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t est rare qu'on ne s'entende pas, et, après l'arrestation des individus signalés, la Dulcinée est relax
« J'ai connu un souteneur nommé Coutellier, celui-là même qui, d'après la léclaration de Lacenaire, lors de son jugement, lui avait prèle sa chambre de la rue Sartines pour y assassiner un garçon de banque. Ce Coutellier avait toujours dans plusieurs quartiers cinq ou six marmites qui, tous les soirs, lorsqu'il faisait sa tournée, lui remettaient chacune une ou cl inx pièces de cinq francs. Cet homme était en grande réputation près des filles, et extrêmement recherché p w elles à cause des nombreuses révélations qu'il avait faites et qu'il faisait à chaque occasion à la police. Uniquement occupe de recueillir auprès des repris de justice et des femmes dites à voleurs des renseignements sur les malfaiteurs en rupture de ban, les forçats évadés, et en général sur tous ceux qui avaient à craindre de tomber entre les mains de la justice, il ne laissait jamais une de ses marmites plu- de deux ou trois jours à Saint-Lazare; car, à peine la noir elle de son incarcération lui était-elle parvenue, qu'il courai: à la préfecture et obtenait, par ses renseignements précis, la mise en liberté de la délinquante.
« Un autre souteneur, que j'ai été à même de voir fort souvent, se livra aussi, pendant longtemps, aux mêmes opérations que l'homme aux six marmites ; mais celui-ci, n'ayant qu'une seule maîtresse, avait fait une spéculation et établi une espèce de bureau d'agent d'affaires on, au moyen d'une certaine somme, un souteneur, ayant sa marmite à Saint-Lazare, venait acheter quelque bonne délation qui pût lui faire obtenir la liberté de la prisonnière. Un jour, un de ces hommes, vivant du prix honteux de la prostitution, vit sa maîtresse condamnée à six mois de prison pour s'être battue sur la voie publique; l'affaire, comme on le voit, était grave, et pour lui c'était une demiannée de revenus entièrement perdus. Il alla trouver l'homme aux renseignements; mgis il fallait quelque chose d'impo--
tant, car la punition était forte : le vendeur proposa l'adresse de deux voleurs fameux, recherchés depuis longtemps sans succès par la police, et demanda un prix; l'acheteur en offrit un autre, comme s'il s'agissait de l'achat d'une marchandise. Enfin, l'acheteur finit par acheter trois cents francs l'adresse en question. Trois cents francs ! on voit que le métier était non ! »
Grâce à cette révélation, nous voilà fixés. Nous savons pourquoi la police ne tient pas a la suppression des souteneurs les plus dangereux, des proxénètes de la plus hasse catégorie : ils sont ses auxiliaires précieux. Ils permettent aux agents de ne pas se donner grand mal pour la découverte des voleurs et des assassins. Un crime est-il commis, les coupables sont-ils quelque peu difficiles à trouver, vite le bureau de la sûreté s'entend avec celui des mœurs; on fait une rafle de filles publiques, et aussitôt les souteneurs accourent à la préfecture, apportant des dénonciations en échange de la liberté de leurs « marmites ». On conçoit que M. Lecour, chef du service des mœurs, n'ait pas osé avouer celte façon passablement immorale de pratiquer la police.
Notez bien que, pour quelques malfaiteurs qu'ils font saisir, les coqueurs travaillent à l'organisation d'un grand nombre de crimes dont plusieurs réussissent. Canler, dans ses Mémoires, le reconnaît. Les trois quarts du temps, les assassinats et les vols nocturnes, commis chez les boutiquiers ou dans les villas isolées par des malfaiteurs en bandes, sont le résultat d'un complot dont un coqueur a été l'âme; si la police arrive à temps, toute la bande, le coqueur compris, est arrêtée, et ce dernier, relaxe le lendemain, reçoit de la préfecture le salaire de sa trahison ; si la poliee arrive trop tard, le coqueur, dont le rôle est ignoré de ses complices, partage avec eux le produit du crime. De toutes manières, le misérable trouve son bénéfice. Aussi, l'on pense si ces gredins, qui sont les satellites obligés de la prostitution
légale, doivent à tout instant combiner de nouveaux forfaits! Quant aux paisibles boutiquiers ou rentiers qui trouvent la mort le plus souvent en venant défendre leur bien contre les malfaiteurs, la police secrète ne s'en préoccupe que d'une façon secondaire; ce sont, pour elle, des accidents inévitables; l'essentiel est que la préfecture paraisse protéger la société, bien qu'elle y contribue fort peu, bien que les captures de voleurs et d'assassins soient obtenues par les moyens les moins avouables, par la collaboration intéressée, rémunérée, de la lie même du proxénétisme.
Quelle fange! quelle ordure!
Qui pourrait soutenir, après cela, la nécessité de la police des mœurs, l'utilité de la prostitution officielle ? Voyez ce que ces deux institutions qui n'en font qu'une entraînent avec elles.