NOVEMBRE
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1 Vendredi...
22 Vendredi...
3 Dimanche..
13 Mercredi....
23 Samedi... ..
24 Dimanche. .
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10 Dimanche..
20 Mercredi ....
Tôt
il i'e Novembre
: 499 fi
L'année entière était récapitulée
Janvier 331 fr.
Février 285 »
Mars.
Avril.
Mai..
Juin..
2,364 fr.
Septembre ..
3,148 fr.
Récapitulation pour l'année.
2,364 fr.
5,512 fr.
Le docteur Jeannel donne là des chiffres de province. A Paris, les filles en carte de cette catégorie gagnent bien davantage. En province, une fille de la police se contente de 5 francs environ, et encore la fille, à ce prix, possède quelque toilette. Sur les grands boulevards parisiens, 10 francs "est le moins que demande une racoleuse à prix réduit; et encore elle conduit son client dans un hôtel voisin, où il y a
à payer pour la chambre, sans compter le pourboire au garçon, et les petites sommes que la fille mendie encore sous différents prétextes; en résumé, la dépense du monsieur atteint de 15 à 20 francs.
La fille qui fait son racolage au c:ifé coûte plus cher. Le libertin a d'abord à payer une série de consommations; puis la prostituée l'emmène dans sa chambre, située à dix minutes du distance; lq prix de l'accouplement varie entre 10 et 20 francs, plus l'étronne pour « la petite bonne ». Les trois quarts du temps, le garçon de café compte au monsieur des consommations que la femme n'a jamais prises, et, au retour de la dame, ce bénéfice supplémentaire est partagé avec le garçon.
Quant aux filles qui exploitent les cafés de premier ordre et les restaurants de nuit, elles n'ont pas de prix. Pour quelques heures d'orgie en cabinet particulier, le soupeur met sa bourse à sec, solde des additions fantastiques, et ne s'en' lire pas a moins d'un ou deux billets de banque de cent francs pour le paiement personnel de la femme.
Ces- grands cafés et ces restaurants de nuit sont de véritables lieux de débauche, et l'on ne peut comprendre que les scènes cyniques qui s'y passent suient tolérées,
« La femme des restaurants de nuit, dit M. Coifignon, bg sort de chez elle, en toutes saisons, qu'après l'allumage des réverbères. Elle ne se lève à une heure de l'après-midi que pour procéder à sa toilette, longue et minutieuse; il est trois heures lorsqu'elle a terminé; elle reçoit alors la visite de deux ou trois « amis », anciens clients de rencontre qui ont témoigné de leur désir de la voir. A six heures, elle «dîne; après quoi, elle s'habille. Elle monte en voiture et se fait conduire en toilette tapageuse aux Folies-Bergère, ou plutôt encore à l'Edeu-ïbéatre, au Jardin de Paris, etc.
« Elle est assez connue et assez cotée dans les établissements publics qu'elle fréquente, pour avoir ses entrées de
faveur. Du café-concert, clic se rend .au restaurant de nuit
dont elle a fait choix.
« Plus la fille est jolie, plus elle est recherchée par le restaurant de nuit; la clientèle de ces établissements ne va en effet que là où elle sait devoir trouver l'assortiment de femmes qu'elle recherche. Aussi les patrons de ces restaurants n'hésiient-ils pas à s'imposer de réels sacrifices pour attirer chez eux les filles qu'ils jugent devoir être les plus courues. L'un d'eux avait fait imprimer des bons de soupers qu'il remettait à celles qu'il voulait attacher à son établissement; chaque bon donnait droit à un consommé, une chouaroute, un plat de viande froide, une demi-bouteille et un dessert : il faut croire que ces bons étaient l'objet de transactions désavantageuses pour le restaurateur, car ce dernier ne tarda pas à les supprimer.
« Les patrons des restaurants de nuit pratiquent généralement d'une autre façon : ils vont aux concerts ou aux théâtres fréquentés par les soupeuscs, abordent celles qui leur plaisent et leur glissent une pièce de vingt francs daifè la main, en leur recommandant de se rendre dans leur établissement. C'est une façon de leur avancer ou de leur rembourser les consommations qu'elles sont obligées de prendre pour attendre l'arrivée des chalands : ils ne peuvent établir la gratuité des consommations pour la clientèle féminine, parce que clans cette clientèle il y a, à leurs yeux, des nonvaleurs; quant à établir la gratuité pour les unes et non pour les autres, ce serait s'exposer également à des pertes sérieuses, en excitant des jalousies entre les femmes et en suscitant le dénigrement de la maison. Il y a cependant un principe pour tout restaurant de nuit : c'est de rembourser à' la femme les consommations qu'elle a déjà acquittées, lorsque cette femme a trouvé un amateur pour un tête-à-tête en cabinet particulier. Cet amateur lui est souvent procuré par le maure d'hôtel ou le chasseur du restaurant.
« II ne nous paraît pas utile d'insister sur l'importance des fonctions du maître d'hôtel dans un établissement de cette nature; quant au chasseur, il fait tout à la fois l'office de pourvoyeur à l'égard des femmes et de rabatteur à l'usaga du restaurant.
« La clientèle masculine des restaurants de nuit peut fe diviser en clientèle d'été et clientèle d'hiver. Durant cette dernière saison, elle est surtout composée de petits jeunes gens de famille qui « font la vie », d'étudiants passant les ponts pour manger l'argent de leurs inscriptions ou de leurs allocations mensuelles. Quand la mode des bains de mer, le besoin de villégiature, la période des vacances et la chasse ont éloigné de Paris la plus grande partie de cette clientèle, elle est remplacée par une autre, moins nombreuse, mais plus productive : celle des étrangers, et tout spécialement des Américains du Sud, qui régulièrement viennent à Paris tous les deux ou trois ans manger une somme plus ou moins forte économisée dans ce but sur leurs revenus ou leurs bénéfices commerciaux.
« Le personnel féminin des restaurants de nuit se recrute beaucoup dans les boutiques et les magasins, de deux façons différentes. Ou bien la femme a été débauchée de bonne heure dans les fausses boutiques, débauchée par une proxénète, doublée panois d'une mère infâme; c'est la femme par excellence du cabinet particulier. D'autres femmes de restaurants de nuit étaient employées jadis dans de grands magasins de couture, de confiserie, chez un fleuriste, un papetier, etc. Elles ont été remarquées par un client de la maison et lancées dans le monde de la galanterie : mais les moyens physiques ou pécuniaires leur manquent parfois pour se classer au premier rang et surtout pour s'y maintenir après un abandon; elles demandent alors au restaurant de nuit des moyens d'existence.
« La soupeuse es*, généralement dans ses « meubles »; ce
qui ne veut pas dire qu'ils lui appartiennent toujours, car cette fille est férocement exploitée.
« L'exploiteur le plus acharné est le marchand de meublestapissier, notable commerçant qui fait un Joli métier. Toute une séquelle d'intermédiaires lui adressent les filles galantes dans l'embarras, qui seraient désireuses de « se mettre chez « elles ». Le marchand de meubles scrute la femme comme un maquignon, examine ses performances, d'où dépendent ses chances de succès, enfin s'enquiert de ses habitudes pour découvrir le vice caché qui pourrait compromettre le paiement des mensualités qu'il demandera à la fille. Si rien ne s'oppose à l'opération, le tapissier vend à tempérament un mobilier complet, dont le prix est payable par a-comptes mensuels répartis par exemple sur une période de deux années. Il est stipulé dans l'acte conclu à cet effet entre la débitrice et son créancier, que tout retard dans le paiement entraîne de plein droit la résiliation du traité, que par suite le tapissier aura la faculté de reprendre le mobilier fourni, en gardant par contre les sommes déjà versées, à titre de paiements locatifs.
« Le marchand de meubles qui se contente de fournir dans ces conditions un mobilier pour un prix représentant deux ou trois fois sa valeur, effectue à la rigueur une opération commerciale; mais de quel nom qualifier le tapissier qui agit de la façon suivante?... Pour surcroît de garantie, prétend-il, il fait mettre à son nom l'appartement qu'il va meubler et que la fille va habiter. Le propriétaire de la maison n'y voit aucun inconvénient, bien au contraire ; car il a de la sorte deux répondants pour son loyer. Le reste des conventions demeure comme ci-dessus. Chaque mois, la fille galante paie la valeur du loyer par douzième et le prix de ses meubles. Tout marche bien dans les premiers temps ; le tapissier va même jusqu'à aider sa locataire de sa bourse, si «rs affaires périclitent. Il l'attend aux derniers mois de paiement, où la
fille n'a plus que quelques échéances devant elle pour se délivrer de l'exploitation qu'elle supporte : alors elle est victime, sans savoir d'où lui vient cette guigne, d'une séru3 de tribulations; des anciens amis l'abandonnent, des bruits malveillants sont répandus sur son compte et éloignent d'elle la clientèle; elle arrive enfin à être acculée dans ses derniers retranchements; elle ne peut plus payer son créancier; par conséquent, elle manque aux conditions réciproques. Sans autre forme de procès, le tapissier l'expulse pour installer à sa place une nouvelle débitrice dans le même local et avec les mêmes meubles. »
Les restaurants de nuit ne se bornent pas à être des lieux de débauche pour les soupcuses de profession et les mal équilibrées qui mènent la vie à outrance; ils facilitent, en outre, l'adultère et ont pour lui toutes les complaisances.
« Le maître d'hôtel, dit M. Macé, est l'âme de ce genre d'établissements; cravaté de blanc, fin comme un diplomate, il empêche les maladresses, évite les indiscrétions qui pourraient surgir au sujet des actes se produisant dans les cabinets particuliers. Celui dit « des adultères » a toute sa sollicitude; il sait ce qu'on y fait, il devine ce qu'on y dit; avec son air froid, il aide, facilite toutes les relations. Il connaît la femme donnant rendez-vous à son mari dans l'établissement même où elle va se livrer à son amant; pendant que le brave homme lit le journal au salon du rez-dechaussée, cette bonne épouse est installée au cabinet des prédestinés. A l'heure convenue, elle se rafraîchit par une couche de poudre de riz, passe par une porte de derrière et vient rejoindre son mari, qui, le cas n'est pas rare, la trouve plus jeune, plus gaie, plus aimable que de coutume.
« Il suffit de lire les journaux judiciaires pour se convaincre de la réalité de ce dernier fait. On se rappelle ce prince de Grenade, surpris par ce mari jaloux dans le cabinet particulier d'an restaurant de la rive gauche: la femme ne pui
s'échapper qu'en prenant le costume d'un marmiton de rétablissement- Parmi les exemples, celui-là suffit; il est de notoriété publique; et je maintiens que les restaurants de nuit, dont la plupart représentent une valeur de plus d'un million, servent de points d'origine à bien des chantages, suicides, duels et assassinats. »
Les filles galantes, qui savent prévoir l'avenir et qui réalisent des économies afin de se retirer et de vivre tranquilles quand viendra la vieillesse, sont de rares exceptions.
A Bordeaux, d'après le docteur Jeannel, où le personnel est surveillé de très près, paraît-il, sur 554 filles inscrites à la police, on n'en connaissait que 5 possédant un capital et l'augmentant par des économies journalières; elles étaient toutes les cinq dans la catégorie des filles isolées, dont le nombre s'élevait à 110.
Mais, parmi les prostituées en carte, c'est l'infime minorité qui se rapproche des insoumises de la haute classe. Celles-ci, quanrl elles ne pratiquent pas isolément et pour leur compte, von' dans les maisons de rendez-vous ; elles n'y demeurent point, mais viennent y passer seulement quelques heures dans la journée ou dans la soirée, quand cela leur plaît.
Le racolage à la rue ne se fait pas toujours par la fille elle-même. Tout le monde sait qu'en Espagne les vieilles proxénètes relancent l'étranger sur le trottoir; en Italie, ce sont des hommes qui sont, de la même manière, des courtiers de prostitution. A Paris, ce racolage par intermédiaire s'effectue aussi; le cas est même assez fréquent. Généralement, c'est une dame, d'un âge fort mûr, a l'aspect souvent vénérable, un cabas au bras, qui circule au milieu de la foule dont sont encombrés les trottoirs des magasins en vogue. Tout d'un coup, on se sent coudoyé, on sp' retourne et l'on aperçoit cette ruine respectable qui se penche sur vous et vous dit à l'oreille, en roulant des yeux de merlan frit : « J'en ai de jeunes! » Et, si vous ne haussez pas les épaules
avec dégoût, la mère au cabas insiste et vous propose incontinent de vous conduire dans le paradis de Mahomet.
Ce genre de proxénétisme a des degrés plus misérables que celui que je viens de signaler. Qui se douterait, dans le monde des gens honnêtes, que plusieurs de ces marchandes des quatre-saisons, de ces brocanteuses, de ces fruitières, de ces crieuses de légumes, de ces chiffonnières, de ces caccommodeuses de paniers, qui poussent par les rues leur rri strident, font en même temps l'office de Mercure de la galanterie? En passant devant la maison d'un de leurs clients, elles chantonnent une variation à leur psalmodie habituelle, et cela signifie pour l'initié tel ou tel rendez-vous. Leur clientèle se compose de débauchés à qui elles indiquent les portes où ils peuvent aller frapper et des filles galantes, prostituées en carte, au bénéfice desquelles elles manœuvrent. Elles ne manquent jamais de représenter aux naïfs ces gourgandines patentées comme étant des femmes délaissées, des veuves, ou même des jeunes filles vierges. Ces indications et ces bons offices se paient de part et d'autre dé quelques menues pièces d'argent.
« Dans les villes de province, surtout dans les villes maritimes, il est une i -lasse de filles isolées que la police oblige à loger dans un quartier affecté à la prostitution de bas étage.
« Elles habitent des maisons garnies, appelées « garnis « de tolérance », pour un loyer de 1 à 2 francs par jour. Ce sont de simples chambres au,rez-de-chaussée, prenant jour sur la voie publique par une fenêtre et une porte. Les filles se tiennent tout le jour et souvent la nuit, jusque vers le matin, assises ou debout, sur le seuil de leur porte, pour appeler les passants. Elles forment ainsi, dans toute la longueur des rues, un double rang de sentinelles, échangeant des interpellations rauques ou aiguës, Jes injures ou des lazzis; allant, venant d'une maison à l'autre, coiffées de
fleurs fanées ou de madras à carreaux ; chaussées de savates ou de sabots, débraillées, fardées, avinées, faisant aux passants des signes et des appels, elles donnent à tout le quartier un aspect étrange et repoussant.
« Elles vivent en public. Leur porte ouverte les laisse voir en jupon court, s'habillant, se coiffant, cuisinant, mangeant. Le lit qu'on aperçoit au fond du taudis est une sorte d'enseigne. La porte et la fenêtre fermées signifient la fille occupée.
« Quelques-uns de ces garnis de tolérance, installés dans des maisons à plusieurs étages, contiennent, de six à huit femmes. Alors, au rez-de-chaussée, une vaste salle meublée de tables et de banquettes, sert de cabaret; les filles s'y réunissent pour boire avec les pratiques avant de les introduire dans leurs chambres. On y danse, à la lueur de quelques chandelles, au son du violon; les matelots s'y livrent à des orgies quelquefois sanglantes qui rappellent les beaux ours où la Salamandre avait reçu sa paie. C'est l'analogue des maisons à estaminets dont nous avons déjà parlé. » (Dr Jeannel.)
Les filles isolées, soit en carte, soit insoumises, si elles ne sont pas exploitées par les tenancières, ont par contre le désagrément d'éprouver souvent certains déboires. Le client n'est pas toujours généreux. Quelquefois, elles ont affaire à de mauvais plaisants qui, après avoir usé d'elles suivant leur fantaisie, oe se font aucun scrupule de ne pas les payer; en argot de prostitution, on appelle cela « brûler paillasse » ou « poser un lapin ». Aussi, pour se mettre en garde contre !es poseurs de lapins, les filles isolées, surtout dans les catégories inférieures, ont-elles l'habitude d'exiger d'avance leur salaire. Avant toute entrée en matière, la prostituée, qui manque de confiance, pose cette question au monsieur : « Est-ce que tu vas me faire bien riche? » Celte phrase est en quelque sorte clichée; on dirait ou'il existe une franc-
maçonnerie de la luxure tarifée. Aussi bien à Paris qu'en province, c'est la formule adoptée par la plupart des filles qui travaillent pour leur compte.
Les foires, grâce à l'agglomération de peuple qu'elles occasionnent, sont devenues, dans les grandes villes, un champ de manœuvre des prostituées. Les propos les plus obscènes s'y tiennent dans la foule. A Paris, les filles en carte, des basses classes, poussent le cynisme jusqu'à s'y mettre en loterie : elles placent dix billets dans les encoches d'un bout de bois semblable aux tailles en usage chez les boulangers, et elles circulent en disant : « A vingt sous la jolie boite à ouvrage. » Le gagnant reçoit un papier sur lequel sont indiqués le nom, l'âge et l'adresse de la fille servant de lot, ainsi que l'heure du rendez-vous.
Il faut citer encore, à Paris, les gares de chemins de fer, principalement la gare Saint-Lazare, où le racolage est en permanence. Indépendamment des filles soumises qui s'attaquent aux voyageurs, parlants ou arrivants, qu'elles entraînent dans les hôtels voisins, il convient de signaler une espèce particulière qu'on nomme les « wagonnières » ou « ambulantes ». Ces prostituées, munies d'une carte d'abonnement pour les trains de banlieue, montent au dernier moment dans le comparliinen* où se trouve le monsieur sur lequel elles ont jeté leur dévolu, et, pendant le trajet, la voiture publique est ainsi transformée en cabinet particulier.
L'avant-dernier degré de la prostitution soumise à la police dite des mœurs est celui des filles qui font le racolage aux Halles, rôdant dès deux heures du matin autour des charrettes de maraîchers» Les prostituées de cette catégorie, dès qu'elles arrivent à un certain âge, s'établissent dans les ruelles des quartiers de la rue Maubuée ; il y a là la rue de Venise, qui est légendaire. C'est une rue infecte, entièrement occupée par des taudis sinistres et sordides, anciennes boutiques où circulent des rats monstrueux ; dans ces re-
paires sans air ni lumière, d'abjectes créatures, ivres du matin au soir, ne se déshabillant jamais, se livrent pour cinquante centimes, quelquefois un franc, à des compagnons dignes d'elles.
Enfin, il est une classe encore plus ignoble de prostituées, la lie des filles en carte : les « pierreuses ». On donne ce nom à un genre spécial de femmes qui ont vieilli dans la prostitution du plus bas étage, qui sont trop paresseuses pour chercher du travail et trop repoussantes pour être eccueillies nulle part. Le jour, on ne les voit pas; elles sortent la nuit et vont rôder dans les endroits retirés. Ces filles sont rarement affectées de la syphilis; mais cela tient à ce qu'elles ne s'exposent jamais à contracter la terrible maladie. Elles stationnent près des chantiers ou à proximité des terrains vagues. Elles racolent les ouvriers, les militaires, et les entraînent dans un endroit retiré, où elles les polluent manuellement en plein air. Elles se font donner six sous, cinq sous pour leur peine, quelquefois moins encore ; les soldats même les paient avec un morceau de pain de munition. Elles s'entendent avec les malfaiteurs et sont souvent de connivence avec les pédérastes. C'est dans cette classe surtout que se trouvent des femmes de cinquante a soixante ans, rebut de la prostitution.
Je terminerai ce chapitre en signalant les filles pour qui la prostUution n'est qu'un voile servant à cacher une autre industrie : le vol. Elles se tiennent, comme les pierreuses, dans les endroits écartés; seulement, elles ne satisfont nullement les fantaisies lubriques des passants auxquels elles s'adressent. Le racolage n'est pour elles qu'un prétexte. Tandis qu'elles tàtent l'imbécile qui s'abandonne un instant à leurs attouchements, elles le dépouillent avec prestesse de sa montre et de son porte-monnaie. S'il s'aperçoit du vol, elles crient ; d'autres femmes qui se trouvent dans les environs accourent, ainsi qu'une nuée de souteneurs, et le volé
est remboursé de ce qui lui a été pris, en monnaie de coups de poing.
Et voilà les choses qui se passent, grâce au système de la prostitution officielle.
Les auteurs qui défendent ce système, disent, soit le docteur Jeannel : « L'inscription donne à la prost'tuée une certaine liberté, limitée, il est vrai, mais enfin une liberté réelle, dans l'exercice de son infâme métier »; soit le docteur Adam Owre, de Christiania : « On doit faciliter aux filles publiques inscrites autant que possible l'exercice de leur commerce légal. »
Les abolitionnistes répondent :
— Non, non, c'est trop de dégradation ; que l'on en finisse avec toutes ces hontes, par l'application stricte, mais impitoyable, du droit commua 1