‹ La correspondance de s.e. le cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918Chapitre 6 sur 36 · IM · texte numérisé non relu

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d'autre part, l'internement du R. P. Devroye dans un cachot de la caserne de Malines. Cet excellent Père Devroye, Recteur du Collège St-Michel, à Bruxelles, est un mien cousin et ami : je souffre à la pensée qu'il a dû passer la nuit du samedi au dimanche, sur la paille, dans le cachot malsain dont j'ai fait hier à Votre Excellence la description.

On m'assure que le Père Mertens, de Bruxelles, est mis au cachot à Louvain dans les mêmes conditions.

Encore une fois, je fais appel aux sentiments d'humanité et de justice de Votre Excellence.

Le Père Devroye a une santé fort délicate ; je supplie Votre Excellence de lui envoyer au plus tôt un médecin pou^ en faire faire la constatation : il ne résisterait pas longtemps au régime qu'il subit.

Agréez, Excellence, l'hommage de ma très haute considération.

(s.) D. J. Càrd. Mercier, àrch. de Malines,

Deux jours après, von Bissing envoyait au Cardinal, de sa résidence de Trois Fontaines, le télégramme suivant :

Trois Fontaines, 9 novembre 1915.

Cardinal Mercier, Malines.

Confo7''mément au désir de Votre Eminence^J'ai donné aussitôt par téléphone des ordres pour que les conditions d'internement des prêtres en question soient

améliorées.

Le Gouverneur Gé7îé7rd, (s.) Freiherr von Bissing,

Le Cardinal s'empressa de remercier von Bissing de ses dispositrons bienveillantes à Pégard des religieux détenus préventivement :

Archevêché de Malines. Malines, le 10 novembre 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing,

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Votre Excellence a bien voulu me donner hier soir, par télégramme, l'assurance que les religieux détenus en prévention seraient désormais mieux logés. Je Lui suis très reconnaissant de cette assurance et je me permets d'insister, afin que tous les prévenus bénéficient de la même bienveillance.

Ce soir même, m'arrive la nouvelle qu'un prisonnier civil invalide, M. Wasnair, que j'avais eu l'honneur de recommander à Votre Excellence (1), vient d'être rendu à sa famille.

De cela aussi je remercie Votre Excellence, en La priant d'agréer l'expression de mes sentiments de très haute considération.

(s.) D. J. Càrd. Mercier, àrch. de Malines.

Le Gouverneur Général transmit à S. E. une copie du rapport du Kreischef de Malines sur les conditions d'internement du P. Devroye :

Le Gouverneur Général Bruxelles, le 10 novembre 1915.

A Son Emmenée le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

Comme suite à mon télégramm^e d'hier, j'ai l'honneur de vous faire parvenir ci-contre la, copie d'un rapport du « Kreischef y> de Malines et d'un avis du service de santé de l'armée au sujet du P. Devroye qui

(i) Cette intervention faisait l'objet d'une lettre envoyée au Gouverneur Général le 2 août 1915.

se troiwe, en détention jvréventive, (tans ta prison de cette citte. Il résulte de ces documents que le prêt7^e en question n'a pas lieu de se plaindre des conditions qui lui sont faites, qu'il est bien portant et parfaitement capable de suppo^ier le régime de la prison.

Concernant le P. Mertens, emprisonné a Louvain, on m'a fait savoir par téléphone qu'il se trouvait dans les mêmes conditions que le P. De^vroye. Je n'ai pas encore reçu le rapport écrit ; je me réserve de vous le communiq^ter également aussitôt après sa réception.

Je présente à Votre Eminence l'exp^'^ession de ma considération distinguée et j'ai l'honneur d'être

Son très dévoué,

(s.) Freihe7v' von Bissing, -

Generaloberst.

Copie du rapport du « Kreischef » jointe à la lettre précédente :

Bureau du Kreischef. Matines, le iO novembre iOio. no 7094 II.

Au Gouvernement Général de Belgique,

Bruxelles.

En exécution de l'ordre qui m'a été communiqué par téléphone le 9 novembre 1915, je transmets ci-contre un rapport médical sur l'état de santé du P. Devroye, interné à la prison m,ilitaire de Matines.

En même temps que le médecin établissait son rapport, un officier du « Kreisamt » a visité la cellule dans laquelle est logé le P. Devroye.

La çellide a 3,20 m. de long, 1,95 m. de large et 4 m. de haut. Les murs so7it badigeonnés à la chaux. Le P. Devroye ne doit pas se coucher, comme on l'a dit, sur de la paille placée directement sur le pavement.

mais il dispose d'un lit de camp, muni d'une paillasse. Il n'a dormi qu'une seule nuit sur cette paillasse ; dès le lendemain de son arrivée à la prison, le 7 courant, il a reçu un matelas de crin qu'il utilise encore aujourd'hui. De propres couvertures de laine lui ont été données en quantité suffisante ; la preuve, c'est qu'il en a rendu une.

Le chauffage de la cellule est assm^é par un poêle placé dans le corridor de la prison. Lo?'s de la visite faite au prisonnier, il y régnait une température suffisante. Une cellule plus chaude, placée à proximité du poêle, a été offerte au F. Devroye ; il l'a refusée en disant que la sienne était suffisamment chauffée. L'éclairage se fait au moyen d'une lampe qu'on attache le soir au mur.

L'enquête a établi que le P. Devroye est traité avec les égards dus à son rang. Le chef de la police militaire locale lui a demandé s'il avait quelque désir à manifester ; le Père a répondu qu'il était content, qu'il n'avait aucune plainte à faire au sujet de la nourriture et qu'il était satisfait de son état de santé. Que celui-ci soit excellent, cela résidte du fait que, lors de son entretien avec le Cardinal, il resta debout pendant 3/4 d'heure devant une fenêtre ouverte et que, à une remarque qui lui fut faite à ce propos, il y^épondit qu'il se portait bien et n'avait pas besoin d'écharpe.

Je fais encore remarquer que la prison où se trouvent ceux qui sont soumis à la détention préventive a été installée dans les locaux qui servaient précédemment de maison d'arrêt pour les soldcits belges. L'aménagement des celhdes date seidement de quelques années ; il répond à toutes les prescriptions de l'hygiène.

(s.) Jochmus,

Oberst und Kreischef.

— lis —

L'avis médical, signé du Dr Groos, constatait que le P. Devroyc était en bonne santé et capable de supporter le régime de la prison.

Ce rapport du Kreischef de Malines est tout aussi inexact que celui qu'il avait envoyé précédemment au Gouverneur Général au sujet des conditions d'internement du P. Van Nylen (p. io8).

Le Cardinal avait eu l'autorisation d'aller rendre visite au P. Devroye; on eut honte de l'introduire dans la cellule du prévenu, comme on l'avait fait cependant, quelques jours auparavant, pour le P. Thibaut, provincial de la Compagnie de Jésus; l'entretien eut lieu dans la salle de la caserne qui servait de chapelle. Le P. Devroye ne resta pas, comme l'affirme le Kreischef, 3/4 d'heure debout devant une fenêtre ouverte, mais le prisonnier et son auguste visiteur s'assirent sur un vulgaire banc sans dossier, qui traînait là.

Bien loin de refuser une écharpe, le P. Devroye a accepté de grand cœur tout ce qui pouvait le protéger contre le froid, car le poêle placé dans le corridor ne servait qu'à chauffer la sentinelle.

C'est une ironie de dire que le Père renvoya une couverture parce qu'il en avait trop: le Kreischej veut sans doute parler de la loque poisseuse, dont le Père dut se contenter la première nuit et qu'il remplaça ensuite par des couvertures qu'on lui avait fait parvenir de la Résidence.

Quant à la lampe, elle n'a jamais existé que dans l'imagination du Kreischef. Le P. Devroye dut s'éclairer au moyen de quelques bougies, qu'il était parvenu à se procurer.

Les murs de la cellule, dit le rapport, sont badigeonnés à la chaux. Il eût été plus exact de dire « avaient été badigeonnés à la chaux » ; car la couleur blanche disparaissait complètement sous un amas de poussière et de toiles d'araignée.

Le Cardinal, en accusant réception du rapport, l'apprécia à sa juste valeur :

Archevêché de Malines. Malines, le 12 novembre 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing,

Gouverneur Général^ Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

J'ai bien reçu hier, dans l'après midi, la lettre, en date

du 10 novembre, par laquelle Votre Excellence croit pouvoir me rassurer sur les conditions d'emprisonnement et sur l'état de santé du Père Devroye.

Le rapport de Monsieur le Kreischef Jochmus, jointe à la dépêche de Votre Excellence, appellerait plusieurs réserves, car j'y remarque, dès la première lecture, des inexactitudes sur lesquelles, d'ailleurs, je me suis déjà prononcé.

Votre Excellence en veut-Elle un échantillon ?

Il y est dit que, durant les 3/4 d'heure d'entretien que Votre Excellence a eu l'amabilité de m'accorder avec le Père Devroye, celui-ci s'est trouvé debout devant une fenêtre ouverte : « dass er bel mit dem Kardinal gefùhrten Unterredung 314 Std. lang am offenen Fenster gestanden hat ».

Or, ici, je puis parler de science personnelle. Durant ces 3/4 d'heure, le Père Devroye s'est trouvé assis, à ma gauche, dans une salle fermée.

Le Père Van Duerm, qui m'accompagnait dans cette visite, est à même de confirmer mon dire.

La salle où nous étions réunis est celle oij le Père avait pu, le matin, dire la Messe. Les fenêtres de cette salle donnent sur une cour publique où nous avons, en entrant, et en sortant, aperçu cinq ou six soldats en conversation.

Est-il donc, un instant, admissible que, dans un entretien intime avec un parent et ami, condamné à la déportation, nous ayons échangé nos confidences, sous une fenêtre ouverte, de façon à les livrer à l'indiscrétion des profanes qui stationnaient dans la cour voisine ?

Je remercie Votre Excellence des adoucissements qu'Elle a bien voulu faire apporter au régime des Pères Devroye et Mertens, et La prie d'agréer les assurances de ma très haute considération.

(s.) D. J. Càrd. Mercier, Àrch. de Malines.

Après la condamnation des PP. Devroye et Van Nylen, von Bissinj.,' fit savoir à S. E. qu'il ne pouvait faire usage de son droit de grâce en laveur du P. \^an Nylon, mais qu'il graciait partiellement le P. Devroye :

Gouvernement Général Bruxelles, le 13 novembre i9i5. de Belgique.

III b. T. L. no 7465.

A son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

Au sujet des conda^nnaf ions prononcées légalement contre le P. Recteur Devroye et le P. Van Nylen, j'ai l'honneur de faire à Votre Eminence les communications suivantes :

Le P. Devroye a été condamné en prem^ier lieu à un an de prison pour avoir favorisé le départ de Belgique, sans l'autorisation nécessaire, d'un jeune Belge, Georges Wahis, âgé de 17 ans, et en second lieu, à S mois de prison, pjour avoir, étant directeur d'un établissevienf d'instruction, organisé dans les classes, pendant l'occupation, des manifestations anti-allemandes. Considérant que, dans l'affaire Wahis, l'accusation se basait surtout sur les décla.rations du jeune homme, que celui-ci, au cours des différe^its interrogatoires auxquels il a été soumis, a fait des déclarations en partie imprécises et contradictoires et que par conséquent la culpabilité du P. Devroye dans cette affaire ne peut pas être prouvée de façon certaine, je consens à remettre à rinculp)é la peine qui lui a été infligée de ce chef Par contre, il est p7^ouvé sa7is conteste que le P. Devroye a organisé, dans l'établissement d'instruction confié à ses soins des manifestations anti-allemandes (i). Des actes semblables, mis

(i) Voici quel était le prétexte qui avait servi de base à cette accusation : en perquisitionnant au Collège St-Michel, les agents de la police secrète avaient trouvé des devoirs d'élèves ornés de drapeaux français et anglais.

au service de l'influence exercée par un professeur sur la Jeunesse, me paraissent tout-à-fait de nature à favoriser des courants d'opinion qui, dans l'intérêt de la sûreté de l'Etat, ne pe^went pas être tolérés en territoire occupé. A mon grand regret, je ne puis pas modifier la peine qui a été infligée au P. Devroye de ce chef d'accusation.

De même, pour ce qui concerne le P. Van Nylen, les faits dont il est accusé ont été établis au cours des débats et sa culpabilité prouvée de façon certaine ; je regrette aussi de n'avoir pas encore pu, jusqu'à présent, faire usage en su faveur de mon droit de grâce.

Votre dévoué, (s.) von Bissing,

Generaloberst und General Gouverneur^

Le Cardinal remercia von Bissing en ces termes :

Archevêché de MalJnes. Malinçs, le 17 novembre 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing,

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

La lettre que Votre Excellence me fait l'honneur de m'adresser sous la date du 13 octobre m'apporte la nouvelle que le R. P. Devroye est partiellement gracié. Je me réjouis de cette bonne nouvelle et en suis vivement reconnaissant à Son Excellence.

En terminant sa lettre, Votre Excellence dit qu'Elle n'a pas encore^ jusqu'à présent, pu faire usage de son droit de grâce en faveur du Père Van Nylen. Ce « pas encore » donne de l'espoir.

Agréez, je vous prie, Monsieur le Gouverneur Général,, l'assurance de ma très haute considération.

(s.) D. J. Card. Mercier, àrch. de Malines.

Le Cardinal avait déjà intercédé précédetnment (p. 114) en faveur •du P. Mertens, S. J., arrêté sous l'inculpation d'avoir favorisé le passaj,'e de la frontière à des Beli^es en âge de porter les armes. Von Bissini,', conformément à la promesse qu'il avait faite dans sa lettre du 10 novembre, communiqua à S. E. le rapport de Liibbert, Kreischef de Louvain, sur les conditions d'internement du prévenu.

Le Gouverneur Général Bruxelles, le 24 novemdve iOlo.

A Son Eminence le Cardinal Mercier,

Archevêque de Malines.

J'ai l'honneur de communiquer ci-contre à Votre Eminence la copie d'un rapport du « Kreischef y> de Louvain, au sujet des conditions d'internement du P. Mertens, qui se trouve en détention pi^éventive à la prison de cette ville ; je vous transmets en ynême temps la copie d'une constatation médicale à son sujet.

Je me permets par la mêyne occasion de vous faire savoir que j'ai établi un pj^^ojet d'ordonnance, ayant p)Our but d'assurer aux prêtres en détention préventive des conditions dignes de leur état. Toutefois je fais remarquer que, dans les petites localités, on 7nanque souvent des locaux nécessaires p)Our donner aux prisonniers, soumis à l'instruction, un logement convenable, ce que je désire certes et ce que je m'efforce d'obtenir.

Je me réjouirais tout sjjécialement si, à l'avenir, je ne me trouvais plus dans la nécessité de faire arrêter des prêtres, sous l'inculjKttion d'avoir enfreint les lois existantes et mes arrêtés.

Je présente à Votre Eminence l'expression de ma considération distinguée et j'ai l'honneur d'être

Son dévoué, (s.) Freiherr von Bissing,

Generaloberst.

Copie du rapport du Kreischef de Louvain, jointe à la lettre précédente :

Kreisamt de Louvain. Loiivain, le 9 novembre 1915.

Avis.

Le prêtre Mertens a été arrêté à la requête de la police criminelle et se trouve en détention préventive, depuis le S courant, au cachot de la caserne d'infanterie; il est gravement soupçonné d'avoir recruté pour V armée ennemie des Belges en âge de porter les armes.

Il est logé dans une cellule tout-à-fait irréprochable; il a un matelas de laine, des couvertures et un oreiller ; il jouit de toutes les libertés laissées aux prisonniers soumis à l'instruction. Il a V autorisation de se faire ravitailler, de lire et d'écrire; il peut se promener dans la cour une heure le matin et une heure l'après-midi; sa celhde est éclairée et il a à sa disposition une table et une chaise.

A ma question s'il avait une réclamation à faire oit s'il était malade, il m'a répondu « non » ; il ne s'est jamais plaint d'avoir été maltraité.

Le certificat médical constatant l'état de santé du P. Mertens est joint à cette lettre.

(s.) Lubbert,

Oberst und Kreischef.

Le certificat médical établissait que la santé du P. Mertens était bonne et lui permettait de subir le régime de la prison.

Le rapport, signé par le Kreischef de Louvain, ne le cède en rien, au point de vue des inexactitudes, aux rapports adressés par le Kreischef àçi Malines au Gouverneur Général et dont il a été question plus haut.

La « cellule irréprochable », nous a dit le P. Mertens, c'était en réalité un cachot étroit réservé aux ivrognes et aux militaires insubordonnés ; un soldat belge ne pouvait y séjourner plus de 3 jours

sans une permission spéciale de l'autorité supérieure ; le P. Mertens y resta 30 jours. Ce cachot était devenu un véritable taudis ; il y régnait une odeur nauséabonde et le parquet était tellement sale qu'il n'était plus possible de distinguer la couleur des dalles. Aucun moyen de chauffage ; pas de fenêtres, pas même de lucarnes ; l'air et la lumière ne pénétraient dans ce réduit que par les fentes du plafond fait de poutrelles de fer.

Le matelas, soi-disant de laine, était épais de la grosseur d'un -doigt et aussi dur que la planche sur laquelle il reposait; comme couverture, une loque sale et maculée ; comme oreiller, une poutre. En fait de nourriture, le prévenu recevait, trois fois par jour, une tranche de mauvais pain et un brouet noir aussi peu appétissant que possible.

Liibbert, le Kreischef, rendit visite au P. Mertens. Il s'indigna de la façon dont le prisonnier était traité, disant qu'il n'était pas permis de soumettre un prêtre à un régime aussi humiliant. Il lui permit de faire venir un oreiller, une couverture de voyage et de recevoir régulièrement des aliments fournis par le Collège de Louvain. Liibbert se montra toujours bienveillant à l'égard du P. Mertens : c'était d'ailleurs, de l'avis de tous les Belges qui ont été en rapport avec lui, un homme droit et loyal. Aussi le P. Mertens estime-t-il que le rapport adressé au Gouverneur Général a été rédigé par la police et que le Kreischef V aura, signé, sans même prendre la peine de le lire.

Le Cardinal, espérant toujours que les bonnes dispositions que semblait manifester von Bissing, finiraient bien^ par avoir quelque effet, le remercia des mesures qu'il déclarait avoir ordonnées pour améliorer le régime des prêtres détenus :

Archevêché de Malines. Malines, le 28 novembre 1915.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing^

Gouverneur Général^ Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

J'ai l'honneur d'accuser réception à Votre Excellence de sa lettre n° 21 .726, relative à la détention du Père Mertens.

Je suis particulièrement reconnaissant à Votre Excellence des dispositions qu'Elle a ordonné de prendre afin que les ecclésiastiques en prison préventive, y soient traités avec les égards dus à leur dignité. Qu'il me soit permis d'exprimer

le vœu que tous les prévenus, laïques aussi bien qu'ecclésiastiques, bénéficient de votre bienveillance. Au point de vue juridique, en effet, la situation de tous est la même : ils ne sont pas des condamnés et, dès lors, ne devraient pas être traités comme tels.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'assurance de ma très haute considération.

(5.) D. J. Card. Mercier, Arch. de Malines.

Archevêché de Malines. Malines, le 9 décembre 1Q15.

A Son Excellence Monsieur le baron von Bissing-r

Gouverneur Général, Bruxelles.

Monsieur le Gouverneur Général,

Je remercie de tout cœur Votre Excellence de la promesse qu'Elle veut bien me faire dans sa lettre du 4 décembre n° 22489 (i), que les prêtres détenus, en prévention ou en prison, seront traités avec les égards dus à leur dignité.

Si j'ai insisté auprès de Votre Excellence pour obtenir que les laïques aussi, durant la période d'instruction qui précède leur jugement, bénéficient d'un régime plus bienveillant, ce n'est pas que je demande à entrer en pourparlers à cet égard avec Votre Excellence, c'est simplement que l'équité et la charité me dictent le devoir de faire appel au privilège, que j'envie à Votre Excellence, de pouvoir alléger les souffrances de mes frères.

Agréez, Monsieur le Gouverneur Général, l'hommage de ma très haute considération.

(s.) D. J. Gard. Mercier, Arch. de Malines.

(i) Cette lettre n'a pas été retrouvée.

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