LA CORSE COMME STATION D'HIVER
conditions hygiéniques qui y régnent et viennent l'hiver au sud pour la retrouver. Gela étant, il s'ensuit qu'ils doivent y éviter les grandes -villes. Ils ne devraient habiter l'hiver, sur les rives de la Méditerranée, que les stations dont la population est petite, clair-semée, telles que Hyères, Cannes, Menton, San Remo. Onpeuty ajouter les faubourgs des villes de plaisance, telles que Pau et Nice, dans lesquelles les villas et les hôtels ont été construits en dehors de la ville, et expressément pour des malades. Ces stations hivernales, dans des conditions vraiment hygiéniques, ne sont pas nombreuses et, désirant en augmenter le nombre, il me sembla, me fondant sur la géographie physique, que je devais trouver dans la Corse d'autres iDonnes stations d'hiver.
J'espérais aussi trouver en Corse des stations alpestres pour l'été, où l'on pût échapper aux grandes chaleurs, sans être obligé de remonter au nord. Ceux qui passent l'hiver sur les bords de la Méditerranée, et qui viennent tout à fait du Nord, des îles Britanniques, de la Suède, de la Norvège' du Danemark, de la Hollande, reculent souvent devant les fatigues et les frais d'un long voyage de retour. S'ils doivent passer un second hiver au Midi, ils cherchent un abri contre les grandes chaleurs de l'été. Pour le trouver dans de bonnes conditions, ils sont maintenant obligés d'aller en Suisse, dans le Tyrol.
Quand je voulus savoir comment faire pour arriver en Corse, je trouvai que pour mes concitoyens de Menton la Corse était un pays à peu
près inconnu. Personne n'y avait jamais été, tout le monde semblait la regarder comme une région peu accessible et presque barbare. J'écrivis donc à Bas tiapour un guide, une carte et la liste des bateaux à vapeur, et découvris bientôt que la Corse, quoique « perdue dans la Méditerranée, » était très-accessible, et qu'on pouvait y voyager aussi facilement que dans un département de la France continentale. Je trouvai des compagnons de voyage agréables, et nous partîmes de Menton pour nous embarquer à Gênes le 15 avril 1862. Plus tard deux dames charmantes nous rejoignirent à Ajaccio, voie de Marseille, ce qui ne contribua pas peu à l'agrément du voyage.
Nous entrâmes à Gênes l'après-midi, un jour de fête. La journée était radieuse et Gênes me parut encore plus belle et intéressante qu'elle ne l'est d'habitude. Quand il fait beau, que le soleil dore son amphithéâtre de maisons et de palais, et que les rues sont remplies de sa population aux costumes pittoresques et variés, Gênes frappe toujours l'étranger et lui apparaît comme le digne portail de l'Italie.
Le lendemain j'allai à la recherche du bateau corse et trouvai qu'il y avait un départ le soir même pour Bastia touchant à Livourne. Dans ce bateau, le Virgilio, je reconnus un ancien ami ou ennemi, un vieux bâtiment sur lequel j'avais risqué la vie bien des années auparavant en venant de Naples à Livourne. Surpris par une tempête effroyable, nous manquâmes périr corps et biens, et nous eûmes bien de la peine à gagner le port de Gaëte, après
LE VOYAGE DE GÊNES A BASTIA. 7 vingt-quatre heures de lutte avec un ouragan terrible. II n'y avait pourtant pas à choisir, car le Virgilio était le seul qui allât en Corse, et il fallut bien se confier à lui.
Nous partîmes à six heures du soir. Le temps était magnifique, le baromètre au beau, et cette fois-ci la vieille barque accomplit lentement mais sûrement sa tâche. Nous restâmes sur le pont jusqu'après le coucher du soleil, descendant le long de la Riviera di Levante, et jouissant de la beauté des montagnes qui bordent le rivage et à la base desquelles nous naviguions. Puis nous descendîmes nous coucher pour dormir toute la nuit, légèrement balancés par les flots, si légèrement que personne ne s'avisa d'être malade. Comme cela arrive souvent à bord, l'arrêt de la machine nous réveilla sur les sept heures. Nous étions dans le beau port de Livourne. Après deux heures d'arrêt pour débarquer des passagers et des marchandises, nous repartîmes pour Bastia àneuf heures, y arrivantà cinq heures de l'après-midi.
Cette traversée est restée dans mon souvenir comme l'une des plus agréables que j'aie faites. La mer était calme comme un lac, et le temps superbe, une belle journée de printemps ou d'été. Nous avions à bord des passagers très-agréables, entre autres plusieurs Corses qui parlèrent avec feu et avec une chaleur patriotique de leur pays et de ses charmes. Un de mes compagnons de voyage les plus mtéressants fut le mécanicien en chef à bord qui pouvait passer comme un exemple frappant de l'Anglais philosophe, voyageur et cosmopoHtc que