LETTRE AU PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
(Mai 1790)
Pendant l'absence de Marat, de faux numéros de L'Ami du Peuple ne cessèrent de circuler. Quand, au mois de mai
Suivant, Marat revint à Paris, il écrivit au président de l'Assemblée nationale pour se plaindre de ces faits el désavouer les calomnies publiées sous son nom. En même temps, il rendait cette lettre publique, sous le titre de Lettre de M. Marat, l'Ami du Peuple, à M. le Président de V Assemblée nationale1. Le texte de la lettre y est précédé de la note suivante : « L'Ami du Peuple, dont on connaît le zèle ardent pour la cause de la liberté, est revenu de Londres, où la persécution de ses ennemis l'avait contraint de chercher un asile. Pouvait-il voir plus longtemps son nom flétri par d'infâmes imposteurs, indignes de défendre la patrie, et qui compromettaient malheureusement sa cause par les calomnies atroces qu'ils se sont permises contre des citoyens honnêtes, contre des villes entières, dont les justes réclamations ont été présentées à l'Assemblée nationale? Les personnes clairvoyantes regardent ce honteux manège comme un piège que lui ont tendu ses ennemis, pour le forcer de revenir en France; ils ont parfaitement réussi. M. Marat redoute moins la prison que le déshonneur; il a vu froidement tous les dangers auxquels il s'exposait en défendant les droits du peuple; et il se croirait indigne de soutenir une aussi belle cause, si on pouvait le croire capable de la moindre des impostures qu'on s'efforce de lui attribuer, dans la vue de soulever contre lui l'opinion publique. »
Monsieur le Président,
L'apôtre et le martyr de la liberté pourrait-il ne trouver aucun appui au sein d'une Assemblée qui en a solennellement consacré les principes, et dont tous les moments doivent être employés à donner de sages lois à une nation qui veut être libre?
Né avec quelque disposition pour l'étude, je m'étais senti entraîné vers celle de la politique. Un séjour de plusieurs années à Londres me mit à portée de connaître et de deve-