‹ La corruption fin-de-siècleChapitre 12 sur 39 · OBJETS DE CURIOSITÉ · texte numérisé non relu

OBJETS DE CURIOSITÉ

Madame... a l'honneur d'inviter Monsieur à

visiter dans ses salons, rue....'... n°...., les nouveaux objets de curiosité qu'elle est en mesure d'offrir à sa clientèle.

En voici une troisième, sans signature, et où, comme dans la première, les phrases sont tournées de façon à ne pas trahir le sexe de l'expéditeur; elle est imprimée en elzévirs superbes, avec majuscules ornées et eu couleur, sur papier parcheminé

Très confidentielle.

Monsieur,

Ma grande expérience des affaires a placé ma maison au premier rang. Ma discrétion absolue m'assure la clientèle du grand monde, de la finance, du haut commerce et des personnes les plus distinguées dans les professions libérales.

Ce serait un honneur inestimable pour moi, Monsieur, si vous aviez l'extrême bonté de m'accorder votre confiance, et ma gratitude vous serait à jamais acquise.

Je sollicite donc la faveur de votre visite, ayant la conviction que vous en emporterez le meilleur souvenir. Par une ; simple consultation à mon cabinet, à n'importe quelle heure de l'après-midi ou de la soirée, vous vous rendriez compu de l'habileté parfaite qui est le principe de toutes les opé

rations de ma maison. Les personnes placées sous mes ordres agissent en tout avec un tact exquis.

Observant avec fidélité les devoirs du secret professionnel, j'espère que vous voudrez bien, Monsieur, retenir l'adresse de ma maison et me confier, au besoin, vos intérêts pour toutes les transactions délicates. Ma maison est organisée de façon à ce que le plus strict incognito soit garanti à ma clientèle.

Daignez agréer, Monsieur, l'hommage de mes salutations respectueuses et dévouées.

Rue.... N»

Ce qui est plus curieux que le style de ces circulaires, c'est la position sociale des personnes auxquelles elles sont envoyées. En général, les agences interlopes qui fournissent des adresses aux tenancières de premier ordre, relèvent, dans l'Annuaire des Châteaux, les adresses des messieurs riches qui ont un domicile à Paris; et c'est au moment de la rentrée de la campagne et du retour des eaux que cette propagande s'exerce. La police des mœurs laisse faire; ces maisons sont autorisées, ces lupanars sont officiels.

Il est impossible de parler des tenancières sans dire un mot des sous-maîtresses.

La sous-maîtresse est une servante, qui représente vis-àvis des filles du lupanar, l'autorité de la proxénète, lorsque celle-ci est absente. Elle a la confiance de la directrice de Ja maison. Elle possède les clefs de la cave. C'est elle qui fait payer les clients, auxquels du reste elle ne manque jamais de se recommander en disant : « N'oubliez pas la petite bonne ». Le client donne cinquante centimes, un franc ou deux francs, suivant l'importance du lupanar dans lequel il se trouve : le pourboire de la sous-maîtresse est proportionné au prix de la « passe ». Cet argent, la sous-mattresse le garde ; la maîtresse ne le lui jalouse pas, comme elle fait pour les « gants » des filles. Une sous-mattresse avenante

et économe se met cfe fortes sommes de côté en quelques années. Dans la sous-maîtresse qui est depuis longtemps attachée à la maison, la tenancière vo't sa remplaçante pour le jour où elle se retirera des affaires. C'est ainsi que beaucoup succèdent a leur patronne, envers qui elles contractent des engagements si, le jour où elles prennent la direction du lupanar, elles n'ont pas des économies assez fortes pour payer la clientèle.

Au-dessous de la sous-maîtresse se trouvent de* servantes ordinaires. Ce sont ordinairement de vieille? prostituées usées et décrépites, qui s'estiment heureuses d'avoir cette ressource : elles servent la tenancière et les filles, font les lits, les < hambres et la cuisine, et la plupart des commissions du dehors. Presque toutes sont remarquables par l'amour qu'elles ont pour le jeu, les loteries, ainsi que par leur propension à toute espèce de vices. Elles connaissent admirablement l'art de tirer les cartes, et, dans les intermèdes du service, elles font des réussites aux filles.

Ces servantes de maîtresses de maison n'ont pas cependant ' été toutes des prostituées. Il s'en trouve parmi elles quelques-unes de très honnôles, et que la misère, le défaut absolu de place et de ressources ont mises dans la nécessité de prendre ces conditions; mais celles-là sont le plus petit nombre, et, sitôt qu'elles ont l'occasion de quitter leur place, elles ne la laissent pas échapper.

La police exige que ces sous-maîtresses et ces servantes subissent la visite sanitaire, tout comme les filles, du moins tant qu'elles sont jeunes et passables.

Dans quelques maisons, il y a aussi un, deux ou trois domestiques mâles pour y faire tous les gros ouvrages.

Ce serait une erreur^de croire que ces domestiques ont les filles à leur disposition pour la satisfaction de leurs caprices; ils sont tenus en grand mépris par les prostituées, qui se considéreraient comme presque déshonorées si elles se lais-

Baient toucher par eux. L'orgueil bete cres prostituées et, au surplus, constamment excité par les tenancières, qui ont tout intérêt à retenir de toute façon ces filles sous leur dépendance. Elles les entourent d'illusions, elles les enivren en quelque sorte, et en font l'instrument de leur richesse, jusqu'au moment où elles les livreront au dernier degré de ■.'infortune et de la misère, en les expulsant de leur établis— jement sans leur donner seulement de quoi se vêtir.

La majorité des servantes de lupanar, sont, ai-je dit, des vieilles prostituées qui ne sont plus bonnes qu'à cirer le parquet, faire les lits et laver la vaisselle; mais les tenancières, quand elles ont le choix, prennent toujours une domestique honnête de préférence à une ancienne fille d'amour.

A un moment donné, ces vétérans de la prostitution demandèrent à la préfecture d'imposer aux tenancières que le service des lupanars fût fait par elles seules, à l'exclusion des servantes ordinaires; mais les maîtresses de maison jetèrent les hauts cris et protestèrent de toutes leurs forces contre cette prétention. Elles firent valoir que les vieillesprostituées ont tous les défauts inhérents à la prostitution, sans aucune qualité des domestiques ordinaires, et que, loin de leur être utiles, elles seraient, au contraire, pour elles un ennui et un embarras. Les prostituées, ajoute M. Poirat- Duval, arrivées à l'âge où elles ne peuvent plus ni se prostituer ni travailler, n'ont d'autre asile que la prison où elles demandent à rester en hospitalité, et on en trouve toujours à ce titre un certain nombre dans les maisons d'arrêt ou de correction.

Mais, puisque le proxénétisme est l'exploitation de la prostituée sous toutes ses formes, faut-il en conclure que toutes les tenancières s'enrichissent? — Non. — Nous avons su plus haut qu'il y en a qui font faillite. Ce sont celles qui

ont des amants avec lesquels elles vivent, qu'elles attirent dans leur maison et qu'elles y laissent boire et manger tout à leur aise.

Par contre, les tenancières qui conduisent bien leur affaire amassent des fortunes vraiment considérables. Le gain des maîtresses de maison est varié à l'infini, mais il est toujours élevé; quelques-unes réalisent par jour un bénéfice de plus de cinq cents francs. Dans les établissements les moins achalandés, chaque prostituée rapporte à la tenancière de dix à quinze francs par jour.

ïl est juste de dire que ces gains sont subordonnés à la prospérité générale du pays. Qnand les affaires sont dans le marasme, les lupanars ne marchent pas. En revanche, lors des expositions qui amènent à Paris des foules de provinciaux et d'étrangers, les maisons publiques sont d'un excellent rapport.

Quant au chiffre des fortunes avec lesquelles les tenancières se retirent, Parent-Duchàtelet l'estime ainsi :

« Beaucoup de ces femmes, après quelques années d'exercice, quittent le métier avec cinq ou dix mille francs de rente. Il n'est pas rare d'en voir qui amassent jusqu'à vingt mille francs de revenu; quelques-unes vont à vingt-cinq et trente mille. Ce n'est pas toujours dans les beaux quartiers ni dans les maisons les plus opulentes que se font ces brillantes affaires. C'est souvent dans les rues borgnes que se rencontrent ces chances de fortune. Je tiens d'un notaire qu'il trouva, par la liquidation d'une maîtresse de maison, habitant une rue infecte, près d* la caserne de l'Ave-Maria, qu'elle y avait gagné en peu d'années de quoi acheter quatre maisons dans Paris et donner en outre soixante mille francs à sa fille, qu'elle maria à un ancien officier de la garde impériale, lequel avait acquis sur les champs de bataille la décoration de la Légion d'honneur. J'ai trouvé dans les archives de la préfecture des notes sur un sale tripot de la rue

de la Bûcherie (quartier Haubert), dont la maîtresse avait acheté plusieurs maisons au centre de Paris, une entre autres très jolie, dans la rue Marbeuf (Champs-Elysées), qu'elle destinait à sa retraite.

« Ne soyons pas surpris, d'après ces détails, que l'on puisse vendre un fonds de maison de prostitution, comme on vend une charge de notaire ou d'avoué. Ces fonds valent souvent de quarante à soixante mille francs. C'est à ce dernier prix qu'a été cédée, à ma connaissance, une maison de la rue de la Tannerie, derrière la place de l'Hôtel— de— Ville. Cette valeur excessive tient à la permission de débiter de la bière, des liqueurs, du vin, autorisation que la police accorde à ces lieux mal habités. On fait payer aux habitués beaucoup plus cher qu'ailleurs; on gagne sur les marchandises et sur les femmes; souvent même, dans ces bouges, les filles ne servent qu'à attirer les consommateurs. »

Les maisons dites comme il faut, à l'exception pourtant de celles tout à fait de premier ordre, ne se vendent jamais autant.

MM. Trébuchet et Poirat-Duval disent de leur côté :

« Quelques maisons de tolérance de première classe se sont vendues aussi cher que des charges d'avoué ou de notaire à Paris. Ces mutations assez fréquentes ont produit au fisc, pour quinze des plus importantes, une somme de 17,786 francs. »

Lorsqu'elles sont ainsi devenues riches, les tenancières se retirent en général à la campagne, dans leurs terres. Elles cachent avec soin l'origine de leur fortune. On en a vu quelques-unes qui, sur la fin de leurs jours, prises subitement de honte ou peut-être même de remords, pratiquaient avec zèle la bienfaisance, espérant sans doute purifier ainsi leur richesse si ignominieusement acquise.

Parent-Duchàtelet nous donne quelques détails sur « ce que font et ce que deviennent celles d'entre les maîtresses de

maison qui sont assez heureuses pour faire fortune et quitter leur métier. »

« Quelques-unes se retirent, dit-il, dans de jolies maisons de campagne, aux environs de Paris, et, par un reste d'habitude, elles en font le rendez-vous des amants opulents qui, sous le titre d'amis, paient secrètement la table et les défraient largement de toutes les dépenses. Je pourrais nommer un joli village où se trouve une de ces enrichies : celle-ci ne reçoit en apparence que la bonne compagnie; elle donne largement aux pauvres et se charge de toutes les quêtes qu'il faut faire pour eux; elle a épousé dernièrement, en secondes noces, un homme décoré, de bon ton et de bonnes manières et s'est présentée à l'autel en habits blancs, avec tout l'extérieur de la vierge la plus chaste.

« D'autres vont s'établir plus loin et se mettent à faire valoir de petites propriété.; rurales, acquises par leurs économies.

« La majeure partie de ces femmes, hors d'état de rester sans travailler, se contentent d'une profession plus relevée que celle qu'elles avaient, et qui les fait rentrer dans la société : elles fondent des estaminets, des cafés, des restaurants; elles ouvrent des maisons de nouveautés, de mercerie, de lingerie, tout cela suivant la position de leurs maris et suivant l'industrie et le talent qu'elles avaient auparavant.

« Beaucoup enfin se retirent dans leur pays et disparaissent complètement.

« Le sort d'un grand nombre de maîtresses de maison est de vivre et de vieillir dans leur métier; près de la moitié n'ont pas d'autre destinée. J'en ai acquis la preuve par les demandes d'autorisation, dans lesquelles il est souvent spécifié que c'est pour succéder à Mm0 N..., qui vient de décéder. J'ai vu le marché fait par une maîtresse de maison, âgée de soixante-huit ans, estropiée et sans soutien, avec une fille

intelligente : il y était dit que la vieille fournissait le fonds, à condition qu'elle serait logée, nourrie eL soignée, acec toute l'attention et tous les égards possibles, par la nouvelle dame, et cela jusqu'à sa mort. Combien d'artisans honnêtes, combien d'honorables marchands se trouvent-ils dans le même cas, après avoir travaillé toute leur vie?

« Parmi les femmes qui s'élèvent au rang de maîtresses de maison, plusieurs, soit par défaut d'ordre et d'intelligence, soit par toute autre cause, ne réussissent pas. On les voit sans cesse passer d'une maison à une autre, quitter an établissement ancien pour en former un nouveau dans un quartier différent. Dans l'espace de quelques années, elles changent ainsi de demeure cinq, six, huit, et jusqu'à dix fois; elles courent après la fortune, et la fortune les fuit. Ce sont ces femmes qui font des banqueroutes et disparaissent, en fermant simplement la porte de leur demeure. En prenant la gestion d'une maison, elles ont trop présumé de leurs forces; elles sont semblables à ces maîtresses de maison retirées qui ouvrent des boutiques dans lesquelles elles se ruinent, et sont alors obligées de revenir à leur ancien métier, heureuses encore si elles peuvent le retrouver; car leur déconfiture est quelquefois si complète, qu'on en a vu clans la nécessité de redevenir simples prostituées ou simples servantes dans les lieux mêmes où elles avaient été patronnes. »

S il

COURTIÈRES ET PLACEUSES, COURTIERS ET PLACEURS

Toute fille de lupanar étant une marchandise, la prostitution officielle est un commerce qui a ses voyageurs.

Cette profession est encore reconnue par la police dite des mœurs qui la trouve toute naturelle. En général, ce sont des femmes qui s'y adonnent La préfecture les connaît et

les désigne sous le nom de « courtières de prostitution »; c'est le terme adopté administrativement. La police dite des mœurs prétend que ces courtières lui rendent des services; elle les autorise à voyager pour cette malpropre industrie, à la condition qu'en cas de besoin elles feront connaître, à la préfecture, le refuge des fdles qui, dégoûtées de la prostitution, quittent furtivement le lupanar et disparaissent.

Ainsi, c'est bien entendu : une fois inscrite sur les registres de l'administration, une fille n'a plus la libre disposition d'elle-même ; elle ne peut reprendre une vie de travail et d'honnêteté que si ia police dite des mœurs le veut bien; et, si elle s'échappe croyant qu'elle s'appartient, la préfecture a les courtières de prostitution qui sauront bien la découvrir dans l'atelier où elle se sera réfugiée!...

Ces courtières et placeuses font leur métier pour leur compte, c'est-à-dire qu'elles vivent des commissions qui leur sont allouées par les maîtresses de maisons à qui elles procurent des filles. Il y a aussi des courtiers et placeurs qui voyagent de même; mais ceux-ci sont généralement des amants do tenancières, et ils ne s'occupent que du lupanar dans lequel ils ont des intérêts directs.

Des filles de lupanar connaissent les adresses des placeuses et elles s'adressent souvent directement à elles par la poste pour leur demander un changement de maison. Voici une série de lettres que j'emprunte au docteur Jeannel, qui déclare en avoir les originaux sous les yeux; ces lettres feront connaître le style des prostituées des maisons officielles et quelques détails de leurs mœurs. J'en respecta l'orthographe.

Madame

Je vous envois ma fotographie pour que vous me plassiez. Je doit 400 fran. Jai du linge et de la toilète. Je crois convenire, ainsi madame je vous enprie taché de me plassais

rie suite dansnimporte quelle ville ecsaipté dans une maison a un fïan. Plassais moi de suite vous serais bien récompensais car je mennuis à Chattelleraut. Faite votre possible pour me plaissais de suite ennatandan votre réponce ou votre présancë je vous salue.

Ernestine chez Mme G., Rue P., à Chattelleraut.

(Suscription) A M"e... placeuse, rue... n°..., à...

Madame comme je désir quitter Potliers si vous avais besoin d'une dame je pence vous convenir jai de la toilette du linges je doit la somme de 050 f. je suis grande brune j'ai 21 ans je vous salue.

Rachel

chez Mm<! L...

(Suscription)

A. Mme..., placeuse de femmes, rue... n0..., à...

Madame

Je vous écris ces quelques mots pour vous prier do me faire partir le p'utôt possible je suis à Libourne chez Mme L'aimable je dois 385 francs mais j'ai dequoi répondre de la somme qu'on m'avancera j'ai une belle toilette de ville j'ai toilette de salon et du linge, mon âge est 22 ans tachez de me faire partir le plutôt possible si à Poitier il y avait besoin de dames j'irais de préférance que n'importe où.

Je comte sur vous votre commission vous sera payée sa valeur.

Recevez madame mes salutations.

Mon adresse est chez M. L'aimable, rue.., à Libourne.

(Suscription) A la placeuse La jambe de bois, rue... à Rordeaux.

Madame Je vous envois ma fotographie ce poure que vous me plassiez comme poure Ernestine je do't 450 fran jais due

linje et de la toiléte je suis sûre de convenire l'ayan toujours été. Auci madame je vous enprie taché de me plaissais de suite nimporte que'Ie vile sa m'est égal!e pourvue que ce ne soi pas une maison à un fran vous serai bien récompansé ainsi plassais moi de suite si vous ne pouvais pas me plassais soier assez bone de me renvoier mon portrais car je nais que celui sie poure écrire mais faite votre possible poure me plaissais de suite ennattendan votre arivé ou toutomoin une réponce je vous salue

Valantine chez M"" £..., rue P..., Chatelleraut

Ma chère C,

Ce que je vous ai dit n'est pas une blague. Je veux partir le plus promptement possible. Ainsi occupez -vous de me placer immédiatement, n'importe où. Vous savez ce que je dois, il est inutile que je vous le dise.

J'attends voire réponse avec impatience. Venez me chercher ou répondez-moi afin que je sache à quoi m'en tenir.

Je vous salue.

Thérèse

En venant me prendre, portez une malle pour que j'y mette mes affaires.

Madame C,

Je me permets de vous écrire cette lettre pour vous prier de me placer dans Bordeaux, c'est Maria qui ma donné votre adr. sse. — Je suis assez belle femme, châtaine, et je peux me flàter que j'ai toujours convenu à tous le monde. Je dois 260 fr., voilà, touf. — Si vous ne pouvez pas me placer dans Bordeaux, si vous connaissais à me placer clans ces environs j'irai, car je m'ennui trop ici; ainsi si vous venez me chercher, je paierai ce qu'il faudra et vous serai contante de moi.

J'attends une réponse au plus vite. Mathilde

chez Mmo A..., rue.., n0..., Agen.

Madame,

Je désirais entré dans une maison convenable où l'on puisse m'avancer 400 fr.

Ne nous ayant vus qu'une seule fois, vous ne devez pas me connaître, c'est donc pour cela que je me crois obligé de me faire connaître à vous, avant que vous me rendiez le petit service que j'attends de vous.

Je suis la petite qui était chez Blanche et que vous avez présentée chez la Marquise.

Le lendemain ayant trouvé l'occasion de retourner à Paris je suis partie. Je me rappelle que madame Quorrentin m'avait envoyée chercher par vous, et voulait rembourser de suite ce que je devais à Blanche.

Je connais aussi une de. mes amies qui partirait bien avec moi, seulement elle doit 500 fr., si vous pouviez la placée elle vous serait très reconnaissante, c'est une belle femme brune, elle a 21 ans et moi 18.

J'espère Madame que vous ferez pour nous ce qui dépendra de vous et vous aurez droit à toute ma reconnaissance.

J'ai l'honneur de vous saluer L.

Rue des Martyrs, n°... Paris.

Réponse le plus vite.

P.-S. — Nous n'avons pas de linge.

Monde Marcant samedi 12 avril.

Madame J'ai reçu votre lettre vous me demandé si je connai bayonne et bordaux je ne conai ni lune ni lautre soyé asser bonne poure venir me serché toute suite.

Si vous recevé une lettre du monde Marcan ou l'on vous dire te pas venir nous serché ne croyé pas cela, car ont ne veux pas que nous partion, mes si ont vous refuser la porte allé serché un commiser — je vous atant toute suite et vous salut.

Adrienne.

Le plus souvent les maîtresses de maison s'adressent elles-mêmes à la placeuse.

Voici quelques-unes de leurs lettres qui feront connaître l'intimité de leur odieux commerce et en même temps quelques traits singuliers du caractère des tenancières.

Mme A. SI. écrit comme la plus honnôle bourgeoise : Madame,

J'ai appris par une dame qui est chez moi, que vous étiez placeuse ; si vous vouliez être assez bonne pour m'en procurer quelqu'une, qui 113 dut pas grand'chose, vous me rendriez service de me l'écrire.

Nous sommes ici dans une petite ville, et nous ne pouvons pas faire partir les femmes lorsque nous le voulons, n'ayant pas de placeuses, ce qui fait que l'on ne peut faire de trop grosses avances.

Si vous pouviez trouver des grisettes assez gentilles, cela surtout m'accommoderait.

J'ai l'honneur de vous prier de me répondre, pour oui, ou pour non, en vous disant que j'aurai soin de payer votre commission.

J'ai l'honneur, Madame, de vous saluer.

rue D..., à Montauban

(Tarn-et-Garonne).

Pour remettre à Mme..., celle qui a la Jambe de bois.

Madame,

Je vous serai obligé de voir si vous ne trouverez pas quelques daines qui voudraient venir à Montpellier. Je sais d'avance que si vous voulez vous en occuper vous me trouverez mon affaire. Du reste, je ne serai pas ingrate.

Trouvez-m'en qui ne doive pas grand chose, grisette ou femme de maison. Accompagnez-les à Montpellier, et je m'arrangerai avec vous à tant par femme, — votre voyage payé allé et retour, bien entendu.

Je pourrai vous en prendre trois ou quatre par mois; si en trouvez, faites-le-moi savoir, et vous n'aurez qu'à vous présenter à la gare de Bordeaux; on vous délivrera des billets jusqu'à Montpellier sans que vous avez besoin de rien vous occuper.

Je compte sur vous comme vous pouvez compter sur moi; faites-moi connaître aussi combien vous voulez par dame.

Je vous salue. A...,

rue C..., n°..., Montpellier.

(Suscription) M™6 C..., placeuse, rue..., n\.., à Bordeaux.

Ma chère C,

Je vien vous prier de me trouvée deux ou trois femme, autant que possible plus tôt grande que petite, et surtou san dettes. Si elle non rien à se mètre sur le dos sa mest égalle si a ne veulle pas san déter je leur prétrée des eiïait pendan les faites et elle pourron gagnée baucoup dargen car nous alon avoire des faites comme nous en avon jamais eu a Potiers, ainsi ma chère C... je compte sur vous pour me rendre ce petit servisse necreigné rien je vouspairaijeuneureuseman que votre homme aile dans les balle et vous de votre cotée faite ce que vous pouvé les faite commance jeudi.

Je vous recomande la visite.

Ainsi je compte sur vous et surtou sen dette je ne veu rien avoir a déboursé.

Répondez moi de suite si vous pouvez le faire oui ou non.

Dans votre réponse vous me direz si M. Firmain tien toujour vous mamenerez les femme vous maime dite bien des chose à Louis et le prier de vous donnez un petit coup de main ils ne si refusera pas.

Je suis en nattendans votre réponse et le plaisir de vous voire.

Lucie.

Madame,

Si je ne vous aie pas répondu plutôt c'est que j'étais à la -campagne, ce n'est qu'à mon retour que j'aie pu vous répondre. Voici se dont j'aurait besoin; une ou deux dames Jolies ni trop grandes ni trop grosses devant le moins possible et ayant un extrait de naissance de 21 ans.

Voyez si vous avez ce que je vous demande et si nous sommes contentes l'une et l'autre mon intention serait de faire de longues afaires avec vous.

Vous ferez bien attention surtout qu'elles ne soient pas grosses. Quelles soient bien élancées jolies et quelles ne doivent pas trop. Quand vous serez ici et que nous aurons fait affaire une fois, vous n'aurez que suivre les instructions que je vous donne, accompagnez les desuite et je vous payerai votre commission et votre voyage.

En atendant votre réponse je vous salue cordialement.

Madame Je vous prie de tachez de me trover quelque femme assez passable un peut belle femme si vous pouviez men découvrir quelqune qui ne doive pas beaucoup je partirais toute suite pour aller la chercher réponse désuite.

Rue V..., n°..., à Limoge.

Je vous salue damitié.

On correspond aussi par télégramme. La traite des blanches n'a rien de caché pour l'État.

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