ARRIVÉE A BASTIA. — LE PORT
je l'ai moi- môme éprouvé à plusieurs reprises.
Il y a bien des années, en 1839, clans ma jeunesse, quand j'étais interne des hôpitaux de Paris, j'avais un jeune ami corse, médecin comme moi, M. Piccioni, ardent au travail, instruit, qui achevait ses études médicales en vue de retour dans l'île natale, oii il avait l'intention d'exercer sa profession. Notre amitié eut le sort de beaucoup de telles liaisons dans la jeunesse, il partit pour sa patrie, moi pour la mienne, et vingt-trois années s'étaient écoulées depuis, sans que nous eussions entendu parler l'un de l'autre. Aussitôt que je fus établi à l'hôtel de l'Europe, une auberge qui ressemble beaucoup à celles que l'on trouve dans les petites villes de la France, en dehors de l'influence des touristes, je m'informai de mon ancien ami. A ma grande joie j'appris qu'il vivait, qu'il était prospère, qu'il jouissait d'une grande considération parmi ses compatriotes, et qu'il demeurait à Bastia. J'avais aussi une lettre d'introduction pour le docteur Manfredi, chirurgien en chef de l'hôpital de Bastia. Je fus reçu on ne peut plus amicalement et cordialement, tant par l'ancien que par le nouvel ami, et grâce à eux je me trouvai de suite en pays de connaissance. Ils me passèrent de main en main parmi leurs amis et leurs parents, dans toutes les parties de la Corse, de sorte que je m'y suis toujours trouvé parfaitemen à mon aise, presqu'un membre de la famille pour ainsi dire, et cela dans tous mes voyages.