‹ La correspondance;Chapitre 52 sur 107 · Une broch. in-8° de 8 p., s. 1. d. d. mai · texte numérisé non relu

Une broch. in-8° de 8 p., s. 1. d. d. mai

lopper les vices de la constitution anglaise, constitution qui méritait sons doute d'être admirée, mais qu'un examen plus approfondi a réduite aujourd'hui à sa juste valeur.

De retour en France, le genre de censure que j'avais exercé en Angleterre me parut trop dangereux; je rentrai dans la carrière des sciences : quelques succès dans la partie de l'optique me firent de nombreux ennemis parmi les savants.

Enfin le moment de la révolution arriva : les abus en tous genres étaient portés à leur comble; chaque jour le peuple était plus malheureux, les classes les plus aisées se voyaient au moment d'être victimes des folles dilapidations de la cour, les esprits éclairés par les écrivains politiques soupiraient après un nouvel ordre de choses. Gémissant depuis longtemps sur les malheurs de ma patrie, j'étais au lit de la mort, lorsqu'un ami, le seul que j'avais voulu pour témoin de mes derniers moments, m'instruisit de la convocation des États-Généraux : cette nouvelle fit sur moi une vive sensation, j'éprouvai une crise salutaire, mon courage se ranima, et le premier usage que j'en fis fut de donner à mes concitoyens un témoignage de mon dévouement; — je composai l'Offrande à la Patrie.

Je demande grâce à l'Assemblée si je suis entré dans ces détails; mais mes ennemis ont usé de tant de moyens pour me décrier et soulever contre moi tous les esprits, qu'il m'est permis, peut-être, de faire voir que je ne suis pas un écrivain sans principes, que mes vues ont toujours été pures, que ma plume a toujours été conduite par mon cœur, et que c'est dans cette source seule que j'ai puisé l'énergie dont on m'a fait un crime.

Après avoir publié un projet de constitution, je restai spectateur des suites que devait avoir la révolution du 1 i juillet. Le plan du Comité de constitution paraissait à peine; à la première lecture je sentis combien il était impolitique, il blessait évidemment les droits de l'homme : je lis part de mes réflexions à quelques membres de l'as-

semblée; je donnai au public mon Moniteur comme censure de ce plan, dont les articles dangereux n'ont pas été adoptés.

Toujours animé de l'esprit de patriotisme, j'imaginai qu'une feuille qui paraîtrait tous les jours aurait l'avantage de tenir continuellement les yeux du peuple ouverts sur ses véritables intérêts; je me livrai à ce travail pénible, je n'ignorais pas qu'en me constituant l'avocat du peuple, le censeur des différentes parties de l'administration, je m'exposais à la baine de tous les gens en place; mais le vrai patriote ne connaît pas le danger. Mes amis veillaient pour moi; ce sont eux qui m'ont soustrait au traitement qu'on me préparait dans la journée du 22 janvier, où l'on déploya contre moi Un appareil si formidable ; ce sont eux qui m'ont contraint de m'expatrier.

J'ai séjourné à Londres près de trois mois, les yeux toujours tournés vers ma patrie, désolé de ne pouvoir plus lui être utile. J'y éprouvai toutefois*quelques motifs de consolation : introduit dans plusieurs sociétés patriotiques, j'ai été témoin plusieurs fois des dispositions favorables des Anglais à notre égard ; à la nouvelle des hostilités de l'Espagne contre l'Angleterre, trop convaincu qu'elles étaient le prélude d'une guerre de cabinet, mais alarmé de ses suites funestes , et me flattant que ma plume ne serait pas totalement inutile à la cause publique, j'oubliai le fatal •décret, et je rapportai à ma patrie le tribut de mes faibles lumières. Peu après j'adressai au Comité des rapports un mémoire contenant l'exposé de mes griefs contre le Chàtelet ; mais un objet plus important à mon repos m'occupe en ce moment.

Pendant mon absence, plusieurs folliculaires attirés par l'appât du gain, se sont disputé scandaleusement mon nom. S'ils eussent bien servi la patrie, je me serais gardé de réclamer contre leur imposture; mais ils m'ont indignement compromis; ils ont calomnié le maire de Paris, un administrateur de la police et nombre de particuliers;

ils ont outragé les habitants de la ville de Sens, de Montants, de Melun; et parmi vous, Messieurs, mon nom a été souvent proclamé comme celui d'un écrivain qui méritait L'indignation publique.

D'après un tel éclat, rassemblée que vous présidez, Monsieur, pourrait-elle refuser d'entendre la justification d'un homme que son enthousiasme pour le bien public a peut-être égaré quelquefois, mais dont la conduite est intacte, et dont le cœur fut toujours pur?

Je supplie l'assemblée de vouloir bien demander à son- Comité des rapports de lui mettre incessamment sous les yeux le mémoire que j'ai eu l'honneur de lui adresser; c'est un acte de justice que je réclame; et les Représentants de la Nation ne souffriront pas que le véritable Ami m Peuple, qui a constamment soutenu ses droits, qui a tout bravé, tout sacrifié pour lui faire connaître ses oppresseurs, soit continuellement menacé de perdre sa liberté après avoir perdu son repos.

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