LETTRE A PETION
(11 avril 1792)
Cette lettre ne nous est connue que par la minute qui fut retrouvée dans les papiers de Marat. Elle a été publiée pour la première fois par Villiaumé, dans son Histoire de ta Révolution française (édition de 1864, t. II, pp. 401-402) 2.
1. Publiée dans La Révolution française, t. XLHI (1902), p. 174.
2. L'original autographe de Marat se trouvait alors entre les mains de Villiaumé. En 18b8,il appartenait à M. Etienne Charavay, qui le reproduisit à son tour dans une étude sur Le général La Fayette, pp. 57 i-575.
Paris, ce 11 avril 1792.
A Monsieur Peiion.
C'est l'homme qui vous engagea, il y a quelque temps, Monsieur, à demander des secours pour les pauvres de la capitale, qui prend la plume aujourd'hui pour vous déterminer à une nouvelle démarche qui ne vous fera pas moins d'honneur et qui vous assurera l'estime et l'amour du peuple. Vous n'ignorez pas sans doute que le sieur Motier est accouru à Paris pour travailler l'armée et taire manquer la tète civique pour les tristes restes de Chàteauvieux. Déjà six bataillons pourris se sont engagés par serment à s'emparer du Champ-de-Mars dès la veille. A ce noyau dévoué à lui, joignez, car le sieur d'Ànglure en a fait préparer cinquante mille sous les auspices du grand général pour les occasions importantes, toute la troupe soudoyée et vingt mille brigands renfermés dans nos murs et prêts à prendre les armes au premier signal, puis jugez de l'horrible carnage que pourrait faire un audacieux scélérat. Mais, comme tous ces coupe-jarrets ne sont rien sans leurs chefs, pour maintenir le bon ordre il suffira donc de consigner l'état-major parisien le jour do la tête. Je crois que vous en avez le droit comme chef de la police. L'Assemblée vous le donnera. Au demeurant, en lui faisant le tableau des désordres effrayants où serait plongée la capitale, si des hommes, qui se sont toujours montrés les ennemis de la patrie, osaient s'opposer aux vœux de cent cinquante mille citoyens armés, la pudeur l'empêchera de repousser la demande que vous lui en ferez à la tête des municipaux.
Quelque hardie que soit cette démarche, croyez, Monsieur, qu'elle vous compromettra moins qu'une mesure pusillanime. Elle ne saurait vous faire perdre la bienveillance des suppôts du despotisme, mais elle ajoutera à la reconnaissance de la nation. A ma franchise, vous pourrez
reconnaître que votre gloire ne m'est pas indifférente, quoique mon grand but soit le salut public. J'aurais dédaigné de prendre la plume pour assurer la fête projetée, si elle n'avait pour suite de manifester fortement l'opinion publique sur l'exécrable décret lancé contre la garnison de Nancy et sur la scélératesse de la Cour, de réchauffer le patriotisme pour les classes inférieures de l'état social, desquelles celui des soldats de ligne, et d'humilier les cruels ennemis de la Révolution.
Tout ceci entre nous, mais agissez promptement et avisez sur les désordres à redouter.