HÉROS. — PAOLI. — SA VIE. — SA MORT
çais, de ces Français que ses compatriotes alors regardaient comme des ennemis, des conquérants.
Le grand patriote Paoli, qui pendant un quart de siècle avait gouverné les Corses avec la sagesse d'un Solon, et le courage d'un Épaminondas, quitta son île natale quand elle devint un département de la France, et se réfugia à Londres. Là, il vécut pendant trente ans dans le Holborn, pauvre quartier central de cette ville brumeuse et enfumée, un exil glorieux, loin de l'île radieuse etfertile qui lui avait donné le jour. Quand je contemplais les montagnes si belles, si majestueuses de la Corse, son beau ciel bleu, la mer azurée qui lui sert de ceinture, ma pensée se reportait souvent sur le pauvre patriote exilé du siècle passé. Comme son cœur a dû souffrir de l'absence de ses parents, de ses amis ; comme son esprit, a dû languir pour la patrie chérie au milieu des brouillards de l'hiver à Londres ! Il aurait pu y retourner s'il avait voulu reconnaître l'autorité de la France, mais son âme de patriote ne pouvait se plier à ce qu'il regardait toujours comme le joug étranger. Il aima mieux vivre jusqu'à la fin de sa • vie, pendant trente ans, dans cette terre du Nord, et y mourir, loin du sépulcre de ses pères, de ses ancêtres, auquel les Corses attachent tant d'importance.
PaoH retourna une fois en Corse, mais pour peu de temps seulement. Quand la France devint une république et les Français républicains, ils- eurent honte d'avoir éteint la liberté en Corse. Aussi ils firent amende honorable, rappelèrent Paoli et le mirent à la tête de ses compatriotes. Ces derniers
cependant, furent bientôt lassés des exigences de la république française et s'insurgèrent contre elle, appelant les Anglais à leur secours (1794). Paoli et ses alliés, les Anglais, toutefois, tombèrent bientôt en défaveur ; et les Corses retournèrent à leur soumission envers la France, dont la souveraineté fut définitivement établie en 1796.
La génération de Paoli a passé depuis longtemps, de grandes phases historiques se sont succédé, phases qui ont remué l'Europe jusqu'à ses fondements et qui ont entièrement changé les fortunes de la nation qui annexa son pays natal. Ces changements peuvent être, en grande partie, rapportés au génie et à la ténacité corse du fils d'un des compagnons et des amis de Paoli. Le caractère corse reste toujours le même. L'amour de la liberté, le sentiment inné qui résiste à l'autorité quand celle-ci froisse la conscience, caractérise toujours les enfants de la Corse. Beaucoup d'entre eux reproduisent de nos jours, dans les luttes politiques, la conduite de Paoli dans le siècle dernier.
On peut se demander si les Corses, avec leur fierté indomptable, et leur individualité de peuple • montagnard, se seraient si complètement et si facilement ralliés à la France, n'eût- ce été par suite de la merveilleuse fortune de leur compatriote Napoléon Bonaparte? Comme je l'ai dit, Napoléon naquit quelques mois seulement après la soumission et l'annexion de la Corse. A l'âge de vingt-six ans il était général de l'armée d'Italie, à trente ans, il était premier consul, à trente-quatre ans Empereur. Le sentiment national est même aujourd'hui très-