‹ La corruption fin-de-siècleChapitre 20 sur 39 · CONCERNANT LES FILLES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

CONCERNANT LES FILLES PUBLIQUES

par le beau Théodore Cancan

Je tombe à vos ::enoux!

Ah! je vous en supplie, ayez pitié de noue' (Victor Hugo, Hernani, acte V, scène it.) Imprimerie de David,

4, boulevard Poissonnière.

Afin de donner au lecleur une idée do cet étrange document, j'en transcris quelques passages :

o Un marlou, Mousieur le Préfet, c'est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bie;i, dansant le chahut et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers éminents (sic), sachant les faire respecter et les forcer à se conduire avec décence, oui, avec décence, et je le prouverai. Vous voyez donc qu'un marlou est un être moral, utile à la société ; et vous venez les forcer à en devenir le fléau, en forçant nos particulières à limiter leui commerce dans l'intérieur de leurs maisons...

« Avec votre ordonnance, qu'allons-nous devenir? Je n'en sais rien, car tjous avions nos occupations. L'argent que nos dames nous donnaient pour nous éloigner de chez elles, afin que nous ne puissions nuire à leurs petites affaires, nous le versions chaque soir selon nos goûts et nos habitudes. Charles allait chez Constant, à l'estaminet de la rue Favart, et lisait son journal ; car on peut être marlou et aimer les nouvelles. Auguste allait jouer à la poule, en fumant son cigare. Ernest faisait sa partie chez la marchaade de vin du. coin. Alexandre, qui a le goût de la danse, no manquait pas d'aller les dimanches, lundis et jeudis, au bal de Paris, et les autres jours de la semaine dans les bals extra muros.

« N'allez pas penser que je sais le latin, non vraiment : je n'en ai fait aucune étude, et on peut le voir par mon style; mais nous avons parmi nos confrères un j?une homme qui a fait son droit et qui m'a appris ce que cet extra-muros veut dire...

« Paul, surnuméraire dans une administration, pourra-til exister et se mettre proprement, si vous coupez les vivres à celle qui l'entretient? Achille, Alcide, Alphonse, Emile, Camille, Eugène, Lucien, Philippe, Rodolphe, Théodore et mille autres dont je pourrais vous citer les noms, pourrontils, après avoir vécu dans une espèce de luxe, tomber dans la misère ?

« Non, sans doute. Privés du secours do ces dam s, pourront-ils payer le traiteur, le tailleur, le bottier, le chapelier? A combien de corps de métiers ne faites-vous pas supporter

une perte considérable, je ne dirai pas conséquente, car j'ai lu dans le Figaro que c'était un cuir...

« Vous voyez donc bien, Monsieur le Préfet, que tous mes confrères et moi allons être plongés clans la détresse par votre ordonnance, et que je n'exagère pas quand je dis que vous allez créer 50,000 voleurs de plus.

« Que voulez-vous que nous fassions pour vivre ? voler ! Pour nous procurer des vêtements ? voler ! Pour satisfaire même un besoin de nature ? voler !... »

Arrêtons-nous. Cette brochure explique, mieux que je ne pourrais le faire, le rôle des souteneurs auprès de la grande majorité des filles publiques. Mais il ne faudrait pas en conclure que la suppression de la police des mœurs jetterait sur le pavé une quantité supplémentaire de voleurs. Non, certes ; les proxénètes à accroche-cœurs, qui soutiennent les filles en carte, les insoumises du trottoir et les femmes de maisons de bas étage, ne se contentent pas de rançonner, comme je l'ai dit, ces malheureuses, qu'ils appellent leur « marmite » eur « dabe » ; ils détroussent, sans cesse, les passants et assassinent pour s'entretenir la main. Le service des mœurs n'existant plus, la police de sûreté n'aurait plus intérêt à ménager ces malfaiteurs, comme e:ie le fait, et comme je le prouverai en terminant ce chapitre.

Avant de m'expliquer sur ce point, je tiens à citer textuellement l'opinion de M. Lccour sur les souteneurs. L'appréciation de l'ancien chef du bureau des mœurs a son importance.

M. Lecour est un fort honnête homme, très estimé de tous ceux qui le connaissent. Mais il est comme tous ceux qui se sont « endurcis », — si je puis m'exprime? ainsi, — dans la pratique de la police spéciale de la prostitution. Fils d'un ancien gardien de prison, il n'a pas l'âme tendre, et il ne comprend pas le sentiment qui anime les partisans de l'abolition du système actuel. Il trouve que les abolitionnistes

font de la sensiblerie mal à propos. 11 ne voit point des mêmes yeux que nous; il ne peut adaettre la moralisation par l'application du droit commun. Chef de police avant tout, il lui semble que l'arbitraire n'a rien d'excessif.

Ainsi, M. Yves Guyot raconte que, dans une commission du «onseil municipal de Paris, on dit un jour à M. Lecour:

« — Comment ! vous vous permettez dix mille arrestations et détentions par an, on dehors de toutes formes légales?...

« — Quinze mille! » reprit-il, mettant son orgueil dans l'exagération du chiffre.

En faisant connaître l'opinion de M. Lecour sur les souteneurs, on ne pourra donc pas m'adresser le reproche de citer de préférence les auteurs abolitionnistes. Je l'ai déclaré plus haut, c'est surtout chez nos adversaires que je tiens à prendre mes arguments.

« Si la courtisane en vogue, dit M. Lecour, voit autour d'elle une foule d'adulateurs, postulants ou favorisés, touj )urs prêts à prévenir et à. réaliser ses moindres caprices, la prostituée inscrite est, au contraire, livrée par son métier ;i tous les clé lains et à toutes les dominations. Pour un grand nombre d'hommes, courbés dans la vie ordinaire sous le joug d'obligation de travail, d'obéissance et de discipline, la tyrannie d'alcôve est une revancho et une volupté dont ils abusent bestialement. Il y a là pour' les filles en carte un supplice et un péril perpétuel dont le souteneur a pour mission de les affranchir. Il est pour elles un recours possible, soit immédiatement, soit dans l'avenir, une menace de repré- , sailles quant aux actes de violences, un protecteur enfin qui interviendra s'il le faut, et cette considération suffit le plus souvent pour empêcher des actes de brutalité.

« Il ne faut pas perdre de vue, en outre, que ces malheureuses, que rien ne peut mettre en garde contre les intentions criminelles de l'homme qu'elles ont elles-mêmes attiré

dans un tètc-à-tèLe où les précautions et le mystère sem blcnt naturels, sont exposées à des tentatives d'assassinat, dont le vol n'est pas toujours le mobile. On est amené à croire qu'il y a dans le fait de leur solitude qui ies livre défense et dans leurs caresses payées, et dès lors humiliantes, une source de voluptés sinistres que recherehe.it certains meurtriers.

« Quoi qu'il en soit de cette énigme, l'assassinat des filles publiques constitue parmi les crimes une catégorie spéciale.

« On comprend que ces femmes, pour lesquelles la débauche est devenue un labeur, éprouvent, si déchues qu'elles soient, le besoin d'échapper à leur isolement moral, et qu'elles payent aussi chèrement qu'elles peuvent cet homme qui les défend et qui ne les méprise pas.

« Au fond, par cette liaison malsaine où elle apporte les épaves de Sud cœur, la prostituée n'a fait que remplacer les brutalités et les dominations possibles de tous par la tyrannie certaine d'un seul. Jamais nègre sous le fouet du commandeur, forçât sous l'autorité du garde-chiourme, n'aura été plus asservi qu'elle no l'est par cet individu, dont elle rétribue pourtant la protection.

« 11 arrive alors à se produire entre ces deux êtres corrompus et misérables, rapprochés par d'abjectes nécessités, quelque chose qui a les violences de la passion, sans en avoir les tendresses. Ce sont des tolérances impures et des jalousies dépravées.

« Parfois, le souteneur protège, en même temps et de la même façon, plusieurs filles publiques. Parfois aussi, mais c'est l'exception, il se forme entre la fille publique et le souteneur, devenu le chef de leur communauté d'intérêts, une association dont il garde et fait valoir les deniers, et qui a pour ambition d'arriver un jour, par le mariage, à l'exploitation d'une maison de tolérance.

« En thèse générale, le souteneur est le châtiment de la

prostituée qu'il brutalise, pour en tirer la satisfaction de sa paresse et de ses vices.

« C'était jadis un fort gaillard, un athlète, sorte de bouledogue toujours prêt à mordre l'adversaire qu'on lui désignait. Aujourd'hui, c'est un gandin en blouse chez lequel, le plus souvent, l'adresse et la férocité remplacent la force et qui est peut-être plus redoutable que son devancier.

« Autrefois, le souteneur allait quotidiennement dans la maison de tolérance de bas étage recevoir de la malheureuse qu'il opprimait, sous prétexte de protection, l'argent qu'elle prélevait pour lui sur le produit de sa débauche. Maintenant tous deux se ménagent des entrevues et des sorties où ris règlent leurs comptes. (Un souteneur appelle cela : toucher son prêt.)

« S'il s'agit d'une fdle isolée, et c'e3t surtout dans ce cas que sa tyrannie s'exerce sans limites, le souteneur surveille cette femme, la suit dans ses courses, et contrôle ses recettes, dont il se fait remettre la .plus forte partie. Lorsqu'il y a résistance ou débat, il fait scandale et se livre à la violence. Certains d'entre eux spéculent sur la prostitution clandestine. Ils débauchent des mineures, qu'ils contraignent ensuite à se prostituer à leur profit. Dans ce cas, ils font le guet, ch rehaut à dépister les agents et à déjouer leur surveillance. Toutes les fois qu'ils le peuvent, ils dévalisent, en leur cherchant dispute, les pauvres diables que leurs complices ont entraînés dans un bouge ou dans un endroit désert.

« Il y a danger de mort, pour une fille publique, à se soustraire à une dépendance de cette nature, quand elle l'a une fois acceptée. Tout le monde de la débauche payée se tourne contre elle. Si elles réussissaient, d'autres l'imite- » aient, et alors que deviendraient les souteneurs? Les opprimées elles-mêmes crient haro contre celle de leurs compagnes qui manifeste de périlleuses velléités d'affranchissement.

« Certains souteneurs ont des surnoms sinistres. Le vol, le chantage, la sodomie leur sont familiers. On les trouve dans toutes les rixes, dans tous les désordres, et beaucoup finissent par le crime.

« Cet état de choses, engendré par la prostitution, et ce mot est d'autant plus vrai que le contact habituel des fdles publiques a quelquefois transformé en souteneur un jeune ouvrier jusqu'alors laborieux, nécessite, de la part de la police, une surveillance et des mesures spéciales. Il lui faut, là encore, dans l'intérêt de la sûreté de tous, aborder de honteux détails, étudier cette fange, tolérer ce qui est mauvais, lorsque cela ne peut être supprimé sans créer le pire, approprier la répression à la nature des faits et multiplier ses efforts.

a On ne peut songer à interdire absolument les rapports des souteneurs avec les fdles, ce qui serait impraticable, mais on les règle dans ce sens qu'il est défendu aux maîtresses de maison de tolérance de les y recevoir. Les fdles isolées doivent habiter seules; leur cohabitation avec un souteneur est sévèrement punie. En ce qui touche les voies de fait dont les souteneurs sont coutumiers, on s'attache à les faire constater au point de vue d'une répression judiciaire, mais ce n'est pas œuvre aisée, la peur empêchant souvent les fdles de se plaindre. »

Telle est l'appréciation de M. Lecour, ancien chef de la police des mœurs de Paris. Cette appréciation est tellement erronée que les partisans de la prostitution légale euxmêmes la proclament fausse. Le docteur Jeannel, notamment, qui soutient la thèse de l'organisation de la débauche sous le contrôle de l'Etat, ne peut, malgré toute sa sympathie pour M. Lecour, s'empêcher de reconnaître que les souteneurs, au lieu d'être tolérés, devraient être radicalement supprimés.

« Nous devons savoir gré à M. Lecour-, dit le docteur

Jeanne', d'avoir mis franchement au grand jour tout ce qui concerne les abominables pratiques des souteneurs, et surtout l'esprit qui dirige à leur égard la conduite de la police.

« Quant à moi, je n'hésite pas à l'affirmer, la pelice commet une grave erreur lorsqu'elle considère le métier de souteneur comme nécessaire au même titre que celui ue prostituée ; elle se compromet, elle se discrédite aux. yeux des honnêtes gens, lorsqu'elle tolère un pareil métier comme « ne pouvant pas être supprimé sans créer le pire. »

« Je ne vois pas ce qui pourrait être pire que les vols, les chantages, les violences, la sodomie, les crimes dont vivent les souteneurs. Je ne comprends pas ce que la socié'.é gagne à supporter ccê gandins en blouse, ches qui le plus souvent l'adresse et la férocité remplacent la force ; qui extorquent aux. filles publiques la plus forte partie de leurs recettes; qui débauchent les mineures, puis les contraignent à se prostituer à leur profit; qui font le guet et cherchent à dépister les agents; qui, toutes les fois qu'ils le peuvent-, dévalisent en leur cherchant dispute les pauvres diables que leurs complices ont entraînés dans un bouge ou dans un endroit désert; qui enfin sont un danger de mort pour les filles, lorsqu'elles essaient de se soustraire à leur dépendance..

« Pour que les hygiénistes et les administrateurs, pour que le monde des honnêtes gens se résignent à admettre la tolérance d'une pareille classe de scélérats, il faudrait au moins expliquer de quels maux plus redoutables cette tolérance préserve la société.

« Les prostituées n'ont pas droit à d'autres protections que les autres citoyens contre les violences auxquelles elles sont 3xposées. Leur permettre d'avoir à leur solde une espèce de gardien embusqué dans un escalier, c'est un privilège odieux et barbare! Si la police est impuissante à les protéger contre leurs pratiques, eh bien! qu'on renforce la police; qu'on pour-

suive courageusement et sans relâche l'idéal de la civilisation : la sécurité dans la paix et la liberté.

« L'impossibilité de supprimer les souteneurs est de même ordre que celle de supprimer les voleurs et les assassins. Il ^'existe pas de raisons pour excuser et tolérer les uns plutôt - autres. »

Voici donc un des partisans les plus déterminés de la tuliOQ officielle, qui est cependant contre les souteneurs. Ces êtres sont tellement ignobles, que, malgré les affirmations de H. Lecour, le docteur Jeannel persiste à ne pas voir Futilité de la tolérance dont on use à leur égard. Pourtant, le docteur, s'il était logique, devrait, lui, l'admirateur de la police des mœurs, se courber devant la parole d'un de ses principaux chefs.

Si Rf. Lecour, tout en reconnaissant l'ignominie des souteneurs, les proc'ame nécessaires, c'est évidemment qu'il a ses raisons.

— Mais, me direz-vous, ces raisons, il ne les donne pas. je vous répondrai :

— f.'est qu'il ne peut pas décemment les donner.

Eh bien, ces raisons existent; voulez-vous les connaître? Pour vous les dévoiler je n'ai qu'à reproduire, après la citation de l'ouvrage de M. Lecour, un extrait d'un ouvrage d'un autre chef de police.

La vérité, la voici : les souteneurs sont considérés comme dés auxiliaires précieux par la direction de la police de sûreté.

11 suffit de lire les Mémoires de Canler, l'ancien chef de la sûreté, pour être édifié. Canler, moins scrupuleux que M. Lecour, révèle tous les dessous des cartes, nous donne la clef de l'énigme. Les souteneurs jouent, en certains cas, au bénéfice de la police secrète, le rôle de « copieurs », pour emj tloyer le terme de leur argot.

« Le coqueur ou compère de voleur, dit Canler, est un

être méprisable, maisutile à la police pour prévenir le crime ou saisir le malfaiteur en flagrant délit. Il se recrute habituelle ment : 1° parmi les repris de justice auxquels la réclusion a donné à réfléchir; 2° dans les vagabonds ou gens sans aveu, chez qui la paresse, régnant en souveraine, rejette bien loin toute idée ne travail, et surtout le labeur assidu du véritable ouvrier; 3° parmi les êtres ignobles qui, dérouillant toute dignité personnelle, citent aux dépens de la prostitution dos filles publiques; 4° parmi les bohémiens qui, sur les places et autres barrière, exercent le métier de banquistes et de saltimbanques.

« Le genre de vie que mènent ces individus, l'existence crapuleuse d'un grand nombre d'entre eux, constamment relégués dans les bouges les plus infects et les bas-fonds de la société, les mettent journellement en contact avec les voleurs de profession, les prostituées de bas étage et tous les malfaiteurs dont ils ne diffèrent en général que par la crainte d'un châtiment qu'ils redoutent d'affronter, et par ce manque de hardiesse qui fait qu'un homme criminel par la pensée et le désir n'a pas l'audace d'accomplir ses coupables desseins. Ces coqueurs, compères de voleurs, trouvent plus avantageux pour leur tempérament pusillanime de dénoncer a la police les vols ou délits qui ont pu parvenir à leur connaissance, certains d'être récompensés pécuniairement suivant l'importance de la prise qu'ils auront procurée à l'autorité.

« Deux sortes de coqueurs sont à la dévotion de la police les coqueurs libres et les coqueurs détenus (autrement dit : moutons). Je laisse un instant, ces derniers pour m'occuper plus particulièment de la première catégorie.

« Le coqueur libre est obligé de passer son existence dans les orgies les plus ignobles; en relations constantes avec les voleurs de profession dont il est l'ami, il s'associe à leurs projets. Pour lui tout est bon : vol, pourvu qu'il puisse

.anger (dénoncer) sur quelqu'un et qu'il en tire un bénéfice. Quelquefois, il fait mieux : il prend, à l'insu de la police, le rôle d'instigateur et de provocateur; il imagine une affaire, en calcule les différentes chances, en établit les bénéfices, en dirige tous les ressorts, et, quand ceux qu'il veut vendre sont d'accord avec lui pour la mise en œuvre de son projet, il court prévenir le service de la sûreté et fait saisir en flagrant délit ses complices. Dans tous les cas, s'il ne peut se détacher des malfaiteurs dont il médite la perte, un mot écrit à la hâte au crayon et remis discrètement à un commissionnaire, avertit la police que tel jour, à tefle heure, à tel endroit, elle trouvera le moyen d'exercer son office pour le maintien de la sûreté de tous.

« La grande majorité des coqueurs libres se recrute dans la partie la plus infime et la plus dégradée du genre humain : je veux parler des souteneurs de filles publiques. Un souteneur sans sa marmite (sa maîtresse) est un ouvrier sans ouvrage, un employé sans place, un médecin sans malades ; pour lui, tout est là : fortune, bonheur, amour, si ce n'est pas profaner ce dernier mot que de lui donner une acception quelconque à l'égard du souteneur. Or, les contraventions sont nombreuses pour les filles publiques ; la moindre infraction aux règlements de poliee est punie administrativement d'un emprisonnement plus ou moins long, mais à coup sûr toujours ruineux pour le souteneur qui a les dents au râtelier pendant le temps que sa marmite est à Saint- Lazare.

« Pour sortir de cette position fâcheuse, un bon souteneur doit avoir constamment dans sa poche l'adresse de quelque adroit voleur, recherché activement, mais sans succès, par la police, ou l'indication précise de quelque vol à commettre, enfin quelques renseignements utiles à la sûreté. Alors, il va trouver le chef du service et lui propose, en échange de la liberté de sa maîtresse, les indications doit il peut disposer.

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