‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 18 sur 102 · GÉOLOGIE. — VÉGÉTATION · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE. — VÉGÉTATION

des communications avec les forêts et les parties les plus reculées de la Corse.

Entre la chaîne calcaire orientale et la chaîne granitique occidentale, il y a un pays montagneux, alpestre, « méditerranée » qui constitue à peu près la cinquième partie de l'île.

La Flore de la Corse s'assimile,, comme on pourrait le présumer, à celles des pays qui l'avoisinent. Le nord, par sa végétation se rapproche de la Rivière de Gênes, l'est de l'Italie, l'occident de la Provence et le sud montre des affinités africaines. Lors de voyages d'exploration dans l'Algérie et dans la Tunisie que je fis il y a quelques années, je fus surpris de trouver la végétation des régions schistique et calcaires des monts Atlas presque identique à celle des régions granitiques et calcaires de la Corse.

Dans les plaines de la côte orientale les céréales, y compris le maïs, sont cultivées en abondance et viennent admirablement. Le mûrier vient aussi à perfection, et comme le climat convient aux vers à soie, il y aurait beaucoup à faire dans cette direction. Sur les collines, vallées, et monts calcaires 1 olivier abonde et y vient bien. La vigne aussi est cultivée avec succès, et on fait de très-bon vm, quoiqu'un peu spiritueux à cause de la haute température, surtout au cap Corse et dans les environs de Sartène. Dans les régions plus élevées le châtaignier devient un arbre magnifique, et produit des fruits de première qualité. De grandes étendues de terrains montagneux sont couvertes de forêts de châtaigniers superbes, surtout dans la partie orientale de l'île. Ainsi, une de ces régions

qui a la petite ville de Piedicroce pour chef-lieu, s'appelle Gastagniccia ou pays des Châtaigniers. Ce pays a toujours été fameux, dans l'histoire de la Corse, pour l'intrépidité indomptable de ses habitants et pour leur amour de la liberté. Pendant des siècles de tyrannie et d'oppression, ils ne furent jamais subjugués, et cela en grande partie à cause de leurs châtaignes. Autrefois leur principal aliment était, et il l'est encore, la farine de châtaigne, complété par l'huile de leurs oliviers, le vin de leurs vignes, et par la chair et le lait de leurs troupeaux de moutons et de chèvres.

Le châtaignier n'exige pas de culture, pas de soins; comme l'arbre à pain des tropiques, il produit un fruit qui ne demande qu'à être cueilli une fois mûr, et qui produit une moisson dans ce climat toutes les années. Aussi les habitants de la Gastagniccia pouvaient-ils se battre toute l'année et vivre néanmoins. Ils pouvaient être renfermés de tous les côtés dans leurs asiles des montagnes, toute sortie, toute communication avec l'extérieur pouvait leur être interdite, et cependant ils vivaient et florissaient. Ces temps sont passés ; des ennemis acharnés ne les tiennent plus constamment assiégés, sur le qui- vive ; la paix règne depuis près d'un siècle dans leurs vallées et dans leurs montagnes, et cependant on me dit que les habitants de ce beau pays gardent leurs mœurs un peu sauvages et indolentes. Ils vivent, dit-on, dans une sobre paresse. Ils jouent aux cartes, parlent politique presque toute la journée et travaillent peu. Leurs besoins artificiels, modernes, tels que le café,

VÉGÉTATION. — CULTURES. 21 le sucre, le tabac, sont pourvus par la vente du surplus de leurs châtaignes et de leurs troupeaux. Cette vente est devenue facile par suite des nouvelles routes et des communications constantes avec le continent.

La culture de l'olivier sur une grande échelle paraît engendrer, chez les Corses, la même apathie, la même tendance à négliger un travail régulier et assidu. Il y a une région qui s'appelle la Balagne, qui s'étend de Saint-Florent à Calvi, comprenant des collines calcaires riantes, des vallées fertiles et charmantes, un vrai jardin d'oliviers. Elle est renommée dans toute l'île par sa fertilité et par sa richesse exceptionnelle. Un propriétaire m'assura que les habitants, tous possédant des propriétés plus ou moins étendues, y menaient la même vie 'tranquille de " far niente " que leurs compatriotes de la Castagniccia. L'olivier demande, il est vrai, un peu plus de soin et de peine que le châtaignier' Il faut le tailler et le fumer tous les deux ans, ii faut écraser le fruit et en tirer l'huile, et puis la vendre. Tout cela, cependant, prend peu de labeur, peu de temps, comme la culture de la pomme dé terre en Irlande. Toutes les années, ou toutes les deux ou trois années, une récolte abondante vient payer les dettes contractées, et donner de quoi vivre sobrement jusqu'à la récolte suivante Pourquoi tant travailler, dit le paysan, quand l'avenir . est assuré? On ne peut, toutefois, vivre d'huile seule. Il faut la vendre pour acheter d'autres produits avecl'argent, et par suite, sans doute, de cette condition matérielle, la Balagne a été constamment

conquise, de temps immémorial, par ceux qui tenaient la côte adjacente.

Il y a une bonne route de Calvi à Corte, qui conduit le voyageur à travers une partie de la ravissante et fertile Balagne, et puis à travers une vallée montagneuse, intéressante. Une diligence la parcourt tous les deux jours; je l'ai deux fois traversée avec encore plus de plaisir la seconde fois que la première. Protégée par des collines élevées des vents de mer au sud-ouest, abritée par les montagnes du vent du nord et de l'est, la Balagne me parut vraiment le séjour de l'abondance et de la paix, avec ses vignes et ses céréales , avec ses oliviers et ses arbres à fruit, et avec ses villages prospères, chacun orné de sa petite église. La chaleur de l'été doit être intense, et comme preuve je citerai un caroubier que j'ai mesuré à Ponte-Veglia qui, à un mètre de terre, avait sept mètres de circonférence. Beaucoup de maisons et de cabanes aussi ont des toits plats, ce qui indique des nuits trèschaudes, pendant lesquelles les habitants s'y réfugient comme en Orient. C est une approche vers les habitudes des pays chauds.

Au-dessus des châtaigniers , onrencontre le pin maritime, et encore plus haut, quelquefois, en même temps, le pin larix. Ce dernier arbre est originaire de la Corse, et nulle part en Europe on ne le trouve plus vigoureux et mieux développé. Dans quelques-unes des forêts primitives, on rencontre des pins larix qui ont quarante mètres de hauteur, de beaux et d'immenses arbres. Au-dessus des pins viennent les hêtres; puis les bouleaux, et puis la neige éternelle.

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