de 3Iun, qui est, sans conteste, le plus éloquent ora
tcur de la Chambre, est applaudi par les gauches, quand il monte à la tribune pour défendre, avec la haute autorité de sa parole, les intérêts ouvriers. J'entendais, l'autre jour, un anarchiste fanatique due avec un air très sérieux: <v II y en a un, de la droite, que nous ne fusillerons pas, quand reviendra la Commune; c'est M. de Mun. Il n'est pas des nôtres; mais c'est un vrai ami du peuple, tout de même! »
Léon XIII, que les adversaires du catholicisme eux-mêmes s'accordent à reconnaître comme étant un grand pape, a mis en honneur l'étude des questions sociales parmi le clergé et les fidèles (*).
Le moment ne saurait donc être mieux choisi pour pousser à une solution honnête de l'une des plus importantes qustions sociales : la prostitution.
Cette question est intimement liée à celle du travail des ouvriers et ouvrières.
Je n'en veux pour première preuve que les réponses de la Section d'Economie sociale au programme du Congràc de Genève :
« I. Les intérêts, les droits et l'indépendance économique du sexe féminin sont-ils suffisamment respectés et sauvegardés de notre temps par les lois, l'opinion, les costumes et les mœurs?
« Réponse : Non.
« II. L'exercice continu d'une profession de main-d'œuvre
(*) Tout le monde a pu lire dans les journaux, en décembre 1890, la nouvelle que voici :
« Le Pape Léon XIII vient de constituer une important? commission de cardinaux et d'archevêques de tous les pays, dans le but de rechercher, d'étudier et de résoudre les problèmes sociaux. Cette commsision comprend, outre les Italiens, sept prélats f ançais, cinq allemands, quatre autrichiens, quatre espagnols, deux anglais* plusieurs améiicains, un belge, un portugais, et enfin Mgr Mermillod, de Genève. Ce : ira là vrai m en i une assemblée intern stionale qui pourrait être d'une ■ tilité incontestable pour la solution des difficultés sociales et économi pies entre nations. •
est-il concihable pour la femme avec son rôle dans la famille et au foyer domestique?
« Réponse : Cela dépend de la profession et de la position individuelle de chaque femme.
« III. Le salaire de main-d'œuvre d'une femme est-il suffisant pour satisfaire à ses besoins légitimes?
<i Réponse (avec une minorité) : Non.
« IV. 1° Quelles sont les causes principales de l'insuffisance du salaire des femmes dans l'industrie?
« Réponse (avec une minorité) : L'inégalité que les lois, les mœurs, l'ignorance et la réglementation de la prostitution introduisent entre les hommes et les femmes.
« 2» Serait-il possible de remédier à cette infériorité"?
« Réponse: Oui, par des lois égales, par l'amélioration des mœurs, par l'abolition de la prostitution réglemente, par l'enseignement général et professionnel.
« V. Quelles sont ou seront les conséquences, pour le sort économique et moral des femmes, de leur emploi dans la grande industrie (manufactures, fabriques, etc.)?
« Réponse : Ces conséquences varieront selon les circonstances. La Section estime que, en principe, il ne faut fermer à la femme aucun des emplois industriels qui peuvent la soustraire par le travail à la misère et à la prostitution?
« VI. L'intervention gouvernementale ou légale en faveur des femmes, dans le régime de la grande industrie (durée du travail, taux du salaire, etc.), est-elle désirable?
« Réponse (avec une minorité de deux voix) : Non.
« VII. Quel parti les femmes pourraient-elles tirer du principe d'association pour améliorer leur sort au point de vue économique?
« Réponse : Le môme que les hommes.
« VIII. Comment doit-on concevoir et organiser l'instruction et l'éducation pour contribuer au relèvement moral, social et économique de la femme?
■* Réponse : En ne fermant aux femmes aucune branche d'instruction et d'éducation, et en assurant une parité de 'sacrifices de l'Etat et de. la société en faveur des deux sexes. »
On le voit, les personnes compétentes ne séparent pas la question du travail de la question de la prostitution; l'une est intimement liée à l'autre. Or, puisqu'on s'occupe de la première dans les sphères gouvernementales et parlementaires, on doit aussi s'occuper de la seconde. Il est vrai que, pour faire mettre celle-ci sur le tapis, il y a des préjugés à vaincre chez nos politiciens, et ces préjugés ne céderont que devant une forte poussée de l'opinion publique.
Donc, prenons notre courage à deux mains, et mettonsnous à l'œuvre, résolument, sans nous laisser intimider.
Aussi bien, la question est mûre. La prostitution officielle a créé trop de corruption, pour qu'on ne se décide pas enfin à débarrasser les grandes villes de cette pourriture infecte.
Au nom de la morale, au nom de l'hygiène môme, il faut en finir.
Une des bases fondamentales de la santé des individus et des peuples, c'est l'empire que l'on doit exercer sur soimême dans les relations sexuelles. A cet égard, la prostitution n'est-elle pas une violation fondamentale des lois de l'hygiène? N'est-il pas indigne que les gouvernements facilitent aux hommes les moyens de s'exciter à l'acte vénérien, et ce dans un but unique de luxure? N'est-il pas époavantable qu'il y ,ait des femmes obligées, en vertu d'une institution d'Etat, de se soumettre à des contacts qui vont parfois jusqu'à dépasser le nombre de vingt par jour?
,Le rôle de l'hygiène publique consiste, dit-on, dans la surveillance et la prophylaxie des maladies qui peuvent affecter les populations. Oui, en effet; mais i! ne doit pas se borner .là. La vraie fonction de l'Etat, en matière d'hygiène, -est de développer toutes les conditions favorables «à la santé, quia 8a plus haute expression dans la moralité publique.
Et puis, esl-il bien vrai que l'Etat, au sujet de la syphilis et des attires maladies vénériennes contagieuses, exercé une surveillance efficace?... Au point de vue de l'hygiène, pour ne se placer qu'à celui-ci en ce moment, tous les systèmes de police des mœurs réglementant la prostitution ont touours eu un insuccès complet. La statistique de la syphilis est la condamnation écrasante de la prostitution officielle. Je la donnerai plus loin. On verra à quel degré effrayant les lupanars sont contaminés. Chez les fdles de maison, la moyenne des cas syphilitiques dépasse 24 pour 100; c'est-à-dire presque le quart de cette armée d'esclaves est infecté. Les filles soumises isolées, en d'autres termes, les prostituées légales qui sont un peu moins esclaves, qui jouissent d'une certaine liberté, ne sont plus contaminées que dans la proportion de 5 pour 100. Quant aux insoumises, — c'est ainsi que la police des mœurs appelle les femmes galantes qui, le plus souvent par la protection de quelque personnage influent, réussissent à se soustraire à l'esclavage de l'inscription officielle et demeurent ainsi entièrement maîtresses de leur corps, — la moyenne des cas syphilitiques chez les insoumises, dis-je, ne va pas au 2 pour 100. Ah ! le lecteur verra quelle éloquence ont les chiffres. Pour quiconque examine avec indépendance les faits et les nombres, la question delà prostitution réglementée est vite jugée.
Quant à la prophylaxie de la syphilis, c'est le moindre des soucis de l'Etat. Les gouvernements,' de tout temps, n'ont pas tenu à ce que des moyens préservateurs vraiment efficaces soient trouvés pour prévenir la terrible maladie vénérienne. Si la prophylaxie de la syphilis existait, l'Etat perdrait un des meilleurs prétextes de son système draconien; car, disent les partisans de la police des mœurs, si nous tenons les prostitaées en esclavage, c'est dans l'intérêt delà santé, publique ; nous avons institué la visite chirurgicale dos fi. les soumises, afin d'empêcher la propagation de la syphilis.
Eh bien, l'Etat ment avec impudence ; car la prophylaxie de la syphilis a été découverte, en 1772, par Guilbert de Préval, docteur régent et professeur de matière médicale à la Faculté de médecine de Paris. GuLbert de Préval avait inventé un spécifique rendant la contagion absolument impossible par la copulation. Pour prix de son invention, Guilbert de Préval fut expulsé de la Faculté de médecine, condamné a la perte de tous ses titres scientifiques et à une amende de 3,000 francs.
Evidemment, il est juste que la débauche soit punie ; mais, quand on songe aux générations innocentes pourries par suite des désordres de leurs ascendants, on se demande s'il ne vaudrait pas mieux que le spécifique de Guilbert de Préval eût été inscrit dans le Codex, au lieu d'être interdit ; d'où i! résulte que cette découverte d'un de nos savants est aujourd'hui perdue.
En tout cas, l'Etat, qui a supprimé cette découverte, n'a pas le droit de dire qu'en réglementant la prostitution il a pour objectif l'intérêt de la santé publique et qu'il ve'.lle autant que possible à empêcher le développement de la syphilis.
Au surplus, la visite chirurgicale, imposée aux filles soumises, indépendamment de ce qu'elle est révoltante pour la nature humaine, n'offre aucune garantie, en ce qui concerna l'hygiène. D'abord, elle ne peut atteindre qu'un certain nombre de prostituées. Ensuite, el'.e ne signifie pas grandchose : à Paris, il arrive parfois, dans les jours de presse, que le médecin du dispensaire a à visiter plus de cinquante filles en carte dans l'espace d'une heure, soit environ une minute pour faire allonger chaque femme dans le honteux fauteuil et l'examiner au spéculum. Il est arrivé maintes fois, en ces jours de presse, que le médecin, armé de son spéculum humecté d'huile, délivrait le visa de saine à une prostituée contaminée, et marquait malade et envoyait à l'hô
pital clos vénériennes une autre parfaitement saine avant la visite; c'était le spéculum qtii, mal essuyé, avait transporté de la première à la seconde le virus conlagieux.
En aucune façon, réellement, on ne peut se fier à cette visite pour découvrir la forme constitutionnelle la plus grave des maladies vénériennes ; et, par conséquent, cette odieuse opération ne sert qu'à donner une fausse sécurité sur la santé des femmes visitées. Ce ne sont pas les filles de maison qu'il faudrait soumettre à l'examen du docteur du dispensaire; ce sont les clients, qui devraient, à leur entrée au lupanar, subir la visite d'un médecin spécial attaché à l'établissement. En bonne logique, c'est ainsi que les choses devraient se passer, si les lupanars étaient vraiment indispensables.
Voilà pour l'hygiène.
En ce qui concerne la morale, les partisans de la prostitution officielle en sont réduits à se baser non seulement sur l'odieux, mais encore sur l'absurde.
D'après leur système, il y a deux morales : une pour les hommes, et une pour les femmes. Selon eux, il n'y a rien à redire au débauché qui va de lupanar en lupanar; c'est un homme qui cède à un besoin ; îl faut lui faciliter la satisfaction de ses fantaisies et de ses caprices. Du moment qu'il paie ses voluptés selon les tarifs approuvés par l'autorité gouvernementale, il est un personnage, sinon respectable, du moins respecté. Par contre, la fille qui reçoit plusieurs messieurs n'a droit qu'à la servitude; elle ne compte plus; elle n'est qu'une chair à plaisir, «qu'une viande de luxure. C'est elle qui est l'immorale, la vicieuse ; c'est elle qui doit subir toutes les rigueurs de l'arbitraire administratif. Le proxénète n'apparaît plus dès lors, aux yeux de l'Etat, comme un coupable fomentateur de débauche, comme un semeur de corruption ; non, c'est un précieux auxiliaire de la police des mœurs, c'est presque un fonctionnaire.
Cette manière d'entendre la «cale est le comble de l'ab-
surdité; cela est tellement fou, qu'on se demande comment un tel système a pu être mis en théorie et en action. La raison la plus élémentaire crie que la pratique de l'impureté est aussi repréhensible chez les hommes que chez les femmes.
La réglementation du vice tend donc à détruire l'idée de 1* unité de la loi morale pour les deux- sexes, et à rabaisser le ton de l'opinion publique sur ce sujet. En autorisant les lieux de débauche et en faisant du désordre l'exercice d'une profession régulière, l'Etat sanctionne un vieux préjugé païen, ce préjugé' profondément immoral : que la débauche est une nécessité- pour l'homme; ce qui est le nec plus ultra du monsongev
En réalité, l'Etat, en réglementant la prostitution-, entretient la pîaie dans sa purulence toujours croissante; il oublie qu'il doit une égale protection aux deux sexes ; il les corrompt l'un et l'autre, et il avilit spécialement la femme.
D'autre part, tout système d'organisation de la débauche excile k l'impureté. Tels qui se laissent entraîner ne succomberaient pas, si les moyens de se procurer une: jouissance passagère, dans un moment d'oubli de leurs devoirs, n'étaient pas mis si facilement à leur portée. Et, par un contre-coup inévitable, la prostitution clandestine reçoit un développement continu; l'existence de la prostitution officielle entretient chez les insoumises une espèce de sentiment d'émulation; d'où l'accroissement constaté des naissances illégitimes. Ainsi, l'Etat, grand coupable, abaisse le niveau de la moralité publique, et privée.
Envisagée au point de vue de la morale, la visite médicale obligatoire dos femmes, dont j'ai parlé tout à l'heure sous le rapport de l'hygiène, cette visite pernicieuse, qui est l'un des fondements du système de la réglementation, est un outrage à la femme, d'autant plus odieux qu'il tond à consommer la perte des malheureuses créatures forcées de le subir, et
même à détruire, chez les plus dégradées, ce qui peut leur rester de pudeur.
Au point de vue de la morale, encore, l'inscription d'office est une atteinte à la liberté et au droit commun ; car il ne faut. pas croire que toutes les: prostituées légales ont sollicité leur, inscription. La cante est journellement imposée à de pauvres filles, qui n'ont commis d'autre crime que celui de loger dans une chambre garnie, . n'ayant pas de ressources suffisantes pour s'acheter des meubles, ou les ayant vendus à- la. suite d'une maladie, d'un chômage, dans une période de misère : l'infortunée, victime a beau avoir un état, l'exercerla police des mœurs ne tient aucun compte de ces considérations. En vain, les voisins > attesteront que l'ouvrière se conduit honnêtement, ne reçoit personne. L'agent des mœurs est sans pitié. « Tu es:en garni; tu es abandonnée ou orpheline; donc, tu es suspecta.» La cartfë, ajoutera-t-on, n'oblige pas à la prostitution. «-Conduis-toi bien, si tu veux; mais viens te. faire visiter aux dispensaire, d'eux fois par mois. » C'est cela, l'inscription d'office. Et, une fois inscrite sur les registres de la police, la malheureuse éprouve- des difficultés presque, insurmontables à. se faire* radier. Cette inscription est connue un fer rouge qui la marque pour toujours; cette carte est rivée à. elle, comme- un boulet d'infamie. Comment pourra-t-elle jamais se: marier, la pmvre fille qui aura vu la malechance d'être^ prise dans- une rafle de garnis?' qui Voudra d'elle pour épouse? quel homme donnera son nom à «ne femme inscrite à. la police?
Enfin, la maison de tolérance; par les facilités qu'elle offre, attire l'adolescent précoce. Les neuf dixièmes des jeun o s gens débauchés ont perdu leur virginité dans un lupanar, à seize, quinze, quatorze ans. J'appelle tout particulièrement l'attention des mères de famille sur ce point. Par la prostitution officielle, l'état pervertit la jeunesse.
De même, je signale aux épouses l'Etat corrupteur des
maris. Monsieur a eu à dîner en ville; il est de joyeuse hu meur; il fait beau, et il rentre à pied. En chemin, une mauvaise idée traverse son cerveau; il éprouve une velléité de luxure. Justement, il y a un lupanar à deux pas; ou bien, une prostituée, plus ou moins potable, bat le trottoir. C'est la sous-maîtresse d'une maison à gros numéro, qui se tient sur la porte et qui lui glisse ces mots à l'oreille : « Montez donc chez nous, beau brun ; nous avons un grand choix de femmes charmantes, toutes très polissonnes. » Ou encore c'est la raccrocheuse qui le prend par le bras : « Mon joli bl.nd, j'ai dans ma chambre un bon feu, et je suis très gentille; viens passer un quart d'heure seulement; tu verras comme nous nous amuserons. » S'il n'avait pas fait cette rencontre, Monsieur n'aurait pas gardé longtemps sa vilaine idée de coup de canif dans le contrat; il aurait pensé à sa femme qui l'attend, qu'il aime au fond, et qui est certes plus jolie que la batteuse de trottoir et les filles plâtrées du lupanar. Mais il n'a pas le temps de raisonner; la brute vient d'être réveillée en lui; personne ne le voit, il monte. Quand il descend, il est honteux de son aventure. D'autre part, comme l'incident l'a légèrement fatigué et qu'il n'est pas utile que Madame s'aperçoive de quelque chose, il trouve un prétexte à bouderie, cherche une querelle futile ; ce n'est pas plus malin que cela. En effet, rien n'est moins compliqué; seulement, les incidents se répètent à l'occasion, deviennent de plus en plus fréquents. Monsieur ne trouve plus l'amour conjugal assez pimenté. Et voilà comment l'Etat, en organisant la prostitution, organise l'adultère.
Par exemple, en cette fin de siècle corrompu, le sens moral est devenu à tel point oblitéré, que bon nombre de maris ne considèrent pas comme faits d'adultère les frasques de ce g enre. C'est toujours le système des deux morales. Quand on cause entre hommes, on entend fréquem-
ment tenir le raisonnement que voici : « Monter chez une gourgandine qu'on ne reverra probablement jamais ou passer un quart d'heure dans une alcôve de lupanar, ce n'est pas l'aire une infidélité à sa femme. » Et si Madame tenait le môme raisonnement, que répondrait Monsieur? Il y a, nous verrons cela plus loin, des lupanars où les dames sont reçues; il y a des maisons de passe et des hôtels avec chambres à l'heure où le suiveur de femmes conduit la coquette personne qui cède aux instances galantes, dans le but de gonfler son porte-monnaie d'un, deux, trois, quatre ou cinq louis supplémentaires. Monsieur se récrierait, s'il savait que Madame limite et commet, elle aussi, des frasques, sous le fallacieux prétexte que cela ne se saura pas, et qu'il n'y a de réel adultère que celui provenant d'une passion et répété avec le ou la même complice.
Mesdames, songez-y bien. C'est vous qui, plus que les hommes, avez grand intérêt à voir disparaître la prostitution officielle; en entretenant les foyers de corruption, elle multiplie les occasions funestes, où vos maris succombent plus souvent que vous ne croyez. Joignez-vous aux abolitionnistes, et secondez leur campagne en faveur de l'assainissement nécessaire, en faveur du coup de balai indispensable, urgent.
Aux hommes, je dirai :
Vous avez dans la vie tous les droits. Au moins, délivrez du pire des esclavages une catégorie de malheureuses femmes. En maintenant cette iniquité, vous vous nuisez à vous-mêmes. La prostitution, dont votre injustice est la cause fondamentale dégénère l'espèce humaine, abâtardit les races. En outre, il y a là une question de dignité. La femme n'est pas un meuble, elle a été créée pour être une compagne aimée et honorée. Son sexe est celui de votre mère; respectez-le»
Et qu'on ne vienne pas répéter le sempiternel refrain de
la triste nécessité de ia proslilution. Qu'on ne vienne pas redire encore cette énormité : « Si l'on supprime les maisons de tolérance, par quoi les remplacera-t-on ? » On ne les remplacera par rien du tout; elles ne sont nullement utiles.
Dans les villes qui n'ont pas de lupanars, on s'en pass1 parfaitement. Les jeunes gens y sont moins dévergondés que dans les grands centres; ce n'est pas un mai. On prétend que les bouges sont indispensables là où se trouve une garnison ; c'est faux : bon nombre de soldats, durant leur ser*vice, savent résister aux entraînements des camarades dépravés et ne mettent pas les pieds au lupanar; et c:ux qui se comportent ainsi, vous pouvez en être sûrs, sont les meilleurs sujets.
Bien mieux, prenez un Parisien, coutumier du coup de canif, quand il habite la capitale; envoyez-le passer trois mois d'été à la campagne. Ne se transforme-t-il pas alors? est-ce qu'il ne cesse pas de penser aux polichinelleries d'un quart d'heure? est-ce qu'il ne devient pas un homme sérieux, rangé, empressé auprès de sa femme, à laquelle seuje il songe? La raison de ce miracle, c'est la suppression des occasions. Personne n'osera soutenir que Monsieur souffre de ce régime de fidélité forcée. Et non seulement il n'en souffre pas, mais il devient meilleur; le ménage ne connaît plus les petites querelles, qui étaient des prétextes a bouderies préméditées.
Enfin, bien que la corruption soit devenue épouvantable, bien que le vice, en ayant pris depuis une trentaine d'années des proportions extraordinaires, constitue, à l'heure qu'il est, une plaie sociale, dangereusement menaçante pour tout l'organisme, les débauchés assidus, les clients fidèles de la prostitution, les coureurs réputés incorrigibles ne sont encore que la minorité, Dieu merci !
Or ça, lorsque les lupanars seront fermés, lorsqu'il n'y aura plus de batteuses de trottoirs, les amateurs s'en passe-
ront, voilà tout. Lorsque, la police dite clos mœurs étant supprimée, la galanterie vénale sera justiciable des tribunaux de droit commun, le nombre cbs Phrynés et des Laï's diminuera rapidement. Lorsque toute association collective de la débauche sera sévèrement punie d'amende et de priser, par !e code, il ne restera plus, dans les grandes villes, que quelque cocodettes prudentes, tranquilles, évitant le scandale, ayant un nombre restreint d'amis attitrés, et affirmant à chacun qu'il est le seul privilégié; ce qui, fatalement, évitera l'encombrement dans les antichambres.
S;, evec cela, la jurisprudence assimile le fait de transmission consciente d'une maladie vénérienne au cas de coups et blessures volontaires condamnés par la loi, je vous réponds que les syphilitiques se soigneront et renonceront aux bonnes fortunes jusqu'à complète guérison. L'hygiène publique y gagnera.
Bref, la situation, ainsi améliorée, aura de mombreuses chances de ressembler à la conclusion des romans du temps jadis. C'est-à-dire : il se fera beaucoup de mariages, les ménages seront .heureux, et les papas auront de beaux enfants.