‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 23 sur 102 · NAPOLÉON I". — SENTIMENT NATIONAL · texte numérisé non relu

NAPOLÉON I". — SENTIMENT NATIONAL

développé et j'ai maintes fois entendu dire, moitié en riant, moitié sérieusement : « Après tout, c'est plutôt la Corse qui annexa la France, que la France la Corse, » Chaque homme, chaque femme, chaque enfant dans l'île est fier du premier Empereur, et connaît tous les détails de sa vie. Aussi l'arrivée de Napoléon III à l'empire en France fut saluée d'un cri de joie et de fierté patriotique dans toute l'étendue du pays, et sa chute ainsi que sa mort y ont occasionné un deuil universel. On peut dire que toute l'île reste dévouée à sa dynastie. Malgré ses sentiments tout à fait français, la Corse pour le touriste semble plus italienne que française. Si ce n'est dans les villes, la langue est un dialecte itatalien, et la physionomie du pays ainsi que les mœurs des habitants sont italiennes, comme l'est la végétation.

Les Corses se plaignent un peu, quelquefois, qu'ils sont négligés par la France, et que les ressources naturelles de leur île ne sont pas développées comme elles pourraient l'être. Ce reproche me semble à peine juste. Il est vrai que le pi-emier Napoléon fit peu de chose pour son pays natal, fait singulier. Comme nous l'avons vu, quoique né et élevé dans l'île, qu'il revisita constamment pendant les premières années de sa carrière militaire, il n'y revint jamais après son retour de l'Egypte. Peutêtre que les travaux herculéens qui l'absorbaient, que les devoirs impérieux de sa position, qui occupaient tous ses instants, l'empêchèrent de s'occuper du bien-être de son pays natal. Peut-être aussi qu'il ne désirait pas trop attirer l'attention de la France,

du peuple qu'il gouvernait, sur la Corse, sa patrie, si récemment devenue partie intégrante de l'empire. Une fois un décret impérial fut signé pour des travaux importants à Ajaccio, mais ils ne furent jamais exécutés, ce qu'il ne connut que bien des années plus tard. Dans son exil à Sainte-Hélène, sa pensée se reportait constamment sur File montagneuse qui lui donna naissance. Il en parla souvent, ainsi que de ce qu'il avait eu l'intention de faire pour son bien-être et sa prospérité, s'il fût resté au pouvoir.

Les gouvernements qui l'ont suivi semblent avoir fait pour la Corse ce qu'ils ont fait pour les autres déparlements de la France. Le système de centralisation adopté en France pour la législation, pour l'éducation, pour les routes, pour les travaux publics en général, a été introduit et mis en exécution. Toutes les facilités possibles ont été ainsi données aux habitants d'améliorer leur état mental et physique et de poser ainsi les bases de la prospérité publique. La route qui entoure l'île et relie les principales villes de la côte, ainsi que celles qui traversent le centre, de Bastia à Ajaccio, de Bastia à Calvi, de Calvi à Corté, sont excellentes, aussi bonnes que celles du département de la Seine, et cela même dans les endroits les plus sauvages, où les habitants manquent à peu près entièrement. Comme je l'ai déjà dit, un grand nombre de routes forestières ont été aussi construites ou sont encore en construction, qui pénètrent presque dans le cœur du pays, dans les forêts primitives, à de grandes élévations.

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