iiJi. du matin. Il se trouva en présence d*un adjudant qui lui posa les questions suivantes : A quel endroit les prêtres ont-ils été tués ? Quel jour ? Par quelles troupes ? Prétendez-vous qu'ils sont innocents ?

Mgr Van Roey répondit qu'il n'avait pas été mêlé directement au projet d'enquête, mais croyait savoir que Son Eminence avait été en correspondance à ce sujet avec le Gouverneur Général ou avec le Kreischef.

Oui, reprit l'adjudant ; nous possédons ici la lettre de Son Eminence : le Gouverneur Général en a pris connaissance et nous l'a renvoyée avec des annotations. Nous ne voulons plus déranger une nouvelle fois Son Eminence ; nous espérions que vous auriez pu nous donner les renseignements que nous désirons.

L'entretien prit fin sur la déclaration de Mgr Van Roey qu'il ne pouvait que soumettre au Cardinal le désir du Kreischef.

Dès le lendemain, celui-ci adressa à Mgr Van Rocy la lettre suivante :

Le Kreischef. Malmes, le 3 février 1915.

A Mgr le Vicaire Général de Son Eminence le Cardinal, Malines,

Monseigneur^

Je vous serais très obligé de me faire connaître une date précise à laquelle je iniis attendre une réponse aux questions que je vous ai posées concernant les prêtres fusillés da?îs le diocèse de Matines.

Le Kreischef, (s.) G. von Wengersky.

Mgr Van Roey répondit aussitôt :

Archevêché de Malines. Malines, le 4 février 1915.

A Monsieur le Comte von Wengersky^

Kreischef r Malines.

Monsieur le Kreischef,

J'ai eu l'honneur de transmettre à Son Eminence le Cardinal Archevêque la demande de renseignements que Monsieur l'Adjudant m'a faite concernant les ecclésiastiques fusillés dans le diocèse de Malines.

Son Eminence m'a dit, qu'à une demande identique qui lui fut adressée personnellement, Elle a répondu par sa lettre du 24 janvier dernier. J'estime, dès lors, qu'il ne m'appartient pas d'intervenir dans une affaire engagée directement avec le Cardinal.

Veuillez agréer. Monsieur le Kreischef, l'expression de ma considération la plus distinguée.

(s.) Ern. Van Roey.

A la suit,c de la déclaration de Mgr Van Roey, le Kreischef s'adressa de nouveau directement au Cardinal :

Le Kreischef de Malines. Malines, le 8 février 1915.

A Son Eminence le Cardinal Mercier, Malines.

Je serais bien obligé à Votre Eminence si Elle voulait fixer une date 2^our recevoir mon adjudant ; celui-ci est cha^^gé de demander à Votre Eminence des ^^enseignements précis au sujet des prêtres fusillés dans le diocèse de Malines.

Je présente à Votre Eyninence l'expression de ma considération la 2^his distinguée et j'ai l'honneur d'être

Son tout dévoué,

(s.) G. von Wengei^sky,

Colonel und Kreisdief.

Le Cardinal répondit en fixant l'entrevue au 9 février; mais sa lettre fut remise au Ki-eischef acvec quelque retard, si bien que l'adjudant ne put se présenter à l'archevêché au jour indi(^ué ; von Wengersky en informa le Cardinal :

Le Kreischef de Malines. Malines, le 9 février 1915.

A Son Eminence le Cardinal Archevêque

de Malines.

A mon grand regret, je dois faire savoir à Votre Eminence que, par suite d'une erreur. Sa lettre ne m'a été remise qu' aujourd'hui après-midi à 2 heures. Mon adjudant n'a donc pas pu se rendre en temps utile à l'Archevêché.

Si cela convient à Votre Eminence, il se présentera demain à la même heure^

Je prie Votre Eminence de bien vouloir excuser

cette etTeur et Lui présente l'expression de ma considération la plus distinguée.

(s.) G. von Wengersky,

Colonel und Kreischef.

Cette lettre du Kreischef cvoîssl la lettre suivante du Cardinal :

Archevêché de Malines. Malines, le Q février 1915.

A Monsieur Je Comte Wengersky,

Kreischef, Malines.

Monsieur le Comte,

Je crains bien que vous n'ayez pas reçu, ce matin, ma lettre en temps utile pour avertir votre adjudant. Je m'empresse donc de porter à votre connaissance que je recevrai bien volontiers votre délégué, demain mercredi, à 4 heures de l'après midi (5 heures, h. allemande). Toutefois, pour lui éviter une démarche, qu'il estimerait peut-être sans but, je me crois en devoir de vous prévenir qu'au sujet des prêtres de mon diocèse, fusillés par les troupes allemandes, je m'en réfère à ma lettre du 24 janvier dernier.

Agréez, Monsieur le Comte, l'assurance de ma considération distinguée.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

Le 10 février, à l'heure indiquée, l'adjudant von Fleming se présenta à l'archevêché et renouvela au Cardinal les questions qui lui avaient déjà été posées par le Kreischef. Son Éminence y répondit par écrit. Voici le texte de sa réponse, signée de sa main et de celle de l'adjudant :

Monsieur l'adjudant von Fleming me demande, au nom du Gouvernement Général :

1° quelles sont les communes où des prêtres ont été fusillés;

2° quelles sont les troupes qui les ont mis à mort, et

à quels jours ; 3° si l'évêque du diocèse prétend que ces prêtres

étaient innocents.

Les noms de ces communes ont déjà été imprimés dans ma Lettre pastorale de Noël 1Q14 à la page 65.

L'État-Major allemand est,mieux que personne,en mesure de savoir quelles troupes occupaient une commune à tel jour déterminé. Les populations reconnaissent aisément l'uniforme allemand, mais ne discernent pas, pour la plupart, les régiments qui composent l'armée.

Ma conviction personnelle et motivée est que les prêtres dont j ai cité les noms étaient innocents; mais, en justice, ce n'est pas à nous d'établir leur innocence, c'est aux autorités militaires qui ont sévi contre eux, d'établir leur culpabilités

Des témoins appelés à rendre témoignage en présence d'une commission unilatérale auront, en général, peur de dire la vérité. Celle-ci ne sera pleinement connue et ne se fera universellement accepter qu'à la condition qu'une commission mixte soit formée pour la recueillir et pour en garantir l'impartialité et l'exactitude.

Aussi ne puis-je que renouveler, pour la troisième fois, ma proposition de confiera une commission mixte, composée en partie de magistrats allemands et en partie de magistrats belges, le soin de faire la pleine lumière sur les faits au sujet desquels le Gouvernement Général a l'heureuse inspiration d'instituer une enquête. Afin de donner aux résultats de l'enquête toute l'autorité désirable, il importerait que le tribunal fût présidé par un délégué d'un Etat neutre.

Fait à Malines, le 10 Février 1915.

(s.) D. J. Càrd. Mercier, àrch. de Malines. (s.) VON Fleming, major et adjudant du Kreischef de Malines.

Aucune suite ne fut donnée aux propositions du Cardinal.

vu. — Mise en liberté des médecins et pharmaciens belles prisonniers à Heideiberg.

Il a déjà été question, dans une lettre précédente (p. 8) d'un groupe de médecins et pharmaciens de l'armée belge internés à Heidclberg et menacés, par le commandant du camp, de mesures de représailles, en guise de protestation contre les mauvais traitements prétendument infligés à des officiers allemands prisonniers en France et •en Belgique. Le Cardinal, ayant intercédé auprès de von Bissing en faveur de ses compatriotes, reçut la réponse suivante :

-Gouvernement Général Bruxelles, le SO janvier i9i5.

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

La lettre que Votre Eminence m'a écrite le 17 dé- <:embre 1914 (i) m'engagea à prendre des renseignements précis au sujet des 23 médecins et 12 pharmaciens transportés à Heidelberg.

Il résulte de l'enquête que j'ai faite qu'on avait d'abord eu l'intention de les attacher au service médical des Belges qui se t7^ouvent en Allemagne ; mais ce projet n'a pu être mis à exécution, pas plus qu'il n'a été 2wssible, au début, de les transporter en Suisse.

Dans ces conditions, il fallut les interner provisoirement dans le camp d'officiers de Heidelbe^^g.

Déjà le 3 janvier, des ordres furent donnés pour les diriger vers la Suisse ; ils auront atteint maintenant le lieu de séjour qu'ils ont eux-mêmes choisi.

Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération distinguée.

(s.) Freiherr von Bissing,

Generaloberst.

i) La copie de cette lettre n'a pas été retrouvée.

Le Cardinal remercia von Bissing de son intervention : Archevêché de Malines. Malines, le 6 février 1915^

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing^

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

En réponse à la lettre que j'eus l'honneur de Lui adresser, à la date du 17 décembre dernier. Votre Excellence veut bien me faire savoir que 23 médecins et 12 pharmaciens, prisonniers à Heidelberg, ont été mis en liberté.

Je me réjouis vivement du succès des démarches de Votre Excellence, et je me fais un devoir de Lui en exprimer toute ma reconnaissance.

Agréez, je vous prie, Monsieur le Gouverneur Général, les assurances de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

VU'. — Le Cardinal proteste contre la conduite d'un aumônier militaire allemand, •

Archvêché de MaUnes. Malines, le 9 février 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing,

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Un fait vient de se produire dans la province du Luxembourg, à Forrières, sur lequel j'appelle avec confiance votre bienveillante attention. D'accord avec mon vénéré collègue, Mgr Heylen, évêque de Namur, je voudrais, en m'adressant à Votre Excellence, prévenir un pénible conflit.

Donc, à Forrières, le jeudi 7 janvier. Monsieur le curé Tagnon, a eu, à la sacristie, avec Monsieur l'aumônier d'Àrlon, un entretien qui peut à peu près se résumer ainsi :

Il y a eu, dans le diocèse de Namur, de nombreux prêtres innocents fusillés.

— Pardon, réplique l'aumônier, notre État-Major possède les preuves que beaucoup de civils étaient des francs-tireurs et que le clergé les excitait à tirer sur les troupes allemandes.

— N'ajoutez pas foi à ces assertions ; si nous croyions tout ce qui se dit, je devrais croire aussi que les Allemands ont commis des attentats sur des religieuses.

Le même jour,raumônier s'est représenté, en compagnie ■d'un médecin militaire allemand, au presbytère, à l'effet d'amener Monsieur le curé à répéter le propos qu'il avait tenu, le matin, à la sacristie.

Monsieur le curé reconnut que le propos avait été matériellement exprimé, mais sous forme indéterminée : «on

dit que », « le bruit court que » et conditionnelle : « des Allemands auraient abusé de religieuses ».

Néanmoins, Monsieur l'aumônier formula contre Monsieur le curé une accusation catégorique et précise,, qui eut pour résultat l'emprisonnement de Monsieur le curé et sa condamnation à cent jours de prison ou à mille francs d'amende.

M. le notaire Misson accusé d'avoir tenu, dans l'intimité,, le même propos à son ami M. Tàgnon, a été condamné à la même peine.

J'ai la conviction. Monsieur le Gouverneur Général,, que M. le curé Tagnon n'a pas formulé contre l'armée allemande l'accusation infamante que lui a prêtée Monsieur l'aumônier. Mais mon intention n'est pas de m'arrêter à l'objet de cette accusation.

C'est le procédé de Monsieur l'aumônier que je trouve odieux. Une conversation tenue dans un appartement privé entre deux confrères dans le sacerdoce ne peut faire l'objet d'une dénonciation en justice. La préméditation de l'accusateur qui cherche à surprendre la bonne foi de son confrère,, accepte de fumer gaîment un cigare en sa société, s'assied à sa table hospitalière, afin de lui extorquer une confidence dont il puisse ensuite faire état contre lui, cette préméditation aggrave la culpabilité de l'accusateur, et le caractère odieux de son accusation.

Le tribunal militaire d'Àrlon a dû être mal renseigné sur la cause, pour accepter une pareille dénonciation et pour ne pas sévir contre le dénonciateur plutôt que contre l'accusé.

Nous estimons, Mgr l'évêque de Namur et moi, que le respect de la dignité sacerdotale et le souci de la bonne confraternité qui doit régner entre les prêtres, à quelque nationalité qu'ils appartiennent, ne nous permettent pas de laisser sans sanction la conduite incorrecte du Recteur du couvent des Dominicains de Dusseldorf. Nous nous proposons donc de déférer le cas au Révérend Père Général de l'Ordre des Dominicains et au Saint-Siège à Rome.

Toutefois, si Monsieur l'aumônier consentait à retirer son accusation et si Votre Excellence daignait lever la peine infligée à M. le curé Tagnon et à son paroissien M. Misson, nous nous réjouirions de pouvoir considérer l'incident comme clos.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'assurance de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

Je me joins à Son Éminence pour prier Monsieur le Gouverneur de prendre en mains la cause de mes diocésains.

(s.) Th. Louis Heylen, Évêque de Namur.

A la suite de cette intervention, la peine infligée à M. le curé Tagnon et à M. Misson fut réduite de moitié.

IX. — Le Cardinal intercède en faveur du P. Van Bambeke, S. J. et de M. l'abbé Cuylits ; von Bissing se plaint de l'attitude patriotique du clergé.

Le P. Van Bambeke, S. J./et M. l'abbé Cuylits avaient été condamnés par les tribunaux militaires allemands pour avoir facilité à des jeunes gens le passage de la frontière. Le Cardinal ayant intercédé en leur faveur, le Gouverneur Général consentit à remettre enliberté M. l'abbé Cuylits et à permettre au P. Van Bambeke de purger sa peine dans une prison belge.

En faisant part au Cardinal de cette mesure de clémence, von- Bissing se plaint, pour la première fois, de l'attitude patriotique du clergé. Ce thème de discussion, qui n'est ici qu'amorcé, fera plus tard l'objet d'une abondante correspondance entre S. E. et les autorités allemandes.

Archevêché de Malines. Malines, le 27 mars 1915..

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing^

Gouverneur Général ^ Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Le R. P. Van Bambeke, de la Compagnie de Jésus^ Préfet de l'École Centrale des Arts et Métiers, rue d'Allemagne, à Bruxelles, a été condamné à 2 ans 1/2 de travaux forcés pour avoir facilité à 3 ou 4 jeunes gens le passage de la frontière, et M. l'abbé Cuylits, curé de N. D. à Cureghem, à un an de la même peine, sur une inculpation similaire.

Les deux ecclésiastiques sont d'une santé chétive que risquerait d'ébranler à tout jamais un séjour dans un pays: étranger.

C'est pourquoi je fais appel avec confiance aux sentiments humanitaires de Votre Excellence afin d'obtenir d'Elle que ce religieux et ce prêtre soient autorisés à purger leur peine dans notre pays.

Je vous saurai infiniment gré de déférer à ce désir et vous prie d'agréer, Monsieur le Gouverneur Général, les assurances de ma haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

Oouvernement Général Bruxelles, le 4 avril 1915.

de Belgique.

m b. T. L. no 1422.

Ordonnance.

Grâce de l'abbé Cuylits et du P. Van Bambeke, S. J, A son Eminence le Cardinal Mercier, Malines.

A mon vif regret, j'ai été souvent amené, en ces derniers temps, à devoir p^^endre une décision au sujet de r-ecours en grâce en faveur d'ecclésiastiques punis pour s'être comportés, vis-à-vis de l'autorité allemande, d'une manière indigne de leur état.

Si j'use encore une fois d'une très large clémence à l'égard du curé Cuylits, de Cureghem et du P. Van Bambeke, S. J., ce ne peut être qu'une exception; je ne me suis décidé à le faire qu'en considération des prressantes recommandations en faveur du curé Cuylits, si nécessaire dans sa paroisse, et en considéi^ation de Vétat maladif du P. Van Bambeke.

Je fais remarquer que, à l'avenir, si des prêtres ^e rendent encore coupables de délits vis-à-vis de l'an-

torité allemande, je ne serai plus à même d'user de mon droit de grâce.

Le Gouverneur Général,

(s.) Freiherr VOU Bissing, Generaloberst.

Archevêché de Malines. Malines, le 16 avril 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing^

Gouverneur Général, Bruxelles, ,

MoNSÎEUR LE Gouverneur Général,

J'ai dû m' absenter de Malines, ces derniers jours, et n'ai pu répondre, aussi promptement que je l'eusse souhaité, à la lettre N° 1422, que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser.

En permettant au Père Van Bambeke de purger sa peine dans une prison belge, Votre Excellence a accompli un acte de bienveillance dont les amis du détenu Lui sauront gré, et, en autorisant M. le curé Cuylits à rentrer dans sa paroisse à Cureghem, Elle a bien mérité des intérêts moraux et religieux de notre diocèse. Nous L'en remercions sincèrement et La prions de trouver ici l'expression de notre reconnaissance.

Votre Excellence craint de ne plus pouvoir user de clémence, à l'avenir, en faveur du clergé, et me prévient de la nécessité où Elle se trouverait peut-être de m'opposer un refus si je faisais encore appel à son droit de grâce. Je souhaite ne plus devoir y recourir.

Votre Excellence ne m'interdira pas de penser que, si un recours éventuel à ses hautes prérogatives était à nouveau justifié, Elle saurait prendre encore les mesures que Lui dicterait l'équité.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'expression de mes sentiments de gratitude et de haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

X. — Projet d'enquête au sujet d'attentats commis sur des religieuses par des soldats allemands.

On a vu plus haut (p. 47) que le Kreischef de Malines avait fait part au Cardinal d'un projet d'enquête au sujet des prêtres mis à mort par les troupes allemandes pendant les premières semaines de l'invasion. Le Cardinal ayant répondu, dans sa lettre du 24 janvier, qu'il ne prêterait son concours qu'à une commission d'enquête internationale offrant toutes les garanties d'impartialité, ne reçut aucune réponse. Le projet du Kreischef fui enterré.

Von Bissing revint à la charge. Seulement, sans chercher à faire la lumière sur toutes les horreurs qui avaient marqué l'entrée des Allemands en Belgique, il aurait voulu borner son enquête à un seul point : les attentats commis sur des religieuses par des soldats allemands. Le Cardinal, tout en laissant sous-cntendre que les accusations de cette sorte n'étaient pas aussi dénuées de fondement que semblait le croire le Gouverneur Général, déclara qu'il ne pouvait participer à une enquête sur des faits de nature aussi délicate. Von Bissing prit prétexte de ce refus pour déclarer que S. E. reconnaissait la fausseté des accusations portées contre les troupes allemandes ; uûe fois de plus, il travestissait la pensée de son correspondant.

Le Gouverneur Général Bruxelles, le 30 mars 1915.

de Belgique

L no I 1243

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

La presse étrangère, à côté de toute une série d'imputations qui, pour la plupart, ont été reconnues fausses, a lancé dernièrement, à plusieurs reprises, la grave accusation que voici : des soldats allemands, en traversant la Belgique, auraient été jusqu'à violenter des religieuses belges.

Il suffit de faire remarquer que de tels délits, s'ils 'peuvent être établis, encourront sûrement ma plus vive réprobation aussi bien que celle du Gouvernement allemand; mais, d'autre part, l'équité exige que l'on lorenne soin d'éca7'ter les accusations 7'econnues fausses.

J'ose croire que le sentiment de justice et l'intérêt de l'Eglise ont également avantage à ce que la vérité soit pleinement établie ; c'est pourquoi, je crois pouvoir compter sur le bienveillant appui de Votre Eminence en Lui deynandant de seconder mes efforts pour établir exactement les faits.

Si Votre Eminence voulait me remettre les documents qu'Elle possède éventuellement au sujet des cas de viol de religieuses dans Son diocèse, je se^mis en état de prendre toutes les mesures ultérieures que commanderait la situation.

Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considéymtion très distinguée, et j'ai l'honneur d'être

Son très dévoué,

(s.) Freiherr VOn Bissing, Generaloberst.

Archevêché de Malines. Malines, le 16 avril 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing^ Gouverneur Général^ Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

J'ai bien reçu la lettre n° 1243 que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser et je regrette d'avoir été empêché d'y répondre plus tôt.

Des bruits circulent, en effet, accueillis par certains journaux, démentis par d'autres, au sujet d'outrages que des religieuses belges auraient eu à subir de la part de soldats allemands et, d'accord avec Votre Excellence, je proteste

contre ceux qui, à la légère, sans preuves, jettent dans le public ou y entretiennent d'aussi odieuses accusations.

Mais lorsque Votre Excellence me demande de l'aider à faire la lumière sur le bien ou le mal fondé de ces imputations, je me vois dans la nécessité de Lui opposer une question préalable.

L'Autorité civile a-t-elle le droit d'instituer une enquête sur des faits d'une nature aussi délicate ?

Qui interrogerait-on ?

Le confesseur ? Le médecin ? Ils sont liés par le secret professionnel.

Les Supérieures ? Savent-elles toujours toute la vérité ? Et si elles la savent pour l'avoir apprise sous le sceau du secret, ont-elles le droit de parler ?

Osera-t-on interroger les intéressées ? Ne serait-ce pas cruel ? Essayera-t-on de faire parler des témoins, au risque d'exposer les victimes, déjà si malheureuses, d'une violence, à porter devant l'opinion publique la tare d'un déshonneur ?

En ce qui me concerne, je n'oserais soumettre personne à un interrogatoire sur un sujet aussi délicat, et les confidences qui spontanément m'ont été faites ou me seraient faites à cet égard, ma conscience m'interdit de les livrer à autrui.

Notre devoir, Excellence, est d'empêcher par les moyens en notre pouvoir que le public se complaise à ces allégations capricieuses et malsaines et j'applaudirai de toute mon âme à la répression que la justice exercera sur ceux qui, soit de parti pris, soit par une impardonnable légèreté, les inventent ou les colportent. Mais j'estime que nous ne pouvons aller plus loin sans empiéter sur les droits de la conscience et nous exposer à violer la liberté du for intérieur.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, la nouvelle assurance de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

Le Grouverneur Général Bruxelles, le 20 avril i9i5.

de Belgriqué.

P. A. J. no 1877.

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

J'ai l'honneur d'exprimer à Votre Eminence mes plus vifs rer/iercîments pour la lettre qu'Elle m'a adressée le 16 courant.

Je comprends parfaitement les sentiments qui ont empêché Votre Eminence de Se livrer à de pénibles enquêtes pour répondre aux questions que je Lui avais posées. Loin de moi l'idée d'imposer une telle exigence. Je devais bien plutôt croire que si, après tout, ces bruits avaient quelque fondement de réalité, les autorités ecclésiastiques, d'une manière ou d'une autre, en auraient bien eu connaissance. Il me suffit maintenant de constater que ni Votre Eminence ni les autres évêques ne peuvent fournir des indications basées sur des faits et je dois de nouveau signaler avec indignatio7i que ces nouvelles fausses sont propagées à dessein et d'une manière tendancieuse.

Je concède volontiers qu'une enquête qui aurait pour but de réfuter ces accusations mensongères serait de nature à blesser la pudeur des religieuses. Je ne puis cependant m' empêcher de faire remarquer à Votre Eminence que, en présence de semblables imputations, nous éprouvons les mêmes sentiments de pudeur, moi et tous ceux qui ont à cœur l'honneur et le bon renom, des soldats allemands. C'est au nom des mêmes sentiments que ceux que Votre Eminence trouve légitimes en intervenant en faveur des religieuses confiées à Ses soins, que je réclame le droit de m'opposer, par toits les moyens qui sont en mon pouvoir, aux calomnies qui sont portées cont?^e nos troupes.

C'est avec d'autant plus de reconnaissance que je coifsfafe que Votre Eminence désapj^rouve de la façon la plus catégorique la propagatioyi de ces mensonges par la presse et que j'ose compter sur Son concoui^s hienvieillantpour combattre ces machinations tendancieuses.

Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération très distinguée et j'ai l'honneur d'être

Son tout dévoué,

(s.) Freihen- von Bîssing,

XL — Le contrôle des jeunes gens et les offices religieux du dimanche.

Dans certaines communes, le service du contrôle des jeunes gens (Meldeamt) coïncidait avec les offices religieux du dimanche. Le Cardinal s'en était plaint auprès des autorités allemandes. Von Bissing lui fit savoir qu'il venait de publier un arrêté enjoignant à ses subordonnés de veiller à ce que les jeunes gens soumis au contrôle pussent remplir leurs devoirs religieux. Le Cardinal le remercia de cette mesure.

Gouvernement Général Bruxelles, le i avril 1915.

de Belgique.

Sect. le. no 26J8I1C,,

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Malines.

J'ai l'honneur de faire savoir à Votre Eminence que, à la suite de plaintes oui m'ont été adressées au sujet de la coïncidence du service du contrôle des jeunes gens avec les offices religieux, j'ai publié un arrêté dont je Lui envoie ci-contre la copie.

Le Gouverneur Général,

(s.) Freiherr VOn Bissing, Gêner aloberst.

jtouvernement Général Bruxelles, le. 1 avril 191Ô.

de Belgrique.

Sect. le. no 2564.

Les autorités des diverses circonscriptions sont priées, lorsque le jour de contrôle des jeunes gens tombe un dimanche ou un jour de fête, de veiller à ce

que ceux qui doivent s'y 2)'^'èse7iter^ puissent rem^Mr leurs devoirs religieux. Pour cela, il suffira, dans la plupart des cas, d'avancer ou de retOA^der l'ouverture du contrôle d'une ou de deux heures.

Le Gouverneur Général,

(s.) Freiherr VOn BlSSing, Generaloberst.

Archevêché de Malines. Malines, le 6 avril 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing, Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Votre Excellence a l'amabilité de me faire savoir que, déférant à mon désir. Elle a bien voulu fixer l'appel nominal des jeunes gens en âge de milice à des heures qui ne coïncident pas avec celles des offices religieux.

Je me fais un devoir de Lui témoigner mes sentiment* reconnaissants pour cet acte de bienveillance et La prie d'agréer les assurances de ma très haute considération.

(S.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

XII. — Van Bissing se plaint d'un discours de Mgr De Wachter.

XiC Gouverneur Général Bruxelles, le 14 avril i,9//>.

Archevêque de Malines.

D'après le journal « The Coimer » de Dundee, du i5 février, Mgr De Wachter, de Malines, aurait fait un discours le 14 février à Willesden, dans lequel il aurait dit que quatre ecclésiastiques, revenus d'Allemagne la semaine p^^'écédente, auraient déclaré avoir été astreints là-bas aux travaux les plus communs et avoir subi toutes S07Hes d'avanies. Un jour, on les aurait placés contre un mur en même temps que des prisonniers anglais et français, en disant qu'on allait les fusiller. On les aurait mis en joue. Ap^^ès une heure, on leur aurait dit que leur exécution était différée. Ces scènes se se7''aient reproduites plusieurs jours de suite. Parmi ceux qui auraient été soumis à ces tortures épouvantables, beaucoup auraient complètement perdu la raison.

Je prie Votre Eminence de me faire savoir oà réside en ce moment Mgr De Wachter, opji qu'il puisse être entendu au sujet de ces grossières accusations.

Le Gouverneur Général, (s.) von Bissing,

Generaloberst.

Archevêché de Malines. Malines, le 18 avril 1915.

A Son Excellence Monsieur Je baron von Bissing, Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Je m'empresse de donner à Votre Excellence l'adresse de MgrDe Wachter, évêque auxiliaire du diocèse de Malines, Depuis plus de six mois, il réside à Londres, chez MgrÀmigo, évêque de Southwark. Son adresse est :

Bishop's House, St-George's road,

Southwark (S. E.), Londres.

Je ne connais ni le thème, ni même l'existence 4u discours dont parle Votre Excellence, d'après «The Courier» de Dundee.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'assurance de ma très haute considération.

(s.) D. J. Mercier, àrch. de Malines.

XHI. — Entrevue du Cardinal

et de Mgr Mittendorf.

Le 14 avril 1915, Mgr Mittendorf, aumônier catholique en chef des armées allemandes de l'ouest, se présenta à l'archevêché. Introduit auprès du Cardinal, il déclara qu'il était chargé d'une mission de la part du Gouverneur Général ; il sortit une lettre de sa poche et en donna lecture. Lorsqu'il eut fini, le Cardinal, d'un geste tout naturel, avança la main pour prendre la lettre qui, croyait-il, lui était destinée. Mais Mgr Mittendorf ne voulut pas s'en dessaisir; il alla même jusqu'à refuser au Cardinal — on ne sait vraiment pas pour quel motif — de jeter les yeux sur le document qu'il venait de lire. Voici quelle était, en substance, la communication de von Bissing :

Les journaux ont publié une lettre de Votre Eminence au Cardinal Amette. Or, il existe un règlement qui interdit à tout Belge de correspondre avec n'importe qui sans soumettre sa corj-espondance à la censure allemande. Au surplus, Votre Eminence a Elle-même reconnu dans Sa Lettre pastorale de Noël qu'il faut obéir aux règlements de l'autorité occupante.

Si un citoyen quelconque avait commis l'abus dont Votre Eminence vient de se rendre coupable, nous devrions le punir. Mais par amour de la paix, par respect pour le Saint-Siège et pour la pourpre que porte Votre Eininence, nous ne voulons pas Lui infliger une punition. Nous préférerions, si Votre Eminence nous 7nettait dans cette nécessité, déjérer le cas au Saint-Siège.

Le Cardinal ne fit aucune difficulté pour reconnaître qu'en effet il avait écrit à l'archevêque de Paris.

— Et même, ajouta-t-il, on m'a remis hier un journal français, ie Matin, qui publie des parties de ma lettre. Cette publication est précédée de quelques lignes d'introduction où il est dit que cette lettre est « particulière » et que le journal n'en met que des extraits sous les yeux de ses lecteurs.

— Particulière ou non, elle n'en est pas moins la révélation d'un fait, à savoir que Votre Eminence a méconnu le règlement qui oblige . tout Belge, en territoire occupé, à soumettre sa correspondance à la censure allemande.

— Je connaissais ce règlement et le Gouverneur Général se rappellera qu'il a déjà fait l'objet d'un échange de vues entre nous. En

effet, à la question qu'il me posa dans sa lettre du 3 janvier, sur la. façon dont j'avais appris que le Roi d'Angleterre prescrivait un jour de prières, je répondis que même un gouvernement légitime ne se croirait pas autorisé à faire une enquête sur mes relations privées et que je ne pouvais donc pas croire qu'il entrât dans les intentions du Gouvernement Général allemand de me demander comment j'avais pu entrer en rapport, soit avec mon Souverain, soit avec le Roi d'Angleterre. Ce règlement existe, soit, mais il doit être interprété d'après les règles du bon sens. Le Gouverneur Général lui-même m'a remis une lettre que lui avait adressée le Cardinal von Hartmann et dans laquelle celui-ci sollicitait pour les évêques belges la faculté de correspondre librement avec le Saint-Siège. J'ai cru pouvoir présumer l'assentiment tacite des autorités allemandes à des actes que ma situation rend nécessaires. Vous êtes prêtre, Monseigneur, vous devriez renseigner le Gouvernement Général sur le mouvement d'une administration diocésaine.

— Je ne parle pas en prêtre, interrompit brusquement Mgr Mittendorf, je ne suis ici que l'envoyé de Son Excellence von Bissing.

— Fort bien, je le sais : mais je sais aussi que vous êtes prêtre catholique et comme tel', en mesure d'éclairer votre Gouvernement sur la vie catholique. Or, celui qui a entrevu les nécessités d'une administration diocésaine catholique peut-il s'imaginer que je reste des mois entiers sans correspondre avec Rome ? J'ai écrit, et plusieurs fois, au Saint-Siège, aux Congrégations romaines, à des collègues du Sacré-Collège en Italie, en Angleterre, aux États-Unis et ailleurs ; les obligations de ma charge me font un devoir de déclarer que je ne pourrais m'empêcher de correspondre encore à l'avenir avec l'étranger. Inutile de rechercher le moyen par lequel je corresponds. N'avons-nous pas tous les jours des amis des Etats-Unis, d'Italie, de Hollande qui viennent nous voir et nous offrent leurs bons offices ? Est-ce que la légation des Etats-Unis, la légation d'Espagne, la Nonciature ne correspondent pas librement avec l'extérieur ? Je n'indique, remarquez-le bien, aucune de ces voies pour insinuer qu'en fait je m'en sois servi, mais je veux vous démontrer que pour me tenir en rapport, quand je le dois, avec l'extérieur, les moyens utiles ne me font point défaut.

— Ce qui contrarie surtout le Gouverneur Général, c'est que la lettre de Votre Éminence au Cardinal Amette ait été rendue publique.

— Mais plusieurs de mes lettres envoyées à l'étranger ont déjà été rendues publiques, entre autres des lettres de remercîments adressées aux États-Unis, au Canada, à l'Angleterre, à l'Irlande, en retour des générosités de ces nations à l'égard du peuple belge. Et

alors, on ne m'a fait aucune observation. Rassurez-vous ; aucun Belge ne se prévaudra de ma correspondance avec l'extérieur pour soutenir que tout le monde a le droit d'user de U latitude que je réclame. Les Belges ont du bon sens.

— Votre Éminence n'aurait-elle pas pu soumettre à la censure sa lettre au Cardinal Amette ?

— Cette lettre exprinîait mes remercîments aux évêques français pour la sympathie qu'ils ont bien voulu me témoigner lors de la publication de ma Pastorale de Noël. J'ai attendu deux mois avant de leur manifester ma gratitude : voilà bien la preuve que je n'ai pas cherché l'agitation. Il fallait cependant bien que je réponde, vSous peine de passer pour un impoli. Or, supposé, Monseigneur, que j'eusse soumis au Gouverneur Général une lettre de remercîments à ceux qui. lors du conflit qui a surgi entre lui et moi, se sont publiquement mis de mon côté, qu'eût dit, que devait dire Son Excellence ? Que je me moquais d'Elle, n'est-ce pas? Eh bien, je n'ai pas voulu me moquer de Son Excellence. Voilà tout mon tort, si tort il y a. — Notre entretien prend fin, Monseigneur, laissez- moi en tirer une conclusion. Vous autres. Allemands, après plusieurs mois d'occupation, vous n'êtes pas encore parvenus à comprendre les Belges. Chez vous, un général commande et tous les cerveaux obéissent mécaniquement. Ici, le bon sens, le souci d'intérêts supérieurs interprètent les ordres et dictent les attitudes. Les règlements extérieurs sont, pour tout le monde sans doute, et c'est en ce sens que je les ai moi-même reconnus, ainsi que le rappelle le Gouverneur Général dans sa lettre; Mais tout le monde les applique en sauvegardant le respect des situations diverses et les obhgations qu'elles entraînent.

En terminant l'entretien, Mgr Mittendorf sembla vouloir faire ■dire au Cardinal à quoi il s'engageait pour l'avenir. Le Cardinal ne répondit pas à cette invitation et, après quelques instants de silence, prit aimablememt congé de son visiteur.

XIV. — Le Cardinal demande à von Bissing l'autorisation d'envoyer des aumôniers à l'armée belge et insiste pour que le service religieux des prisonniers politiques soit confié à des prêtres belges. Refus du Gouverneur Général.

Archevêché de Malines. Malines, le 18 avril 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing, Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Je saisis cette occasion (i) que m'offre Votre Excellence pour lui exposer une situation religieuse qui me préoccupe beaucoup.

Je sais que Votre Excellence a fait, malheureusement sans succès, d'instantes démarches auprès de l'Etat-Major de Berlin, pour obtenir que des prêtres belges, ou tout au moins des prêtres hollandais, fussent autorisés à aller exercer leur ministère auprès de nos compatriotes internés en Allemagne. Il ne nous reste plus qu'à attendre patiemment l'issue de cette requête qui ne s'inspire que d'une pensée religieuse et doit, semble-t-il, apparaître à tous comme absolument désintéressée.

Pour l'heure, ce qui me préoccupe, c'est l'organisation du service d'aumônerie militaire dans l'armée belge.

Depuis le commencement de la guerre, plusieurs

(i) Le Cardinal communiquait en même temps à von Bissinj l'adresse de Mgr De Wachter (p. 70).

aumôniers sont morts ou ont été transportés, blessés, dans des hôpitaux ; d'autres ont été rappelés en Belgique par nous, parce qu'ils étaient nécessaires à leur paroisse ou à l'enseignement. Il serait urgent de pourvoir à leur remplacement à l'armée.

Votre Excellence veut-elle me permettre de lui proposer les noms de quatre prêtres auxquels elle accorderait un passeport ? J'y joindrais volontiers le nom d'un prêtre que demandent des Belges réfugiés à Uden, en Hollande.

Encore une fois, il s'agit ici d'intérêts exclusivement religieux, et c'est pour ce motif que j'adresse ma demande en toute franchise et avec confiance au Gouvernement Général.

Agréez, Excellence, l'expression renouvelée de ma très haute considération.

(5.) D. J. Çard. Mercier, àrch. de Malines.

Le Gouverneur Général Bruxelles, le 22 avril 1915.

de Belgique.

P. A. S. no 1883.

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

Le 18 de ce mois. Votre Eminence m'a prié par écrit d'accorder un passeport à cinq ecclésiastiques belges, afin de leur permettre d'aller accomplir leur ministère sacerdotal dans l'armée belge et dans une communauté de réfugiés à TJden.

Je regrette de ne pouvoir accéder à la demande de Votre Eminence ; entre autres raisons qui me font agir ainsi, se trouve la considération que, en Belgique occupée aussi, le manque de prêtres a déjà commencé à se faire sentir. Je crois pouvoir attacher d'autant plu^ d'importance à eette circonstance que l'on peut, pour les

besoins reUgiciiœ de l'armée belge, avoir recours à des prêtres français.

Je présente à Votre Eminence l'eurprcssion de ma considération i)'cs distinguée et J'ai l'honneur d'êti'e

Son très dévoué,

(s.) Freiherr von Bissing.

Archevêché de Malines. Malines, le 24 avril 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing,

Gouverneur Général, Bruxelles,

Monsieur le Gouverneur Général,

Les motifs qui ont pu, un instant, retenir Votre Excellence de faire droit à la requête par laquelle je prenais la confiance de Lui demander un passeport pour des prêtres destinés à aller rejoindre l'armée belge et nos réfugiés à Uden, doivent très naturellement se présenter à la pensée de quiconque n'est pas familiarisé avec les conditions spéciales du ministère religieux auprès de nos compatriotes.

Il est vrai, Excellence, qu'il nous manque des prêtres aussi en Belgique. Dans tous les collèges, le personnel est réduit d'un tiers ; plusieurs paroisses sont privées d'un ou de plusieurs vicaires. Mais il est vrai, d'autre part, qu'en Belgique, la population des paroisses et le nombre des élèves des collèges sont réduits ; il est vrai aussi que des œuvres^ par exemple les œuvres économiques et sociales, ont ralenti très fort leur activité.

En revanche, à l'armée, la présence d'un prêtre à chaque bataillon est nécessaire, d'une nécessité immédiate et de tous les jours. Impossible, au surplus, de faire appel au concours des prêtres français, car les régiments de l'armée belge étant tous bilingues, il est indispensable que l'aumônier connaisse à la fois le français et le flamand.

Pour le cas où une arrière-pensée quelconque arrêterait Votre Excellence, — ce que me fait soupçonner l'expression «unter anderem» (1) de la dépêche n" 1883 — je lui déclare sur l'honneur que les prêtres au profit desquels je sollicite un passeport seront aumôniers et n'ont pas d'autre destination que l'aumônerie religieuse.

On m'a signalé aussi, Excellence, une situation pénible sur laquelle j'appelle respectueusement votre attention. Lorsqu'il arrive que des prêtres se trouvent au secret à la prison de St-Gilles, il leur est interdit de célébrer ou même d'entendre la Messe. Le jour de Pâques, le Père Van Bambeke et le curé Cuylits ont été privés de cette consolation, dont une âme catholique et sacerdotale peut seule, je crois, estimer tout le prix. Cependant le service de nos prisons cellulaires est organisé de telle façon qu'il est matériellement impossible aux prévenus de communiquer entre eux à la chapelle.

Serait-il permis d'espérer pour les détenus catholiques la faculté d'assister à la Messe au moins le dimanche ; pour les prêtres, celle de célébrer quotidiennement la Messe ; pourtous,la consolation de la visite de l'aumônier de la prison?

J'espère que Votre Excellence ne jugera pas déplacée

l'insistance que je mets à plaider les intérêts religieux de mes compatriotes ; je le fais en acquit de conscience, parce que je porte, dans l'ordre spirituel, la responsabilité de leur direction.

Agréez, je vous prie, Excellence, l'assurance de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

(i) Le texte allemand auquel il est fait allusion porte : Wenn ich mich f M meinem Bedauern nicht bereit erkldren kann,den Wirnsch Euerer Emmen:^ ^u erfûllen,so'Jeitet mich dabei unter anderem der Gesichtspunktj dass auch hier in Belgien sichschon einig^r Mangel an GeistlicJiçn fiihlbar gtfmacht hqtt.

Le Gouverneur Général Bruxelles, le 1 mai 19 lo,

de Belgique. •

vS. No P. A. I. 2130.

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

Votre Eminence m'a renouvelé Sa demande d'obtenir pour co'tains de ses prêtres la, permission de passer la frontière, afin d'aller servir dans l'armée belge en qualité d'aumônier^s ; je regrette de ne pouvoir recoynmander cette demande aux autorités compétentes. L'état de guerre, dans lequel nous nous trouvons, me rend la chose tout à fait impossible.

Quant à, la seconde demayide contenue dans la lettre de Votre Eminence, je suis tout prêt à charger le Recteur de la mission allemande à Bruxelles, le P. Leyeiidecker, des inté7^êts spirituels des ecclésiastiques belges internés à Saint-Gilles. Le P. Leyendecker est coïinu de Votre Eminence ; il parle le français et le flamand. Je tiens aussi à déclarer que je suis d'avis que ces prêtres aient la faculté de dire la Messe.

Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération très distinguée et j'ai l'honneur d'être

Son tf^ès dévoué,

(s.) Freiherr VOn Bissiug, Generaloberst.

Archevêché de MaUnes. Malines, le 14 mai 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing,

Gouverneur Général, Bruxelles,

Monsieur le Gouverneur Général,

La lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire, sous la date du 1^' mai (n*" 2130) et à laquelle des

circonstances indépendantes de ma volonté m'ont empêché de répondre plus tôt, m'a causé, est-il besoin de le dire, une amère déception.

Si j'ai insisté pour obtenir à quatre aumôniers, destinés à remplir les vides qui se sont produits dans le service de notre aumônerie militaire, un passeport, c'est que je ne parvenais pas à m'expliquer le premier refus que j'avais essuyé ; je m'appuyais, au surplus, sur la franchise de mes deux requêtes, pour espérer une particulière bienveillance. Il ne me reste donc qu'à inscrire au compte des intérêts religieux de la Belgique un nouvel échec.

Plusieurs représentants de l'Autorité allemande n'apprécient pas à sa valeur, je le crains, l'importance que les consciences catholiques attachent au ministère de la confession. Sinon, elles ne s'obstineraient pas à nous refuser l'autorisation que, tant de fois déjà, de vive voix et par écrit, nous avons sollicitée, d'envoyer auprès de nos prisonniers, détenus en Allemagne, quelques prêtres parlant leur langue et à qui leur conscience puisse s'ouvrir en toute liberté.

Veuillez donc, un instant, vous faire la réflexion, Monsieur le Gouverneur Général, que des milliers de Belges se trouvent, depuis huit mois, uniquement pour avoir servi avec honneur leur pays, dans l'impossibilité morale de mettre en paix leur conscience religieuse. La confession catholique porte sur les choses les plus intimes de l'âme, et l'aveu, déjà humiliant par lui-même, qu'elle exige, les Autorités militaires veulent qu'il soit livré à un homme qui, bon gré mal gré, rappelle au pénitent le pouvoir oppresseur, l'auteur responsable de sa captivité.

Est-ce humain ? Est-ce chrétien ?

Qu'a donc fait à l'Allemagne cette pauvre Belgique, pour être ainsi torturée dans sa terre, ses biens, la vie des plus inoffensifs de ses enfants, et maintenant dans Jes consciences de ceux que leur patriotisme a réduits à l'exil et à la détention ?

L'État-Major ne peut invoquer, cependant, aucune « nécessité de la guerre », pout- refuser à nos prisonniers la liberté religieuse.

S'il exige que les prêtres qui doivent remplacer les aumôniers allemands soient d'un pays neutre, la Hollande a promis d'en fournir.

S'il veut même que ces prêtres soient sans communication avec l'extérieur, des prêtres belges pousseront la charité jusqu'à l'héroïsme et se déclarent prêts à partager, jusqu'au jour de la libération générale, l'internement de leurs compatriotes.

Peut-on raisonnablement demander davantage ?

À ma dernière requête en faveur des détenus de la prison de St-Gilles, Votre Excellence me répond qu'Elle veut bien l'agréer, à la condition que le ministère soit exercé par le Père Leyendecker, de nationalité allemande.

Je connais personnellement M. Leyendecker et l'estime beaucoup. Mais pourquoi infliger aux aumôniers belges une exclusion imméritée?

La Messe catholique, qui se compose dé rites et de paroles en latin, n'établit aucune communication directe du prêtre avec les fidèles et, dès lors, ne fournit au célébrant aucune occasion d'abuser de son ministère.

Pour la pratique de la confession sacramentelle, un aumônier allemand, quel que soit, d'ailleurs, son mérite personnel, encourt les objections que j'ai sigsnalées plus haut. Je connais trop le zèle sacerdotal de M. Leyendecker et son expérience des hommes pour soupçonner qu'il puisse ne pas comprendre les inquiétudes d'âme de nos compatriotes et ne pas m'aider à plaider auprès de vous la cause de leur liberté de conscience.

Votre Excellence a la grande bonté de permettre aux prêtres détenus de célébrer la Messe : c'est là de sa part une marque de haute bienveillance dont je Lui suis profondément reconnaissant et à laquelle tous les prêtres intéressés attacheront le plus grand prix.

Daigne Votre Excellence tenter un nouvel effort, afin de faire accorder aux prisonniers de guerre^ en Allemagne, la liberté de pratiquer, sans effort surhumain, leur foi religieuse.

Daigne Votre Excellence considérer enfin que les Belges arrêtés en Belgique par l'Autorité allemande ne sont pas « des criminels ordinaires », mais, pour la plupart, des citoyens irréprochables, victimes de ce qui, chez le détenu s'appelle « patriotisme », chez le Pouvoir qui le détient, « lois inévitables de la guerre ». Puisse-t-Elle leur faire épargner, au nom de l'humanité, toute rigueur inutile et, notamment, autoriser les inculpés, après leur interrogatoire, à recevoir la visite d'un aumônier qui possède leur confiance, et, avec celle-ci, les moyens de les consoler, de soutenir leur force morale et, chaque fois que les détenus en expriment le désir, de les confesser.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'expression de ma très haute considération.

(s.) D. J. Mercier, Arch. de Màlines.

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