‹ La corruptionChapitre 4 sur 8 · La Constitution de V Angleterre, t. I, p · texte numérisé non relu

La Constitution de V Angleterre, t. I, p

LA CORRUPTION g

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souffrance : de men içant^lvm ^ aiSe eciîaPPe à la mais, mieux que tô«e amr.T “ manifcs"»*e

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LA COIUIUPTION

que l’esprit de nouveauté ? « En suivant ces lumières trompeuses, il en a plus coûté à la France, remarque Burke dans ses Réflexions, pour acquérir des calamites évidentes, qu’à aucune autre nation pour se procurer des avantages certains. » Le prodigieux essor de nos connaissances scientifiques a sur ce point depuis un siècle entretenu d’orgueilleuses erreurs. Le progrès matériel sans doute s’obtient par d’incessantes decouvertes, et une fois acquis il est rarement perdu. Mais le progrès moral ne se trouve que dans une meilleure pratique des vérités connues, et la souffrance reparaît si la pratique est oubliée. « Nous n’avons pas fait de découvertes, répétait Burke à ses contemporains ; nous n’avons à en faire ni dans l’ordre moral, ni dans les principes du gouvernement, ni dans la notion de la liberté. » On ne perfectionnera ni le Décalogue, ni l’Evangile : en propager les enseignements divins, c est s’élever vers le progrès, et inversement, déchristianiser une race, c’est la faire rétrograder dans la barbarie, en rendant la prédominance à l’homme sensuel et violent .

En réalité, les règles qui maintiennent les sociétés heureuses sont inscrites dans les faits, et dans les faits d’expérience quotidienne, de telle sorte que les p us humbles peuvent aisément en comprendre le sens quand ils ne se laissent pas égarer par des mirages mensongers. C’est ainsi que Le Play aimait à redire que 1 expérience des mères suffit à réfuter l’erreur fondamentale que les philosophes du xvnP siècle ont infusée a 1 esprit français et qui, depuis lors, a vicié nos idées, nos mœurs et nos institutions. L’auteur de la Réforme sociale, que

1 « Il n’y a que lui (l’Evangile) pour nous retenir sur notre

Dente natale, pour enrayer le glissement insensible par loque Incessamment et de tout son poids originel notre race r^trograd^ vers ses bas-fonds. .) Taine : La reconstruction de U t rance 1800, l’Eglise ; Revue des Deux-Mondes, 1 r juin 1 , p.

des écrivains superficiels ont quelquefois accusé de manquer de philosophie, a démontré par la plus nette . des analyses psychologiques que la croyance à la perfection originelle de l’homme qui était, en 1789, une des colonnes de l’orgueil humain ', est l’origine de tous nos faux dogmes modernes sur la liberté, 1 égalité, la souveraineté du nombre, la démocratie, le droit de révolte Ce principe qui, au temps de Rousseau, a tourné toutes ies tetes, et qui est resté inconsciemment au fond de tous les cœurs, a pour conséquences irrésistibles la barbarie, la violence, l’anarchie 2 : quelle loi et quelle constitution, quelle société et quel gouvernement pourraient subsister en face de cette notion que l’homme rendu à ses libres instincts va droit à la vertu ? La plus vulgaire es nourrices sait bien, au contraire, que, chez le petit enfant, avec les premières lueurs de l’intelligence apparaissent aussi les passions : la colère et l’envie, plus tard la violence et la dissimulation. Le fait d’expérience ce nest donc pas la spontanéité de la vertu, mais là nécessite de la correction. Et c’est dès le plus jeune âge que la verge de la discipline doit chasser la folie du cœur de l’enfant. Que de fois on entend répéter avec une tendresse trop faible : « Le cher petit, à quoi bon le gronder déjà, n’aura-t-il pas assez de larmes à verser dans la vie ? d’ailleurs, quand la raison viendra, il comprendra de lui-même ce qu’il doit faire. » Autant vaudrait prétendre qu’il faut laisser grandir la branche

du! tion.1ZOt’ Mémoires P°ur servir à l'histoire de mon temps , intro-

fJi ?>«bellî étude de M. Ferdinand Brunetière qu’il

faut lire en entier dans la Rerue des Deux-Mondes du 1er janyier 189a, nous relevons le passage suivant : « L’erreur p'eut-êlrllà

la personne HUen^Pbl!°S Jphie -du dernicr siècle «il commise — en ' vft a- ® dC P,ci.ero,tIautant et plus qu'en celle de Rousseau —

i celui dl°s^nebv ?éerd°^“e de la bonté natureUe de l’homme * celui de su perversité foncière. »

avant de la courber le long de l’espalier L C’est au contraire quand lame, le caractère, la volonté, qui composeront cette nouvelle individualité morale, commencent à se former et sont en quelque sorte « à l’état naissant », qu’il la faut façonner. L’autorité infiniment douce mais résolument ferme des parents la doit dresser selon la loi de Dieu. Les parents, qu’on ne l’oublie pas, ont reçu du Créateur un don merveilleux : ils continuent son œuvre en appelant à la vie un être nouveau sur la terre. Ils devront pourvoir à ses besoins matériels en même temps qu’ils le prépareront à ses devoirs envers les hommes; autrement ce serait un parasite, un barbare qu’ils introduiraient dans la société. Mais bien plus haute encore est leur mission : cette âme immortelle que Dieu leur a confiée, il faut la conduire a ses éternelles destinées. Ainsi l’autorité paternelle, la seule que Dieu ait instituée dans le Décalogue, est la plus auguste qui se puisse concevoir, celle qui peut suppléer à toutes les autres et qu’aucune autre ne saurait remplacer. Les petits la peuvent exercer avec autant de dignité que les puissants, car elle n’exige ni la richesse, ni la science, mais la droiture du cœur, et les humbles sont souvent plus près de Dieu.

Appuyer les pères dans l’accomplissement de leur tâche , c’est fortifier la race ; les entraver, c est la détruire. Cette tâche, en effet, est-elle remplie à chaque foyer, alors toutes ces pousses nouvelles sont vivifiées par une même sève. Les jeunes générations se plieront naturellement à la loi de Dieu, autant que la faiblesse humaine le permet; grandissant dans le respect des

1. V. dans la Réf. soc. du 16 septembre, la conférence faite au Congrès annuel de la Société et des Unions par M. Ffr^lnan^ Nicolay sur les Enfants despotes au foyer de la famille L auteur a développé les mêmes considérations dans un hvre -^‘deW^es les Enfants mal élevés, que vient de couronner 1 Academie des sciences morales et politiques.

ancêtres et de leurs traditions, elles sont aptes au progrès et à la liberté, puisqu’elles savent se conduire et qu’elles ont pour guide les coutumes aimées de la patrie. Mais si, dans une famille, le devoir paternel est méconnu, 1 enfant insoumis a la loi morale est une cause de trouble dans la société ; il fait souffrir et par contrecoup il souffre; il se révolte contre Dieu, c est un barbare. Et s’il en est ainsi dans toutes les familles, les générations qui s’élèvent se détruisent elles -mêmes dans l’antagonisme et la haine, en répétant ce cri que nous entendons trop souvent retentir : Ni Dieu, ni maître ! A bas la patrie ! Alors, c’en est fait de la race.

La gloire de Le Play, c’est d’avoir su lire dans les faits d’observation ces décisives leçons. Le rappel concis que nous venons d’en faire suffira peut-être à montrer comment un peuple que la corruption commence à envahir, reste cependant apte à la réforme si les hommes au cœur droit comprennent à temps les avertissements de la Providence; si, appuyés sur des familles solidement constituées, ils s’appliquent avec énergie à ramener les jeunes générations à l’obéissance aux commandements du Décalogue. Tel a été le cas en Angleterre, il y a un siècle, quand les familles anglo-saxonnes, instruites par des évènements douloureux, éclairées par d’éminents penseurs, ont su à chaque foyer conjurer, en revenant à Dieu, la corruption inoculée à la race par des gouvernants avilis. En pourra-t-il être de même en France ?

Les écroulements auxquels nous assistons sont une de ces dures leçons par lesquelles la Providence réveille les nations qui l’oublient. S’il ne s’agissait que de la

disparition de quelques personnalités méprisables et de l’effondrement d’une coterie sectaire qui, depuis quinze ans, traite la France honnête en ennemie, ce serait déjà une juste revanche de l’honneur et de la liberté. Mais il y a plus : les évènements récents sont la constatation décisive d’un fait qu’on ne voulait pas voir, cc La révolution, écrivait Le Play au moment où M. Grévy arrivait à la présidence, la révolution servie par les fortes races qu’avait créées l’ancienne France, a pu d’abord inspirer certaines illusions ; mais son caractère pernicieux apparaît à mesure qu’elle est dirigée plus exclusivement par les hommes dégradés ou impuissants qu'elle a formés L» Du point de vue élevé où nous sommes placés et où nous tenons à demeurer, les hommes ne comptent pas, les partis s’effacent; il n’y a plus que la révélation désormais indéniable d’un état morbide qui apparaît tout à coup, et qui, de jour en jour, laisse mieux reconnaître les progrès inattendus que la contagion a faits en tous sens, depuis ceux qui trafiquent des fonctions publiques jusqu’à ceux qui volent l'argent des pauvres. Ministres prévaricateurs, députés vendus, magistrats complaisants, barreau pusillanime, il semble que tout soit déconsidéré et souillé. Nos gouvernants ne ressemblent guère à Gœthe qui, sur son lit de mort, demandait : Plus de lumière, encore plus de lumière ! Les malheureux s’embrouillent dans les dénégations et les aveux, et s’épuisent à chercher des équivoques et des diversions. Plus ils s’efforcent d’assourdir la lanterne ou de ne la confier qu’à des mains amies, plus ils autorisent les soupçons à monter et à s’étendre, indécis, mais probables, irrésistibles.

Encore une fois, il ne s’agit ici ni de république, ni de monarchie, mais de la société elle-même, avilie par

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