LETTRE AU PRÉSIDENT DU CLUB DES CORDELIERS
(3 mars 1792)
En même temps que la lettre précédente, Marat en écrivait une autre, adressée au président du club des Cordeliers, et relative au même objet.
Celte lettre fut, lue à la tribune des Cordeliers dans la séance du 3 mars 1792 '.
Monsieur le Président,
Je réclamerais aujourd'hui l'engagement pris par les Amis des Droits de l'Homme, de propager les principes de l'Ami du peuple, si je croyais avoir besoin d'un autre motif que leur civisme pour les porter à concourir avec moi à éclairer le peuple sur ses droits, à former l'esprit public, à ranimer le patriotisme, et à faire triompher la cause de la liberté.
Après avoir combattu sans relâche, pendant trois années consécutives, contre le despotisme renaissant, je me suis vu forcé de quitter enfin une carrière où je n'ai trouvé que fatigues, peines, chagrins, misère, périls, tribulations, dégoûts, et dans laquelle je n'avais plus de bien à faire au peuple; moins découragé, toutefois, par les attentats des ennemis de la patrie que par l'aveuglement et la tiédeur de ses enfants, je n'ai point abandonné ses intérêts; j'ai seulement cru que ce serait le servir plus utilement de développer à ses yeux le tableau frappant des machinations des cruels ennemis conjurés à sa perte, de la politique artificieuse de l'Assemblée constituante et des vices de la Constitution, qui font le malheur de la France et qui seront une source éternelle d'anarchie, de troubles et de dissensions civiles, jusqu'à ce qu'ils soient corrigés.
Après tous les ressorts qu'a fait jouer le Gouvernement
1. Cette lettre a été publiée pour la première fois en 1856 dans Le Cabinet historique (tome II, p. 265-261), sous ce titre : « Jean- Paul Marat au pre-idei t de la Société populaire de Mous ». Huit ans plus tard, en 1864, on la trouve reproduite encore dans L'Amateur d'autographes (1" avril 1864, p. 104-105). Enfin, seiz^ ans après cette dernière date, en 1880, Chèvremont la publiait pour la troisième fois (Jean-Paul Marat, II, p. 12-13)* en l'annonçant comme un document inédit.
pour supprimer mes écrits, les dénaturer, décrier leur auteur et le faire croire vendu aux ennemis de la patrie, l'ouvrage que je me propose de publier ne saurait produire tout le bien que Ton doit en attendre, si les patriotes des départements n'ont pas la certitude qu'il sort de la plume du véritable Ami du peuple.
La Société que vous présidez, Monsieur, connaît mes principes, elle s'en est déclarée la propagatrice. J'attends de son zèle pour la chose publique qu'elle voudra bien se charger de faire passer le prospectus de mon ouvrage à toutes les Sociétés patriotiques du royaume, en les engageant à lui donner la plus grande publicité possible. De mon côté, je prendrai tous les moyens de le mettre à la portée des citoyens les moins aisés.
Destiné à mettre le peuple en garde contre ses infidèles conducteurs, à lui développer les pièges des fripons soudoyés pour l'enchaîner, à lui faire connaître les lois à réformer et les lois à faire pour assurer la liberté et la félicité publiques, cet ouvrage deviendra l'École des patriotes.
Je vous prie, Monsieur, de mettre ma demande sous les yeux de la Société, et de faire passer sa détermination au citoyen chargé de vous remettre ma lettre.
Recevez mes salutations patriotiques.
Marat, Tami du peuple.
Paris, le 3 mars 1192.
L'ouvrage paraîtra sous le titre de V Ecole des citoyens. 11 contiendra les morceaux les plus saillants de L'Ami du Pi uple, et tirera au moins six cents pages.
LETTRE A LOCRÉ ' (13 mars 1792)
Marat, l'ami du peuple, fait ses compliments patriotiques à M. Locré; il le prie de lui dire les noms des juges de paix, municipaux et autres complices fameux des contrefacteurs d'assignats dont il a fait l'arrestation. Si M. Locré exige que je garde le silence sur la main d'où me viendront' ces renseignements, je me conformerai à ses désirs.
Paris, ce 13 mars 1792.
A M. Locré, juge de paix de la section de Bondi.