‹ La corruption fin-de-siècleChapitre 13 sur 39 · C..., rue B..., 30, Bordeaux · texte numérisé non relu

C..., rue B..., 30, Bordeaux

Madame C..., 30, rue B..., Bordeaux.

Préparez vos dames je pars ce soir de Marseille. Réponse payée.

La Baronne Rue..., n0..., Marseille.

Souvent tes maîtresses de maison ont un amant en titre avec lequl elles vivent quasi maritalement et qui s'occupe de ces sortes de transactions. C'est entre lui et la courtière que s'échange la correspondance. En voici quelques spécimens. Les chefs d'une honnête industrie ne s'exprimeraient pas autrement.

Rayonne, 29 mai.

Madame,

Veuille m'excuser si je n'ai pas répondu plutôt à votre lettre, je n'étais pas à la maison lorsque votre lettre m'est arrivé vous me proposé des dames, je suis bien fâché de ne pouvoir accepté vos offres mais dans ce moment j'ai 10 dames.

Si d'ici 15 août vos dames ont toujours les mêmes intentions sois de venir chez nous écrive moi. En attendant le plaisir de vous voir je vous salue.

Louis.

Madame Alice

Depuis le commencement de l'épidémie qui fait beaucoup de victime à Marseille je me suis vu forcé de venir métablir à Montpellier.

Je nai pas l'honneur de vous connaître mais un de mes bons amis de Marseille ma donné votre adresse et en même temps ma chargé de vous dire qu'il me recommandais a vous pour avoir des dames.

Surtout quelles soient dans de bonnes conditions, c'est à dire 20 ans passée et quelles soient porteur de leurs cartes ou passe-port, si elles sont au dessus de 21 ans il m'en faudrait de 6 à 7, jeunes et belles.

Croyez madame Alice que je ne serez pas ingrat et que vous serrez content d'avoir fait ma connaissance à cet effets soyez assez bonne pour m'honorer dune réponse et aussitôt que je l'aurai reçu je partirai dessuite daprès vos informations.

Voilà mon adresse Monsieur Gagolle, rue P..., n°..., Monpellier.

J'attend une répons lundi 26 courant.

(Suscription.)

Madame^Alice, placeuse de femmes, rue B..., n»..., Bordeaux.

Montpellier, 25 novembre.

Pardonnez moi madame C..., si j'ai tardé à vous écrire, en voici les motifs. Monsieur Cidet — mon propriétair était absent de puis 1 mois environ — ce qui m'a empêché de vous écrire — seulement je vous donne ordre, que si vous avez deux femmes dans les conditions suivantes vous pouvez les amenérs, voici article Ie un acte de naissance portant 21 an.

Pour ces deux femmes M. Cidét sangage à vous donner

40 fr. comission — nette il serait aussi content — que vous les accompagné, vous môme il est entendu qu'il ne veut pas payer pour chaque femme plus de 400 fr. chaque — il est aussi bien entendue que votre voyage et en plus de la comission surtout choisissez de perferance des grandes femmes.

Voilà bien entendue pour M. Cidét. Pour quant à moi maintenant qui suis son locataire et qui a une maison secondaire à la sienne trouvez moi deux femmes qui ne doivent rien que leur voyage et quelques petits fraies indispensable à une femme je vous saurais grès de me les amenérs — dans tous les cas faites votre possible pour preuve vous pouvez mettre le tout sur rembourssements si votre position ne vous permet pas de venir les accompaguer vous-mêmes. Voilà madame C, les conditions que ce me semble sont acceptable du reste ma lettre peut vous servir de titres dans l'attente d'une réponse.

Recevez madame mes salutations

Gagolle Rue P..., Montpellier.

Il est bien entendue que sur les deux dames qui sont destinées pour M. Cidet une seras pour la maison de Lyon. — rue L..., 12 — une des plus belle maison de Lyon — faite» en votre profit.

Nous attendons une réponse par le retour du courrier.

Madame

Je repond a votre lettre a laquelle vous me dite que vous avez à Bordeaux plusieur dame très jolie dite moix par retour dus courié conbien vous pouvez man donez dite moix aucie combien quelle doive il faux quelle soir jolie qui an et plusieur et quelle ne doive pa des trops forte some car vous savez que le voliage de Bordeaux à Lyon il coûte très cher se qui ogmente vite les dette dune famé emedite par retour dus courié si vous avez pour mon voliage je me métrés en route aucitaux votre réponce lâchez que jait votre lettre lundit car j'arive de voliage et je sui oubliger de repartir nous manquon de damme dans se moman si vous pouvier an avoir une ou plusieur coifé au foulard cela ne me déplérés pas.

An anatandant votre pronte réponce recevez mes respecte

an pressé.

Leroy rue de M..., à Lyon (Rhône).

Ma chère C...,

Je vous prie de mescuser si je ne vous ais pas écrit, plutôt. Mais jai us tend de désagréman avec les deux femmes que j'ai emmené il est bon de vous dire quand arrivant Léontine a été arrêté à la visite elle na pas encore commencé a faire son commerce et je crois quelle ne la feras pas de longtems car elle est dans un étas pitoyable, il lui sort du mal de partout, enfin vous pouvais dire à madame Pépe qu'elle a bien su jouer son rolle pour matrapé mon argeant.

Tend qu'a Célina elle a mal au né et je ne peu la presanter a personne, car sa la défigure totalement, ainçi vous voyez que d'après un aussi bon voyage on ne peut pas être bien oontand.

Vous pouvais dire à la bonne de madame Pépe, que si Léontine lui dois trois frans soiçente quinze quelle ce les fasse donner par sa maîtresse de maison, qui a assé gagné sur elle, tend qu'a moi je trouve que je lui ais assé fais d'avance et je nen ferais pas davantage pour tend qu'a vous je ne vous en veu pas car je crois qui ni a pas de votre faute, je vous ranvoi par la poste les ving frans que vous mavais prêté et ving frans pous votre comission il faut espérer qune autre foi nous auron plus de chanse.

Ma femme ce joint à moi pour vous dire bien des chosses vous dire bien le bonjour à Chéri pour moi ainsi qua Armant.

Je vous salue. Adolfe.

Ce serait cependant une erreur de croire que toutes les femmes qui entrent au lupanar y sont amenées par les courtières de prostitution. Il est quelques jeunes filles, — exceptions heureusement rares, — qui sont assez perverses par instinct pour écrire directement aux maitresses de maison dont elles réussissent à se faire donner l'adresse et à qui elles demandent d'être admises dans leur établissement.

Voici, par exemple, une lettre écrite à une tenancière de Bordeaux par une toute jeune fille du Havre, qui n'avait jamais été en maison, ni même en carte très certainement ; cette malheureuse, grâce à de mauvaises fréquentations, a appris l'existence des maisons de tolérance, et elle vient d'elle-même s'offrir, établissant son prix, se faisant valoir, traitant sans intermédiaire le marché dont elle est la marchandise.

Madame,

Ayant entendu parler de votre maison et désirant entrer chez vous je viens moffrir Jai 15 ans 1/2 je suis jolie beaux cheveux belle dent je suis bien faite j'ai la peau très blanche et pas une tache sur le corps si vous voulez menvoyer quelqun du paquebot de Bordeaux pour renseigner si les détai les que je vous donne sur moi sont exactes.

Je nai pas de linge et j'ai besoin avant de partir de trois cent francs. Si je puis vous convenir après vous "avoir été renseignée vous me ferez prendre chez moi par quelqun qui me conduira chez vous et à qui vous remetterez cette somme, je suis brune.

En attendant votre réponse je vous salue.

A. Lettelier boulevard St-Adresse, n0..., au Havre.

Réponse tout de suite (Suscription)

Madame R..., maison de tolérance, rue de..., près de la rue Judaic, Bordeaux.

Les courtières s'occupent aussi du placement des sousmaîtresses. Voici, à ce sujet, une lettre fort démonstrative adressée par une maîtresse de maison à une placeuse :

Montauban, 23 juillet.

Madame,

Si je ne vous ai pas répondu plutôt, cest que je me trouvais hors de chez moi, vous me dites que vous mavez trouvé

une sous-maîtresse; vous me demandez les conditions; elle aura les étrennes qui vont dans le mois à 40 fr., et quelquefois plus; il faut quelle fasse les commissions et les chambres des dames. Je lui paierais son voyage pour venir, et dès quelle sera arrivé je vous enverrais votre commission.

Celui, qui me tient les comptes était malade et depuis l'autre foi que je vous ai écrit je ne pouvais quitter la maison, je me trouve avec 2 femmes. Lorsque je l'aurais mise au courant. Si elle vient, je ferai en sorte d'aller à Bordeaux. Mon adresse est à madame M..., rue D..., n»..., à Montauban Tarn et Garonne.

J'ai l'honneur, Madame, de vous saluer.

Quelquefois le placement des sous-maîtresses se traite directement entre les intéressées. Voici une lettre adressée par une tenancière à une fille qui lui avait fait demander de l'engager comme sous-maîtresse :

Mademoiselle,

Monsieur A... m'a fait part de vos intentions, voilà les conditions qu'il yak remplir chez moi.

Vous me donnez tous les jours en me rendant la recette 2 francs, vous êtes obligée de brosser tous les soirs les salons. En un mot, il faut travailler, vous pensez bien Mademoiselle si je fais donner 2 francs c'est que je sais ce que gagne les sous-maîtresses chez moi, et je suis raisonnable avec les employés, je tiens à ce que les sous-maîtresses soient très aimables et polies avec les Messieurs, ainsi qu'avec les Dames.

Du reste si mes conventions vous convienne je vous mettrai au courant de la maison, et vous pouvez partir sitôt ma lettre reçue.

Avertissez-moi par lettre où dépèche.

Agréez Mademoiselle mes sincères salutation.

Mm8 Constant Rue A..., n°..., Toulouse.

Les courtières de prostitution sont généralement des femmes entre deux âges, vivant avec un at^nt, lequel est

un ancien souteneur de lupanar qui a mis sa maîtresse au courant de ce qui se passe dans ces maisons. Il en est très peu qui aient été filles en carte; c'est purement et simplement un métier qu'elles exercent; elles voyagent pour la chair à plaisir, comme d'autres pour la bijouterie ou la parfumerie.

C'est presque toujours dans les lupanars qu'elles se rendent pour se procurer des femmes. Cependant, quand une tenancière leur demande avec instance des filles pour lesquelles il ne devra rien y avoir à payer, elles vont faire leur raccolage à la porte des hôpitaux et des prisons, guettant les malheureuses qui sortent de là sans espoir de trouver une place quelconque, choisissant les moins laides et leur faisant ressortir tout l'avantage qu'elles auront à entrer dans une maison de tolérance. Il en est peu qui ne se laissent pas tenter. La sortie des hôpitaux et des prisons est comme un étang où la courtière jette ses filets à coup sûr.

Quant aux courtiers et placeurs, j'ai dit que ce sont toujours les amants des maîtresses de maison. Ceux qui vivent avec des tenancières dirigeant des lupanars de. premier ordre opèrent avec Un véritable raffinement. Ils voyagent en amateurs et se lient avec les cocodettes rencontrées en wagon ou au restaurant; ils entament la connaissance des filles de brasserie, et, doués d'une adresse merveilleuse, ils réussissent presque toujours à les amener dans leur propre maison de tolérance, après en avoir usé pendant quelques jours. La tenancière, clans ce cas-là, ne se montre aucunement jalouse : sitôt entrée au lupanar, la fille n'a plus aucun rapport avec le souteneur qui l'y a conduite.

A Paris, la réunion habituelle des courtiers en viande humaine est à l'entresol de deux restaurants situés à côté de la porte Saint-Denis. L'endroit m'ayant été signalé, j'ai eu la curiosité d'étudier de près ce triste monde, tout en me tenant suffisamment à l'écart.

je vous assure que rien n'est plus extraordinaire que ce que l'on entend là. Ces individus, mêlés souvent à des agents des mœurs à qui ils paient à dîner, tiennent des conversalions véritablement stupéfiantes.

C'est au restaurant intitulé VEcrecisse que je fus. Il y avait là, répartis entre différentes tables, une trentaine de personnages interlopes. Près de la table où je mangeais, se trouvaient groupés huit particuliers s'occupant de la traite des blanches, et, dans le nombre, deux agents de la préfecture; c'étaient ceux-ci qui fournissaient les principaux renseignements.

L'un de mes voisins était un solide gaillard, replet, beau garçon, brun, à figure réjouie, qu'on aurait pris pour le fils 4e quelque grand industriel, s'occupant des affaires de la fabrique de son père; mais les bijoux dont il était ridiculement surchargé dénotaient un parvenu ou un proxénète; son langage trahissait l'ignominie de son commerce. Il avait soin de tenir toujours pleins les verres de ses commensaux, et il était surtout rempli de prévenances à l'égard des deux agents des mœurs, hommes à la physionomie fouinarde. Les cinq autres avaient l'air de cabotins.

Ces gens-là causaient à haute voix de leurs affaires. Le grand brun réjoui élait évidemment l'amant ou le mari de quelque tenancière de premier ordre. Il parlait des femmes en termes ignob'es. Il était d'accord avec deux de ses convives, proxénètes de second ordre, auxquels les autres indiquaient diverses filles, probablement des ouvrières signalées comme déjà perverties. Les agents annonçaient qu'on les mettrait en carte. Trois des dîneurs se chargeaient de les enrôler dans les maisons de tolérance où l'o.i ferait leur apprentissage; c'étaient les lupanars représentés par les deux proxénètes de rang inférieur. Après un stage, ces malheureuses, dont l'avilissement se -traitait ainsi comme une opération commerciale et à leur insu, passeraient dans la

maison du grand brun. Les agents des mœurs détaillaient le physique de ces jeunes filles. Il s'agissait d'une vraie fournée : treize ou quinze, s'il m'en souvient bien. Deux seulement étaient majeures; mais on n'aurait, assuraient-ils, aucun embarras pour les autres.

Au dessert, survint une vieille femme, surannée, avec un nez trognonnant et des cheveux gris frisés en papillottes. Le grand brun lui offrit une chartreuse, qu'elle accepta. Elle apportait une collection de photographies. D'après ce que je pus comprendre, c'étaient les portraits de femmes à ce moment à l'hôpital, en traitement pour maladies vénériennes, mais touchant à leur guérison. Toutes ces femmes apparte naient à des lupanars, dans lesquels elles étaient peu désireuses de rentrer. La grande question en jeu était le chiffre de dettes de chacune. Mais le grand brun ne s'effrayait pas des sommes à débourser; au contraire, il insistait pour avoir le plus de détails possibles sur les filles les plus endettées. Alors, c'étaient des explications à faire rougir un zouave; t ut cela dit avec un sans-façon inouï, de la manière la plus naturelle du monde. La vieille au nez trognonnant con sultait des notes écrites sur un calepin crasseux et énumérail les talents d'alcôve de chacune de ses protégées.

J'en avais asse*. Je payai mon addition, et je partis.

Je partis, avec la certitude que les adversaires de la prostitution officielle n'exagèrent rien quand ils l'attaquent, et j'étais plus que jamais convaincu que, le jour où le gouvernement aura fermé tous les bouges, il aura réellement re conquis sa dignité.

On le voit, le proxénétisme a des ramifications partout. Le recrutement pour les maisons de tolérance se fait même dans les hôpitaux consacrés aux maladies vénériennes. Les proxénètes ont des émissaires qui .les avertissent de ce qui se passe ef, qui leur donnent avis des filles pouvant leur convenir.

Parent-Duehàtelet, — que l'on ne saurait trop citer, puis qu'il est un partisan de la prostitution o.ficielle, — confirme tout ce que je viens d'exposer. Pour donner, dit-il à la maîtresse de maison une idée du sujet nouvellement découvert, les courtiers et courtières la comparent à telle ou telle fille déjà connue ; souvent on avoue qu'elle n'est pas jolie, mais on dépeint d'une manière détaillée les grâces de sa personne ou la tournure de son esprit ; on indique le genre et la classe d'hommes auxquels elle pourra convenir, et les chances de succès qu'on peut avoir avec elle ; on dit quelle est la vie qu'elle a menée jusqu'au moment de son entrée à l'hôpital ; les plus vertueuses sont celles qui n'ont fait que s'amuser avec les jeunes gens de leur pays.

Une prime plus ou moins forte, suivant la qualité du sujet, est toujours la récompense de ces courtières ; elle va souvent à cinquante francs, sans compter un cadeau que l'on fait à la fille en recevant son engagement ; ce cadeau consiste ordinairement en une robe et un chàle, et de plus une gratification de quatre à cinq francs par semaine pendant tout le temps qu'elle a encore à rester à l'hôpital.

Lorsqu'on saura que toutes les filles tant soit peu comme il faut de tous les départements qui entourent Paris ne se font pas soigner dans leur ville quand elles ont contracté une maladie vénérienne, mais qu'elles viennent dans les hôpitaux de la capitale, où elles sont confondues avec les autres malades, on concevra aisément la facilité avec laqnelle le recrutement se fait dans cette classe. Rien n'est plus facile, pour ces domestiques sans place et ces ouvrières en tout genre qui n'ont aucune ressource pour échapper à la faim et trouver un abri au sortir de l'hôpital, que de recourir à la prostitution officielle, qui, toute organisée, leur paraît une garantie pour l'avenir.

Quelques tenancières, plus habiles et plus astucieuses que les autres, ont des représentants en province ; une d'elles

entretenait un commis-voyageur, qui parcourait sans cesse les pays de fabrique et lui écrivait dans un style absolument semblable à celui des femmes qui exploitent les hôpitaux. Dans ces cas, le sujet est expédié, et pour qu'il n'échappe pas, on a bien soin de se trouver à son arrivée, dont un télégramme indique le moment précis.

On a vu certaines maîtresses de maison n'avoir jamais chez elles que des filles de leur pays et qui leur arrivaient toujours directement; ces femmes sont fort dangereuses par la facilité qu'elles procurent aux mauvais sujets de leur endroit de se cacher et de se soustraire à leurs parents.

On observait, il y a quelques années, que certaines tenancières n'amenaient jamais à l'inscription que des filles du même étal : les unes choisissaient des plumassières, d'autres des fleuristes, d'autres des polisseuses ; et, informations prises, on reconnut qu'elles avaient fait elles-mêmes ces différents états, et que c'était par suite de leurs connaissances d'atelier qu'elles se procuraient des sujets.

A la même époque, quelques-unes s'étaient entendues avec ces gens qui font métier de placer les domestiques des deux sexes, et qui couvrent de leurs affiches mensongères tous les murs de Paris. Ces hommes ne manquaient pas de leur adresser toutes les jolies filles qui venaient dans leurs bureaux, et en quelques jours ces malheureuses passaient de la position de domestiques dans la classe des prostituées.

Il est des maîtresses de maison qui exploitent leur métier en grand, qui font elles-mêmes des voyages et parcourent deux ou trois fois par an Rouen, le Havre, quelques villes de Belgique, et particulièrement Bruxelles. Il paraît que, si elles n'ont pas de maisons dans ces différentes villes, elles sont au moins intéressées dans l'exploitation de celles qui y sont; s'il en é:ait autrement, pourquoi feraient-elles passer sans cesse leurs filles d'un point sur un autre, suivant leurs besoins et les convenances de chaque localité ? La fa-

cililé qu'elles procurent à la corruption, en assurant aux jeunes filles d'une ville une retraite assurée dans une autre, rend celte classe de tenancières, heureusement peu nombreuse, aussi dangereuse que la précédente.

Pour démontrer en peu de mots le mal que font les courtières et les courtiers envoyés dans les villes de fabrique, je citerai le fait suivant :

On s'aperçut, il y a quelques années, qu'il arrivait sans cesse de la ville de Reims des filles très jeunes et très jolies, gui toutes connaissaient le nom et l'adresse exacte des darnes de maison auxquelles elles pouvaient contenir. De Reims, du reste, on se plaignit, et l'administration fut obligée de mettre un terme à cette émigration qui pouvaient avoir des suites fâcheuses. Les autorités de Reims réclamèrent, la préfecture de Paris dut prendre les plainles en considération, le bureau des moeurs fut obligé de céder, et l'on renvoya la plupart de ces débauchées dans leur ville natale. Pour paralyser cotte mesure, les courtiers cessèrent de diriger sur Paris leurs victimes, mais ils les firent passer par Rouen, par Versailles et autres villes voisines.

La bonne nourriture, les bons traitements, les habits somptueux, sont en général le meilleur moyen qu'une maîtresse de maison puisse mettre en œuvre pour attirer chez elle une foule de filles qui, de l'état de libertinage privé, veulent passer à celui de prostituées inscrites ; les tenancières font de cette manière à leurs maisons une réputation qui, se transmettant de bouche en bouche, leur attire plus de sujets qu'elles n'en veulent.

La dernière classe des maîtresses de maison, hors d'état de recourir à ces manœuvres, envoie des émissaires dans les prisons ; souvent môme elles se contentent de rester à la j^rte de la prison au moment de la sortie et d'y attraper celles des femmes qui leur conviennent; elles sont également connues, et voient affluer dans leurs établissements toutes

les filles de bas étage, qui ne pourraient se placer ailleurs.

De tout ce qui précède, il résulte une preuve nouvelle de ce que les abolitionnistes soutiennent : savoir, que la réglementation de la prostitution étend le mal au lieu de le restreindre. La seule existence des courtières et des courtier» suffirait à" le prouver.

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