‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 21 sur 102 · HISTOIRE. — GUERRES D'INDÉPENDANCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE. — GUERRES D'INDÉPENDANCE

faits héroïques, d'actions de dévouement romanesque. Chaque siècle a enfanté des patriotes prêts àsacrifier leur fortune etleur vie à la patrie, comme dans les jours héroïques de Rome. Les occasions de montrer ces qualités de cœur et d'esprit ne manquèrent jamais. Aussitôt qu'un ennemi était vaincu et chassé, un autre apparaissait. La paix ne durait jamais plus de quelques années, rarement autant. Chaque génération successive avait ainsi à renouveler les luttes qui avaient éprouvé le courage, le patriotisme et la patience de leurs ancêtres.

Est-il surprenant que les noms de ces héros corses soient devenus sacrés dans chaque famille, même la plus humble, dans les cabanes des pauvres" comme dans les châteaux des riches. Les noms de Giudice délia Rocca, de Giampolo, de Sampiero, de Paoli, et bien d'autres encore, vivent dans le cœur, dans les affections des Corses jusqu'à ce jour. Est-il étonnant que les femmes corses aient imbibé pour ainsi dire avec le lait maternel et aient to uj ours montré, dans ces temps de luttes maintenant passées, le patriotisme enthousiaste et sévère des femmes de Sparte; que leurs « voceros » , ou chants nationaux, aient toujours étéempreints, même jusqu'à nos jours, d'un esprit de défi et de vengeance, inconnu aux habitants de régions plus paisibles, plus calmes ?

Une population qui, depuis tant de siècles, jusqu'à tout récemment, a vécu dans un état de guerre constante contre l'oppression et la tyrannie étrangère, ne peut pas tout à coup se calmer et arriver à l'état social do pays qui, depuis des siècles, ont

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cessé de combattre pour leur indépendance. Ainsi s'explique l'élat social exceptionnel qui a régné jusqu'à nos jours en Corse.

Les Génois furent, pendant le moj^en âge et jusqu'à la fin du siècle dernier, les plus tenaces et les plus cruels persécuteurs de la Corse. Ils s'y établirent vers la fin du treizième siècle, s'emparèrent des villes sur la côte, et d'une partie considérable de l'île. La guerre, on peut le dire, ne cessa jamais depuis cette époque jusqu'à ce que les Corses se soumirent à la France en 1769 — deux mois seulement avant la naissance de Napoléon Bonaparte.

En 1737 les Génois, se trouvant très-pressés par . ' les Corses, s'adressèrent à la France pour les aider à s'y maintenir. Le cardinal Fleury, alors ministre, profita de l'occasion qui s'ofî"rait pour obtenir un pied dans l'île, et envoya cinq régiments à leur aide, A partir de ce moment, les pauvres montagnards corses eurent à combattre non-seulement les Génois, mais aussi la grande et puissante France. Ils se défendirent avec la bravoure du désespoir pendant plus de trente années. Mais à la fin, leur grand général Paoli fut vaincu, et ils durent succomber.

Le père du grand Napoléon était un membre influent du parti patriotique; il était le secrétaire intime du célèbre chef Paoli quand la capitulation fut signée, et quand la Corse fut annexée à la France. Quelques mois plus tard sa femme donna naissance au grand guerrier, à l'homme d'Etat il-^ lustre qui devait diriger avec une si terrible énergie les forces et les destinées de la France et des Fran-

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