‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 20 sur 102 · GIBIER. — CHASSE · texte numérisé non relu

GIBIER. — CHASSE

montagnards l'aiment, et le trouvent meilleur que celui d'autres farines.

Dans les grandes forêts et dans le maquis on trouve des sangliers en assez grand nombre, et dans les plus hautes région sdes montagnes il y a encore des mouflons, une race de brebis indigène de la Corse. Le nombre de ces derniers diminue de jour en jour, comme celui du chamois dans les Alpes. Ils sont très-difficiles à atteindre et ne succombent qu'à la poursuite de chasseurs intrépides et consommés. Dans les plaines alluviales de la côte orientale, dans le maquis, on rencontre le petit gibier en assez grande abondance, surtout lièvres, perdrix rouges, grives, merles, et le gibier d'eau, canards, bécasses et bécassines. Dans les premiers mois de l'automne, toutefois, ces parages sont si malsains qu'on ne peut s'y risquer sans s'exposer à gagner la fièvre. Il faut attendre la fin de novembre pour chasser en sûreté. Le gibier est plus abondant dans le sud de la Corse que dans le nord, parce que cette partie de l'île est moins peuplée . La défense du port d'armes et du droit de chasse qui exista pendant de longues années, comme mesure de sécurité publique, ne profita pas au gibier, tout au contraire. Ne pouvant chasser, comme autrefois, toute la population agricole du pays se consacra à obtenir le gibier par la ruse, par les pièges, surtout dans le voisinage des villes, oh la vente était assurée. Aussi, dit-on que la quantité en a fort diminué dans toute l'île.

Les détails que j'ai donnés sur la conformation physique de la Corse, sur ses deux chaînes de mon-

tagnes élevées, qui s'entrelacent par des contre-forts nombreux, sur ses forêts et sur ses profondes vallées, expliquent l'histoire politique de la Corse. Comme il est presque toujours arrivé, dans les siècles passés, dans les pays de montagnes, les montagnards corses étaient toujours en guerre avec leurs voisins, avec les diverses nations étrangères qui occupèrent les côtes et les plaines ; mais ce fut toujours en vain que ces nations essayèrent de les conquérir.

Les villes des côtes et les plaines avoisinantes furent successivement dans la possession des Grecs, des Romains, des Goths, des Sarrasins, des Espagnols, des Toscans, des Génois, et endernier lieu de la France; mais les montagnards ne furent jamais domptés. Alternativement battus ou victorieux, ils maintinrent toujours leur indépendance. Victorieux, ils chassèrent les envahisseurs de leur terre natale. Battus, ils se réfugièrent aufond de leurs montagnes, dans les forêts primitives qui couvrent encore une partie de l'île, dans la région de la neige éternelle. Qui aurait osé ou pu les y suivre? Tous ceux qui l'essayaient y trouvaient la défaite et la mort. Telle fut toujours, dans les siècles passés, l'histoire de cette petite communauté de vaillants montagnards, car la population de la Corse tout entière n'arrivait pas à plus de cent mille âmes. Jamais la terre n'a produit une plus noble race d'hommes libres, d'hommes élevés dès leur enfance dans l'amour de la patrie, de l'indépendance, de la liberté, et prêts à tout moment à leur sacrifier la vie.

L'histoire de la Corse est remplie de héros, de

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